
2026 va rebattre les cartes de l'emballage alimentaire. Le règlement européen PPWR (UE) 2025/40, applicable à partir du 12 août 2026, vient s'ajouter à un empilement déjà dense : règlement (CE) n°1935/2004 sur les matériaux au contact, loi AGEC, interdiction du BPA, encadrement des phtalates et désormais des PFAS. Pour les industriels, traiteurs, restaurateurs et distributeurs, la question n'est plus si il faut adapter ses emballages, mais à quelle vitesse.
Cet article décrypte ce qui a changé en 2024-2025, ce qui arrive en 2026, et comment transformer ces obligations en levier de différenciation.
Pourquoi existe-t-il des normes sur les emballages alimentaires ?
Les normes sur les emballages poursuivent trois objectifs cumulatifs : préserver la denrée, protéger le consommateur, réduire l'empreinte environnementale. Le PPWR (UE) 2025/40 ajoute désormais une quatrième dimension explicite : la circularité obligatoire des emballages mis sur le marché européen.
La préservation des aliments
La vocation première d'un emballage reste la conservation pendant le stockage, le transport et la mise en rayon. C'est ce que rappelle le règlement (CE) n°1935/2004 : un matériau au contact doit garantir l'intégrité de la denrée dans toutes les conditions normales d'usage.

Selon les filières, la fonction varie : conservation longue (sous vide, atmosphère modifiée), transport courte durée (vente à emporter), protection mécanique (verre, métal). Le bon emballage est celui qui répond exactement au besoin — ni plus, ni moins.
L'impact environnemental des emballages
L'emballage représente l'un des principaux postes d'émissions du Scope 3 dans l'agroalimentaire. La pression réglementaire se concentre sur trois axes :
- Suppression du suremballage et des plastiques à usage unique évitables.
- Recyclabilité conçue dès l'amont (eco-design) imposée par le PPWR à partir de 2030.
- Intégration de matière recyclée dans les emballages plastiques (objectifs PPWR à horizon 2030 et 2040).
La sécurité des consommateurs
C'est l'enjeu historique. Le règlement (CE) n°1935/2004, toujours en vigueur, interdit tout matériau présentant un danger pour la santé humaine ou modifiant la composition de l'aliment. Trois familles de substances font aujourd'hui l'objet d'une attention particulière :
- Le bisphénol A (BPA) : interdit dans tous les matériaux au contact des denrées alimentaires à l'échelle de l'UE depuis le 20 janvier 2025 (règlement (UE) 2024/3190). En France, l'interdiction générale était déjà en vigueur depuis 2015 (loi n°2012-1442). Des périodes transitoires courent jusqu'au 20 juillet 2026 (usage unique) et 20 juillet 2028 (certains vernis et revêtements).
- Les phtalates (DEHP, DBP, BBP, DIBP) : restreints depuis 2015 par le règlement REACH (annexe XVII) pour tous les articles en contact avec les muqueuses. Seuil : 0,1 % en poids de la matière plastifiée.
- Les PFAS : interdits dans les emballages alimentaires à compter du 12 août 2026 par le PPWR. Seuils : 25 ppb par PFAS individuel, 250 ppb au total. Les emballages papier/carton « gras-proof » (boîtes à pizza, sachets de friterie, papiers paraffinés) sont en première ligne.
Les critères de choix d'un emballage alimentaire
Pour répondre aux normes et aux attentes des consommateurs, voici les critères à intégrer dans tout cahier des charges packaging.
La dangerosité des matériaux
La cartographie des substances interdites ou restreintes ne se limite plus au BPA. Lors du choix d'un fournisseur, vérifiez :
- Les matériaux d'emballage (plastiques, papier, carton, métal, verre).
- Les colles et adhésifs.
- Les encres d'impression.
- Les vernis et revêtements internes (souvent porteurs de BPA résiduel ou de PFAS).

La sécurité alimentaire
L'emballage doit être pensé en fonction du type de denrée (sec, gras, acide, humide), du temps de conservation visé et des conditions thermiques (chaîne du froid, micro-ondes, four). Une analyse de migration spécifique est exigée pour les contacts directs prolongés.
Le risque de rupture
Le packaging doit résister aux contraintes du transport et du stockage. Une rupture, c'est une perte produit, un risque sanitaire et une émission de CO₂ inutile. Anticipez en fonction :
- du type de denrée ;
- des conditions de transport (chocs, vibrations, température) ;
- de la durée et du mode de stockage.
La traçabilité
La traçabilité concerne la denrée (règlement (CE) n°178/2002) et l'emballage lui-même (règlement (CE) n°1935/2004, article 17). Si les informations ne figurent pas sur le produit, elles doivent être conservées par le professionnel et présentées en cas de contrôle. La réglementation impose une obligation de résultat, pas un format particulier — un système d'archivage numérique structuré suffit.
Le recyclage et le réemploi
Le PPWR fixe des seuils de recyclabilité contraignants. Dès 2030, tout emballage mis sur le marché européen devra être conçu pour le recyclage et atteindre des grades A, B ou C selon une grille harmonisée. À partir de 2038, les emballages classés C seront interdits.

Côté logo, le Triman reste obligatoire en France pour signaler qu'un produit doit être trié ou rapporté en point de collecte. Mais son avenir est incertain : la Commission européenne a saisi la CJUE en juillet 2025, estimant que l'obligation française entrave la libre circulation des marchandises. Les industriels exposés au marché européen ont donc intérêt à anticiper l'étiquetage harmonisé de recyclabilité prévu par le PPWR.
Le dimensionnement de l'emballage
Le PPWR encadre désormais le ratio vide/produit, avec un objectif de réduction du suremballage. Cela suppose souvent une diversification des références packaging — voire l'usage de machines de conditionnement à façon, comme le sous vide en traiteur.
L'étiquetage du produit
Les mentions obligatoires incluent :
- la date de péremption (DLC ou DDM) ;
- les valeurs nutritionnelles ;
- les allergènes ;
- la liste des ingrédients ;
- les labels obtenus ;
- la provenance pour certaines viandes.
Sur ce dernier point, le décret n°2025-141 du 13 février 2025 a élargi l'obligation d'affichage de l'origine en restauration : elle couvre désormais les viandes bovines, porcines, ovines et de volaille (au lieu des seules viandes bovines auparavant).
Les emballages à destination des enfants
Historiquement, les produits destinés aux enfants étaient les premiers visés par les interdictions BPA et phtalates. Ce n'est plus une spécificité : BPA et phtalates sont aujourd'hui restreints pour l'ensemble des emballages alimentaires, quel que soit le public cible. Les exigences spécifiques aux produits enfants concernent surtout l'ergonomie d'ouverture et la mention de l'âge minimal.
L'emballage sous vide
Le sous vide impose des matériaux étanches, multicouches et résistants. Les industriels doivent vérifier la compatibilité de chaque film avec les températures d'usage (cuisson basse température, surgélation) et les éventuelles migrations.
Loi AGEC et PPWR : le nouveau cadre français et européen
La loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC, n°2020-105 du 10 février 2020) reste la colonne vertébrale française. Elle vise zéro emballage plastique à usage unique d'ici 2040, fixe un objectif de 5 % d'emballages ménagers réemployés et a déjà déployé plusieurs interdictions : bouteilles plastiques distribuées gratuitement dans les ERP, sacs plastiques à usage unique, suremballage plastique des fruits et légumes de moins de 1,5 kg, vaisselle jetable en restauration sur place.
Mais c'est désormais le règlement européen PPWR (UE) 2025/40, en vigueur depuis le 11 février 2025 et applicable à partir du 12 août 2026, qui structure le cap. Ses apports majeurs :
- Recyclabilité obligatoire de tous les emballages d'ici 2030, avec grille de notation A/B/C/D/E.
- Taux minimums de matière recyclée dans les emballages plastiques (échéances 2030 et 2040).
- Interdiction des PFAS dans les emballages au contact alimentaire (12 août 2026).
- Objectifs de réemploi par filière (boissons, vente à emporter, e-commerce).
- Reprise obligatoire par les distributeurs alimentaires de plus de 200 m² à partir de janvier 2028.
- Étiquetage harmonisé de la recyclabilité à l'échelle UE.
Pour les filières agro, c'est le texte le plus structurant depuis vingt ans. Il s'applique au-dessus de l'AGEC sans s'y substituer.
Emballages : les nouvelles solutions disponibles
Les matériaux émergents
Face à l'élargissement des interdictions, les fournisseurs développent des alternatives :
- Emballages à base de maïs, pulpe de canne à sucre, fibre de bambou.
- Papiers kraft recyclables sans PFAS (avec barrières de remplacement à base de cellulose modifiée ou de cires végétales).
- Films compostables industriellement conformes à la norme EN 13432.
- Plastiques monomatériaux PE ou PP recyclables en filière (vs multicouches non recyclables).
Attention au verdissement de façade : un emballage « bio-sourcé » n'est pas automatiquement recyclable, et un emballage « compostable domicile » ne l'est pas en industriel. La grille PPWR tranchera.
Les progrès du réemploi et du recyclage
Le réemploi monte en puissance, notamment dans la restauration à emporter (récipients consignés) et les rayons vrac. Le verre, recyclable à l'infini, retrouve une seconde jeunesse. Côté plastiques, l'amélioration des filières de tri permet d'atteindre des taux d'incorporation de matière recyclée en hausse, mais reste sous tension sur le PET alimentaire.

Pour objectiver ces choix, l'Analyse de Cycle de Vie reste l'outil de référence : elle permet de comparer rigoureusement deux solutions packaging et de nourrir les exigences de Scope 3 du bilan carbone de l'entreprise.
Les défis pour les professionnels de l'agroalimentaire
Répondre aux obligations légales
Le cumul AGEC + PPWR + REACH + interdictions sectorielles génère une complexité réglementaire sans précédent. Le Code de la consommation interdit la mise sur le marché de tout emballage non conforme au règlement (CE) n°1935/2004 — sanctions à la clé. Mobiliser une expertise juridique spécialisée n'est plus un luxe, c'est un prérequis.
Réduire son empreinte carbone via le packaging
Dans l'agroalimentaire, l'emballage pèse souvent 10 à 25 % du Scope 3. Toute réduction de matière, tout passage à un matériau recyclé ou réutilisable se traduit immédiatement dans le bilan carbone. Pour les entreprises soumises à la CSRD ou au BEGES, c'est un levier d'action concret et mesurable.
Répondre aux attentes des consommateurs
Le packaging est devenu un critère d'achat à part entière. Suremballage, plastique inutile, absence de logo de tri : autant de signaux qui font perdre des ventes. À l'inverse, un emballage sobre et bien pensé devient un argument marketing puissant.

Les nouvelles normes sont-elles tenables pour les industriels ?
La densité réglementaire est réelle, et le coût d'adaptation peut être élevé pour les TPE et PME. Mais l'inaction est plus coûteuse encore : non-conformité au PPWR à partir d'août 2026, exclusion de marchés européens, dégradation de la marque. Les entreprises qui anticipent dès 2025 prennent un temps d'avance commercial.
Chez Orki, nous accompagnons les entreprises de l'agroalimentaire pour cartographier l'impact carbone de leurs emballages, réaliser des ACV produit et identifier les alternatives conformes au PPWR. Trois portes d'entrée selon votre maturité :
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