MACF (CBAM) : guide pratique pour les entreprises importatrices en 2026

Vous importez de l'acier, du ciment, de l'aluminium, des engrais ou de l'hydrogène ? Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, vous devez être titulaire du statut de « déclarant MACF autorisé ». Et à partir du 1ᵉʳ février 2027, vous devrez acheter des certificats pour couvrir les émissions intégrées dans ces marchandises.

Le Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF, ou CBAM en anglais) n'est plus une perspective : c'est une réalité opérationnelle qui s'impose à des milliers de PME et ETI. Décryptage de ce qu'il faut savoir, des démarches et du calendrier réel.

Qu'est-ce que le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières ?

Avant de détailler les obligations, posons les bases. Le MACF est la réponse de l'Union européenne à un phénomène très concret : la fuite carbone.

Définition de la fuite carbone

La fuite carbone est un phénomène par lequel les émissions de gaz à effet de serre baissent dans un pays — notamment parce qu'il applique des règles climatiques strictes — pendant que les émissions augmentent ailleurs.

Concrètement, les entreprises dont la pollution est encadrée sur un territoire peuvent délocaliser leur production vers des pays moins exigeants. Au global, la planète supporte autant, voire plus de gaz à effet de serre, en ajoutant les émissions liées au transport.

Définition du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières

Le MACF est un mécanisme qui taxe les marchandises importées dans l'UE en fonction de leur empreinte carbone. L'idée : aligner le coût carbone des produits importés sur celui des produits fabriqués en Europe, déjà soumis au marché ETS.

L'objectif final est d'inciter toutes les entreprises — européennes comme leurs fournisseurs hors UE — à réduire leurs émissions, quel que soit le lieu de production.

Quels sont les objectifs du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières ?

Au-delà du climat, le MACF poursuit plusieurs objectifs économiques majeurs.

Réduire les émissions mondiales de carbone

Le MACF vise à réguler les émissions à l'échelle mondiale en supprimant l'intérêt économique de délocaliser la pollution. À la place, les entreprises sont poussées à investir dans des modes de production plus propres : électricité décarbonée, optimisation des process, matières premières alternatives.

Assurer l'équité entre les entreprises

Il y a un enjeu économique fort derrière le MACF : garantir l'équité concurrentielle. Une PME française de la métallurgie qui paie déjà son carbone via l'ETS ne peut pas rivaliser avec un importateur d'acier turc non taxé. Le MACF rétablit cette équité.

Réduire le phénomène de délocalisation

Le MACF limite les délocalisations « écologiques » — celles motivées uniquement par la fuite des contraintes carbone. Les délocalisations légitimes (savoir-faire, proximité de ressources) restent possibles, mais l'arbitrage purement réglementaire perd son intérêt.

Avantager l'industrie responsable

En n'étant pas taxées au passage de la frontière, les entreprises européennes ayant investi dans des process bas-carbone bénéficient d'un avantage compétitif tangible. C'est un signal fort en faveur des stratégies de décarbonation industrielle.

Le statut de « déclarant MACF autorisé » : c'est quoi ?

Le statut de « déclarant MACF autorisé » est obligatoire depuis le 1ᵉʳ janvier 2026 pour toute entreprise important les produits concernés dans l'UE. Une tolérance avait été accordée jusqu'au 31 mars 2026, mais elle est désormais supprimée à compter de septembre 2026.

Concrètement, sans ce statut, vous ne pouvez plus importer légalement les marchandises soumises au MACF. C'est ce statut qui permet de déposer les déclarations annuelles et — à partir de 2027 — d'acheter et restituer les certificats MACF.

Quels sont les produits concernés par un ajustement carbone ?

Le MACF s'applique aujourd'hui à six catégories de marchandises identifiées comme à fort risque de fuite carbone :

  • Acier et fer
  • Ciment
  • Aluminium
  • Engrais azotés
  • Hydrogène
  • Électricité importée

La filière industrielle est en première ligne, mais les entreprises du bâtiment, de l'agroalimentaire et de la mécanique peuvent aussi être concernées dès lors qu'elles importent ces matières premières. L'extension du périmètre à d'autres secteurs (chimie organique, polymères) est en discussion.

Qui paye l'ajustement carbone aux frontières ?

Le MACF concerne les entreprises qui importent dans l'UE les marchandises listées ci-dessus, dès lors que la valeur intrinsèque dépasse 150 € par envoi (et non par mois, comme on le lit parfois). Ce seuil correspond à l'article 2§3 du règlement UE 2023/956.

Sont exemptées les marchandises provenant des pays déjà couverts par le marché ETS européen : Norvège, Islande, Liechtenstein et Suisse, ainsi que naturellement les autres États membres de l'UE.

Mise en œuvre du MACF : les démarches

Voici la procédure à suivre pour obtenir votre habilitation. Elle peut évoluer sur le site des douanes.

Créer son compte douane.gouv.fr

Première étape : créer un compte sur douane.gouv.fr. Quelques minutes suffisent. Renseignez les informations relatives au déclarant.

Faire certifier son compte

Dans la rubrique « mes entreprises », demandez la certification du compte et le rattachement des entités à déclarer au titre du MACF. En cas de difficulté, le pôle d'action économique territorial peut vous accompagner.

Obtenir l'attribut

Il faut ensuite obtenir l'attribut CBAM-APP.CBAM_DECLARANT pour pouvoir déclarer au titre du MACF. Le recours à un gestionnaire Services en ligne pour l'applicatif UUMDS facilite cette étape.

Faire sa déclaration

Une fois habilité, vous pouvez déposer votre déclaration MACF directement en ligne. La déclaration annuelle couvre l'ensemble des importations de l'année et précise les émissions intégrées.

Le calendrier du MACF

Voici les dates-clés à retenir :

  • Janvier 2024 : démarrage de la phase transitoire, déclarations trimestrielles pour les importateurs.
  • 1ᵉʳ janvier 2026 : entrée en vigueur de la phase définitive. Le statut de déclarant MACF autorisé devient obligatoire (tolérance jusqu'au 31 mars 2026, supprimée en septembre 2026).
  • 1ᵉʳ février 2027 : ouverture de la vente des certificats MACF. Les importateurs commencent à acheter les certificats correspondant aux émissions de leurs produits importés.
  • 31 mai 2027 : première déclaration annuelle MACF couvrant l'année 2026, avec restitution des certificats correspondants.

À noter : aucun paiement financier n'est exigé en 2026. C'est une année de mise en conformité administrative. Le vrai impact financier démarre en 2027.

Comment se préparer ? Les actions concrètes

Trois chantiers à lancer dès maintenant si vous êtes concerné :

  • Cartographier vos importations par code douanier (CN) pour identifier précisément les flux soumis au MACF.
  • Collecter les données d'émissions auprès de vos fournisseurs hors UE — c'est souvent le point bloquant. Anticipez : nombre d'industriels asiatiques découvrent à peine ces demandes.
  • Simuler l'impact financier 2027 sur vos marges, et arbitrer entre absorber le coût, le répercuter, ou rediriger vos achats vers l'UE ou les pays exemptés.

Cette démarche s'intègre logiquement dans un travail plus large sur votre bilan carbone, notamment sur la partie achats du Scope 3.

Les limites de la mise en œuvre du MACF

Malgré ses objectifs ambitieux, le MACF présente plusieurs limites bien identifiées.

Le besoin de transparence des acteurs

Les responsables financiers et achats remontent une vraie difficulté : anticiper le coût réel du MACF en 2027. Le prix des certificats sera indexé sur le marché ETS, dont la volatilité est élevée. La collecte des données d'émissions auprès des fournisseurs hors UE reste également un point de friction majeur — beaucoup de pays tiers n'ont pas la culture du reporting carbone.

L'impact sur les pays en développement

Le MACF risque de priver certains pays en développement de débouchés sur le marché européen. Des dispositifs de coopération technologique sont à l'étude pour aider ces partenaires à décarboner leur production, mais leur mise en place reste lente et inégale selon les filières.

Ce qu'il faut retenir

  1. Le MACF est entré en phase définitive depuis janvier 2026. Le statut de déclarant autorisé est obligatoire pour importer les produits concernés.
  2. Aucun paiement en 2026, mais une vraie facture dès 2027. Anticipez l'impact sur vos marges et préparez-vous au 1ᵉʳ février 2027.
  3. Le seuil d'exemption est de 150 € par envoi, pas par mois — vigilance sur cette nuance.
  4. Norvège, Islande, Liechtenstein et Suisse sont exemptés en plus des États membres.
  5. La collecte des données fournisseurs est le vrai goulot. Plus vous démarrez tôt, mieux vous absorberez le choc 2027.

Questions fréquentes

Approfondissez le sujet de l'article

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Qui est obligé d'obtenir le statut de déclarant MACF autorisé ?
Plus
Toute entreprise important dans l'UE des produits soumis au MACF — acier, fer, ciment, aluminium, engrais azotés, hydrogène ou électricité — doit disposer de ce statut depuis le 1er janvier 2026. Sans lui, l'importation de ces marchandises est illégale. La tolérance initiale accordée jusqu'au 31 mars 2026 a été supprimée en septembre 2026. Les PME et ETI des secteurs du bâtiment, de l'agroalimentaire et de la mécanique peuvent également être concernées.
À partir de quand faut-il acheter des certificats MACF ?
Moins
L'achat de certificats MACF ne débute que le 1er février 2027. En 2026, aucun paiement financier n'est exigé : c'est une année de mise en conformité administrative. La première déclaration annuelle couvrant l'année 2026, avec restitution des certificats correspondants, est attendue pour le 31 mai 2027.
Quel est le seuil en dessous duquel le MACF ne s'applique pas ?
Plus
Le MACF ne s'applique pas aux envois dont la valeur intrinsèque est inférieure ou égale à 150 € par envoi, conformément à l'article 2§3 du règlement UE 2023/956. Ce seuil s'apprécie par expédition, et non par mois comme on peut parfois le lire — une confusion qui peut conduire à des erreurs d'appréciation de l'obligation déclarative.
Quels pays fournisseurs sont exemptés du MACF ?
Plus
Sont exemptés les produits en provenance des États membres de l'UE ainsi que des pays couverts par le marché carbone européen (ETS) : Norvège, Islande, Liechtenstein et Suisse. Les importations issues de tous les autres pays tiers — notamment Chine, Turquie, Inde, Ukraine — restent soumises au mécanisme.
Comment obtenir concrètement le statut de déclarant MACF autorisé ?
Plus
La démarche se fait sur douane.gouv.fr en trois étapes : création d'un compte, certification du compte avec rattachement des entités concernées, puis obtention de l'attribut CBAM-APP.CBAM_DECLARANT via l'applicatif UUMDS. Une fois habilité, l'importateur peut déposer sa déclaration annuelle MACF en ligne, en précisant les émissions intégrées dans ses importations.