Vous pensiez la CSRD figée ? En 18 mois, elle a été profondément remaniée : directive Omnibus adoptée en décembre 2025, quick-fix sur les ESRS en juillet 2025, seuils revus à la hausse. Résultat : moins d'entreprises concernées, mais des exigences techniques toujours aussi structurantes pour celles qui le sont.
Au cœur du dispositif, les ESRS (European Sustainability Reporting Standards) restent la pierre angulaire du reporting de durabilité. Ce sont les normes détaillées qui définissent ce qu'une entreprise doit publier, comment, et selon quel niveau de précision. Tour d'horizon des 12 normes du premier jeu.
À quoi servent (vraiment) les normes ESRS ?
Les ESRS sont développés techniquement par l'EFRAG (European Financial Reporting Advisory Group) et adoptés formellement par la Commission européenne via acte délégué. Le premier jeu a été adopté le 31 juillet 2023, complété par un acte délégué « quick-fix » le 11 juillet 2025 qui allège les Disclosure Requirements obligatoires pour les entreprises de la vague 1 sur les exercices 2025 et 2026.
Chaque norme se décompose en Disclosure Requirements (DR) qui précisent, point par point, les informations à publier et les analyses à mener. C'est cette granularité qui fait la force — et la complexité — du dispositif.

La directive Omnibus, adoptée le 16 décembre 2025 et entrée en vigueur le 18 mars 2026, a relevé fortement les seuils d'application de la CSRD. Sont désormais concernées les entreprises dépassant cumulativement 1 000 salariés et 450 M€ de chiffre d'affaires (ou 25 M€ de bilan). La vague 2 est reportée à 2028 (données 2027) et la vague 3 (PME cotées) est supprimée. Si vous n'êtes plus directement concerné, vos grands donneurs d'ordre, eux, le restent — et reporteront la pression sur leur chaîne de valeur. Pour en savoir plus, voir notre décryptage CSRD.
Les normes ESRS transversales : le socle commun
Avant les volets thématiques, deux normes posent le cadre méthodologique applicable à toutes les entreprises soumises à la CSRD.
ESRS 1 — Exigences générales
L'ESRS 1 fixe les principes de base du reporting : structure attendue, horizons temporels, chaîne de valeur, et surtout le principe de double matérialité (impact + financière), qui reste le pilier central de l'architecture CSRD/ESRS. Selon l'EFRAG, plus de 40 % des entreprises de la vague 1 présenteraient encore des lacunes sur cet exercice — c'est dire son importance.
ESRS 2 — Informations générales
L'ESRS 2 entre dans le détail des informations transversales attendues : gouvernance, stratégie, gestion des impacts, risques et opportunités, indicateurs et cibles. C'est la grille de lecture commune à tous les autres ESRS thématiques.
Les normes ESRS environnementales
Cinq normes couvrent le volet environnemental. Elles imposent une lecture en double matérialité : l'impact de l'entreprise sur l'environnement et, en miroir, l'impact des dynamiques environnementales sur la pérennité de l'activité.
ESRS E1 — Changement climatique
L'ESRS E1 est la norme la plus structurante. Sont attendus :
- Le bilan des émissions de gaz à effet de serre sur les scopes 1, 2 et 3,
- Les actions passées, en cours et planifiées pour réduire ces émissions,
- Un plan de transition climat avec des cibles alignées sur la trajectoire 1,5 °C,
- Les risques physiques et de transition, ainsi que leurs effets financiers.
ESRS E2 — Pollution
L'ESRS E2 couvre les pollutions de l'air, de l'eau et des sols, ainsi que les substances préoccupantes. Le rapport doit présenter :
- Le bilan quantifié des polluants émis,
- Les mesures de réduction déjà engagées et planifiées,
- Les risques et opportunités associés à court, moyen et long terme.
ESRS E3 — Ressources aquatiques et marines
L'eau devient un enjeu stratégique pour de nombreux secteurs. L'ESRS E3 demande de documenter :
- L'impact (positif ou négatif) de l'activité sur les ressources en eau et milieux marins,
- Les mesures prises pour réduire les prélèvements et préserver les milieux,
- L'adaptation du modèle économique aux contraintes hydriques,
- Les risques et opportunités financières associés.
ESRS E4 — Biodiversité et écosystèmes
L'ESRS E4 oblige à :
- Évaluer l'impact de l'activité sur la biodiversité et les écosystèmes,
- Définir un plan de réduction des pressions exercées,
- Identifier les risques et opportunités liés à la perte de biodiversité.
ESRS E5 — Utilisation des ressources et économie circulaire
L'ESRS E5 évalue comment l'entreprise optimise ses flux de matières et s'inscrit dans une démarche d'économie circulaire :
- Bilan de l'utilisation des ressources, dont les non-renouvelables,
- Mesures d'économie, de réemploi, de recyclage,
- Risques de rupture d'approvisionnement et opportunités liées à de nouveaux modèles.
Les normes ESRS sociales
Quatre normes structurent le volet social. Elles couvrent l'impact de l'entreprise sur les personnes — internes et externes — et, réciproquement, l'effet des dynamiques sociales sur la performance de l'activité.
ESRS S1 — Effectif propre
L'ESRS S1 concerne les collaborateurs salariés et non-salariés sous contrôle direct de l'entreprise :
- Caractéristiques de l'effectif (types de contrats, diversité, rémunération),
- Conditions de travail, santé-sécurité, formation,
- Dialogue social et mécanismes de remontée d'alertes.
ESRS S2 — Travailleurs de la chaîne de valeur
L'ESRS S2 élargit la focale aux travailleurs en amont et en aval (fournisseurs, sous-traitants, distributeurs) :
- Cartographie des risques sociaux dans la chaîne de valeur,
- Mesures de prévention et de remédiation,
- Effets financiers des risques de non-conformité.
ESRS S3 — Communautés affectées
L'ESRS S3 couvre les communautés touchées par l'activité (riverains, populations locales, groupes autochtones) :
- Nature des relations et impacts (positifs ou négatifs),
- Engagement avec les parties prenantes concernées,
- Plans d'action pour atténuer les impacts négatifs.
ESRS S4 — Consommateurs et utilisateurs finaux
L'ESRS S4 vise les utilisateurs des produits et services de l'entreprise :
- Sécurité et santé des consommateurs,
- Protection des données personnelles et accès à l'information,
- Mesures correctives en cas d'impact négatif avéré.
La norme ESRS de gouvernance
ESRS G1 — Conduite responsable des affaires
Seule norme du volet gouvernance dans le premier jeu, l'ESRS G1 documente la culture éthique et les pratiques de conduite des affaires :
- Culture d'entreprise et code de conduite,
- Gestion des relations fournisseurs (dont délais de paiement),
- Dispositifs anti-corruption et formation associée,
- Engagements politiques et lobbying,
- Protection des lanceurs d'alerte.

Et les ESRS sectoriels ? Initialement prévus pour 2024-2026, leur adoption a été reportée. En juillet 2025, l'EFRAG a publié des Exposure Drafts révisés pour l'ensemble des 12 normes transversales, dans le cadre d'une révision substantielle attendue pour l'exercice 2028. Les normes sectorielles devraient suivre.
Quelle place pour la CSRD dans la stratégie de durabilité ?
Même resserrée par Omnibus, la CSRD reste le cadre de référence européen du reporting de durabilité. Les ESRS imposent une comparabilité inédite entre rapports, sur des critères ESG standardisés et audités (un standard d'assurance limitée est attendu d'ici juillet 2027).
Pour les investisseurs et les grands donneurs d'ordre, ces rapports deviennent un filtre de décision : accès aux financements, conditions de prêt, sélection fournisseurs. Pour les entreprises soumises — directement ou via leur chaîne de valeur —, l'enjeu n'est plus seulement de cocher des cases. C'est de transformer l'exercice de double matérialité en outil de pilotage stratégique : identifier les vulnérabilités, anticiper les ruptures, prioriser les investissements de transition.
4 points à retenir
- 12 normes ESRS structurent le premier jeu : 2 transversales (ESRS 1 et 2), 5 environnementales (E1-E5), 4 sociales (S1-S4) et 1 gouvernance (G1).
- La double matérialité reste le pilier méthodologique, et le point sur lequel les entreprises de la vague 1 progressent le moins.
- Omnibus a redessiné le périmètre : seuils relevés à 1 000 salariés + 450 M€ de CA cumulatifs, vague 2 reportée à 2028, vague 3 supprimée.
- Le quick-fix de juillet 2025 allège les Disclosure Requirements pour 2025-2026, mais la révision substantielle des ESRS est attendue pour l'exercice 2028.
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