Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC) : ce que change la SNBC 3 pour les entreprises

Imaginez en 2030 : votre entreprise n'a plus le choix. Vos clients exigent un bilan carbone fiable, vos achats sont progressivement renchéris aux frontières via le MACF, et vos investissements sont passés au crible d'une trajectoire bas-carbone nationale revue à la hausse.

Ce scénario, c'est celui que dessine la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC), et plus particulièrement sa troisième édition (SNBC 3), dont l'avis du CNTE a été adopté le 19 février 2026. Plus qu'un document politique, c'est la feuille de route qui structure les politiques publiques, les financements verts et — indirectement — les exigences de votre chaîne de valeur.

Information importante

En bref

  • La SNBC est la feuille de route climatique de la France ; sa 3e version (SNBC 3) est au stade de projet, publié en décembre 2025 ; son adoption définitive par décret est attendue au printemps 2026.
  • Elle vise -50 % d'émissions brutes en 2030 (vs 1990) et la neutralité carbone en 2050, soit environ -5 % par an.
  • Elle fixe des objectifs par secteur : transports, industrie, agriculture, bâtiment, énergie.
  • Pour les entreprises, elle se traduit en exigences concrètes : données carbone demandées par les clients, critères bas carbone des marchés publics, accès aux financements verts.
  • S'aligner sur la SNBC passe par un bilan carbone et une trajectoire de réduction crédible.

Information importante

Statut au printemps 2026 : la SNBC 3 est encore un projet. Il a été publié le 12 décembre 2025 ; le CNTE a rendu son avis le 19 février 2026 et le Haut Conseil pour le climat le 12 mars 2026. Une consultation publique précède l'adoption définitive par décret, attendue au printemps 2026. Tant que ce décret n'est pas signé, c'est la SNBC 2 qui reste juridiquement en vigueur.

La SNBC : de quoi parle-t-on en 2026 ?

La SNBC est la feuille de route officielle de la France pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Elle fixe les budgets carbone (plafonds d'émissions par période de 5 ans) et oriente l'ensemble des politiques sectorielles : énergie, transports, bâtiment, agriculture, industrie.

De la création en 2015 à la SNBC 3

La SNBC est née de la loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) du 17 août 2015, précisée par décret du 19 novembre 2015. Elle a précédé de quelques mois l'Accord de Paris (COP21, décembre 2015), avec lequel elle partage la même ambition : limiter le réchauffement bien en dessous de 2 °C.

Depuis, deux révisions ont eu lieu (SNBC 2 en 2020, projet de SNBC 3 publié fin 2025, en cours d'adoption en 2026). La SNBC 3 marque un tournant : elle relève l'objectif intermédiaire à -50 % d'émissions territoriales en 2030 (contre -40 % auparavant), pour s'aligner sur le paquet européen "Fit for 55".

Objectifs et vision à long terme

La trajectoire de la SNBC vers la neutralité 2050

RepèreValeur
StatutProjet publié le 12 décembre 2025 ; adoption par décret attendue au printemps 2026
Objectif 2030-50 % d'émissions brutes par rapport à 1990
RythmeEnviron -5 % par an d'ici 2030
HorizonNeutralité carbone en 2050
Émissions France373 Mt (2023) vers 270 Mt (2030)

Le cap reste inchangé : neutralité carbone en 2050. Cela suppose une baisse drastique des émissions (-50 % d'ici 2030) couplée à une augmentation de la capacité d'absorption des puits de carbone (forêts, sols, technologies de capture).

La SNBC ne se limite pas à un objectif chiffré. Elle promet une transition équitable, où la décarbonation profite à l'emploi, à la santé publique et à la souveraineté énergétique.

Les piliers sectoriels de la SNBC

La SNBC répartit l'effort entre sept grands secteurs, chacun assorti d'un budget carbone propre. Pour les entreprises, ces secteurs sont autant de signaux de transformation à anticiper.

Les secteurs ciblés

Le projet de SNBC 3 fixe une cible chiffrée à chaque grand secteur. Le détail des émissions par secteur d'activité :

SecteurÉmissions 2023Objectif 2030
Transports131 Mt90 Mt
Agriculture74 Mt67 Mt
Industrie71 Mt45 Mt
Bâtiment62 Mt32 Mt
Énergie43 Mt27 Mt
Total France373 Mt270 Mt

Émissions exprimées en périmètre SNBC (émissions brutes) ; elles peuvent différer légèrement des inventaires CITEPA en émissions directes.

Les transports

Premier émetteur français (environ 30 % des émissions), le secteur transport est en pleine bascule : électrification du parc, développement du ferroviaire, biocarburants pour l'aviation et le maritime. La fin des véhicules thermiques neufs à l'horizon 2035 (réglement européen) reste l'horizon de référence, même si la Commission a assoupli sa position en 2025-2026 en autorisant une part résiduelle de véhicules hybrides ou e-fuels.

Le bâtiment

Chauffage et climatisation pèsent lourd. La SNBC pousse à l'isolation massive, à l'abandon des chaudières fioul/gaz et à l'usage de matériaux bas-carbone (bois, biosourcés). La RE2020 et MaPrimeRénov' sont les bras armés de cette ambition.

L'agriculture

Émettrice (élevage, engrais azotés) mais aussi captatrice (sols, haies), l'agriculture est invitée à basculer vers des pratiques agroécologiques : agroforesterie, couverts végétaux, réduction des intrants chimiques.

L'industrie

Sites les plus émetteurs ciblés via les contrats de transition écologique. La SNBC mise sur l'électrification des procédés, l'hydrogène vert, le captage-stockage du CO₂ (CCS) et l'efficacité énergétique. C'est aussi sur ce secteur que pèse le Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières (MACF/CBAM), pleinement applicable depuis janvier 2026.

La production d'énergie

La SNBC s'appuie désormais sur la PPE3 (décret n° 2026-76 du 12 février 2026), qui fixe les objectifs énergétiques chiffrés. Particularité française : le mix décarboné repose sur deux jambes — énergies renouvelables et nucléaire (programme EPR2 réintégré comme pilier).

Les déchets

Cap sur l'économie circulaire : tri à la source des biodéchets (obligatoire depuis 2024), recyclage, réemploi, fin de la mise en décharge des déchets valorisables.

Les puits de carbone

Forêts, prairies, zones humides : ces réservoirs naturels sont fragilisés (sécheresses, scolytes). La SNBC 3 réaffirme leur rôle stratégique et acte la nécessité d'une sylviculture adaptative et de la restauration des sols agricoles.

Les mesures phares (chiffres mis à jour 2026)

Transition énergétique

Objectif national fixé par la loi Énergie-Climat de 2019 : 33 % d'énergies renouvelables dans la consommation finale brute en 2030 (l'objectif européen RED III est de 42,5 %). La PPE3 précise les jalons :

  • Éolien terrestre : 31 GW en 2030, puis 35-40 GW en 2035.
  • Solaire photovoltaïque : 48 GW en 2030 (avec clause de revoyure en 2027), 55-80 GW en 2035.
  • Nucléaire : prolongation du parc existant et lancement des EPR2.

Mobilité verte

Le règlement européen prévoit l'arrêt des ventes de voitures neuves émettrices de CO₂ en 2035, désormais assoupli pour autoriser une part limitée d'hybrides et e-fuels. Côté infrastructures, la France maintient son cap de 7 millions de points de recharge d'ici 2030 (dont 400 000 publics). Le déploiement des bornes de recharge publiques se poursuit.

Rénovation énergétique

L'objectif affiché reste de 500 000 logements rénovés par an. Réalité 2024 : MaPrimeRénov' a financé environ 341 000 rénovations, dont seulement environ 91 000 "d'ampleur". L'échéance de résorption des passoires thermiques a été repoussée à 2028. Le défi de mise à l'échelle reste entier.

Agriculture

Le Plan Ambition Bio 2027 (publié le 28 février 2024) vise 18 % de la SAU en bio d'ici 2027 (vs environ 10,7 % en 2022). L'objectif européen "De la ferme à la fourchette" porte la cible à 25 % en 2030.

Économie circulaire

La feuille de route circulaire fixe le cap : recyclage de tous les plastiques, fin progressive des emballages à usage unique, valorisation des biodéchets.

Industrie

Décarbonation des 50 sites industriels les plus émetteurs (programme "France 2030"), soutien au captage-stockage de carbone et à l'hydrogène bas-carbone.

Puits de carbone

Reforestation, restauration des sols, label bas-carbone pour financer la séquestration.

Les défis qui restent à relever

Acceptabilité sociale

De la taxe carbone aux ZFE, chaque mesure climat se heurte à la question du partage de l'effort. Sans accompagnement (chèque énergie, prime à la conversion), pas d'adhésion.

Investissements massifs

Selon les estimations publiques, la transition exige 60 à 70 milliards d'euros d'investissements supplémentaires par an jusqu'en 2030, publics et privés confondus.

Compétitivité industrielle

Décarboner sans délocaliser : c'est tout l'enjeu du MACF, qui doit rééquilibrer la concurrence entre industries européennes et importations carbonées.

Complexité technique

Stockage de l'électricité, hydrogène, réseaux flexibles : les briques technologiques manquent encore de maturité industrielle.

Dépendance internationale

La France importe une part importante de son énergie et de ses intrants industriels. La souveraineté énergétique est un pilier transversal de la SNBC 3.

Changements de comportement

Mobilité, alimentation, équipements : sans bascule des usages, les gains technologiques seront absorbés par l'effet rebond.

Biodiversité et écosystèmes

Décarbonation et préservation du vivant doivent avancer de pair. La SNBC 3 intègre davantage cette articulation, en lien avec la Stratégie Nationale Biodiversité.

Impacts et perspectives : ce que la SNBC change pour les entreprises

Ce que la SNBC 3 change pour les entreprises

Concrètement, traduire cette trajectoire nationale en plan d'action passe par trois étapes : mesurer ses émissions, bâtir sa propre feuille de route de réduction, et fixer des objectifs alignés sur la science via le SBTi.

La SNBC n'est pas une affaire d'État seul. Pour les PME et ETI, elle se traduit déjà — via la CSRD, le BEGES, le MACF et les exigences de Scope 3 des grands donneurs d'ordre — par des obligations concrètes de mesure et de réduction.

Premiers résultats observés

Les émissions territoriales françaises ont reculé d'environ 20 % entre 2017 et 2023 (source : Citepa), avec une accélération marquée en 2023 (-5,8 %). Les renouvelables couvrent désormais une part croissante de la consommation finale, et le parc de véhicules électriques et hybrides rechargeables franchit les millions d'unités.

Mais la trajectoire reste fragile : pour tenir le -50 % en 2030, le rythme de baisse doit doubler par rapport à la période 2015-2022.

Les enjeux des prochaines années

La SNBC 3, finalisée au printemps 2026, fixe le cap : -50 % en 2030, neutralité en 2050. Elle s'accompagne de la PPE3 (décret du 12 février 2026) et d'une révision des budgets carbone sectoriels.

Pour les entreprises, trois chantiers se profilent :

  • L'obligation de reporting (CSRD, BEGES post-décret 2022), qui contraint à mesurer et publier ses émissions, y compris Scope 3.
  • L'intégration du coût carbone dans les achats (MACF, prix interne du carbone).
  • La pression des donneurs d'ordre et investisseurs, dont les exigences ESG se durcissent à chaque exercice.

La France dans la lutte mondiale

Hôte historique de la COP21, la France reste l'un des rares grands pays industrialisés à se doter d'une stratégie carbone juridiquement encadrée. Avec la SNBC 3, elle envoie un signal cohérent à ses partenaires européens et au reste du monde : la trajectoire net zéro 2050 est non seulement maintenue mais renforcée.

4 points à retenir pour votre entreprise

  1. La SNBC 3 vise -50 % en 2030, contre -40 % auparavant. L'effort de décarbonation s'accélère pour tous les secteurs.
  2. La PPE3 (février 2026) actualise les objectifs énergétiques : 33 % d'ENR, 31 GW d'éolien terrestre, 48 GW de solaire en 2030 — plus le nucléaire (EPR2).
  3. Les obligations entreprises se cumulent : CSRD, BEGES, MACF. Sans données carbone fiables, votre entreprise s'expose à des risques commerciaux, financiers et réputationnels.
  4. Anticiper, c'est gagner : les entreprises qui structurent leur démarche carbone aujourd'hui transforment une contrainte en avantage concurrentiel.

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Questions fréquentes

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Qu'est-ce que la SNBC 3 et quand entre-t-elle en vigueur ?
Plus
La SNBC 3 est la troisième édition de la Stratégie Nationale Bas Carbone, la feuille de route de la France vers la neutralité carbone en 2050. Attention : à la mi-2026, c'est encore un projet. Il a été publié le 12 décembre 2025, le CNTE a rendu son avis le 19 février 2026 et le Haut Conseil pour le climat le 12 mars 2026 ; l'adoption définitive par décret est attendue au printemps 2026. Tant que ce décret n'est pas signé, la SNBC 2 reste juridiquement en vigueur.
Quelles obligations concrètes la SNBC impose-t-elle aux entreprises ?
Moins
La SNBC se traduit directement pour les entreprises par trois obligations cumulatives : le reporting carbone via la CSRD et le BEGES (y compris les émissions Scope 3), l'intégration du coût carbone dans les achats avec le Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières (MACF), pleinement applicable depuis janvier 2026, et la pression croissante des donneurs d'ordre et investisseurs dont les exigences ESG se renforcent chaque année.
Quels sont les objectifs énergétiques chiffrés de la PPE3 pour 2030 ?
Plus
La PPE3, publiée par décret le 12 février 2026, fixe pour 2030 : 33 % d'énergies renouvelables dans la consommation finale brute, 31 GW d'éolien terrestre, 48 GW de solaire photovoltaïque (avec clause de revoyure en 2027) et 7 millions de points de recharge pour véhicules électriques. Le mix décarboné repose également sur le nucléaire, avec le programme EPR2 réintégré comme pilier.
La France est-elle sur la bonne trajectoire pour atteindre -50 % en 2030 ?
Plus
Les émissions territoriales françaises ont reculé d'environ 20 % entre 2017 et 2023, avec une accélération de -5,8 % en 2023. Mais pour tenir le -50 % en 2030, le rythme de baisse doit doubler par rapport à la période 2015-2022. Des retards persistent : MaPrimeRénov' n'a financé que 341 000 rénovations en 2024 sur les 500 000 visées, et la résorption des passoires thermiques a été repoussée à 2028.
Combien coûte la transition bas-carbone pour la France d'ici 2030 ?
Plus
Selon les estimations publiques, la transition exige entre 60 et 70 milliards d'euros d'investissements supplémentaires par an jusqu'en 2030, publics et privés confondus. Ces montants couvrent la décarbonation de l'industrie, la rénovation des bâtiments, le déploiement des énergies renouvelables, les infrastructures de mobilité et le développement de technologies comme l'hydrogène vert et le captage-stockage de CO₂.
Qu'est-ce qu'une trajectoire bas carbone ?
Plus
Une trajectoire bas carbone est le chemin de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans le temps, jalonné d'objectifs intermédiaires. Au niveau national, la SNBC fixe la trajectoire de la France : -50 % d'émissions brutes en 2030 (vs 1990) puis la neutralité carbone en 2050.
Qu'est-ce qu'un budget carbone ?
Plus
Un budget carbone est un plafond d'émissions de gaz à effet de serre à ne pas dépasser sur une période donnée. La SNBC 3 fixe les budgets carbone des périodes 2024-2028, 2029-2033 et 2034-2038, qui encadrent la trajectoire de réduction de la France.
Quels sont les objectifs de la SNBC 3 par secteur ?
Plus
Le projet de SNBC 3 vise, à l'horizon 2030, de faire passer les émissions françaises de 373 à 270 MtCO2e : transports de 131 à 90 Mt, industrie de 71 à 45 Mt, agriculture de 74 à 67 Mt, bâtiment de 62 à 32 Mt et énergie de 43 à 27 Mt.
Que vise la SNBC pour 2050 ?
Plus
La SNBC vise la neutralité carbone de la France en 2050 : un équilibre entre les émissions résiduelles et les absorptions (puits naturels et technologiques). C'est l'objectif de long terme qui structure toute la stratégie.
Qu'est-ce qu'un plan de transition bas carbone ?
Plus
C'est la déclinaison opérationnelle, à l'échelle d'une organisation ou d'un territoire, d'une trajectoire de réduction alignée sur la SNBC : objectifs datés, leviers d'action priorisés et indicateurs de suivi. Pour une entreprise, il s'appuie sur un bilan carbone et une feuille de route de réduction.
Comment une entreprise peut-elle s'aligner sur la SNBC ?
Plus
En mesurant ses émissions via un bilan carbone, en se fixant une trajectoire de réduction cohérente avec l'objectif national, et en la traduisant en plan d'action. Des cadres comme le SBTi permettent de valider une trajectoire alignée sur la science et reconnue par les parties prenantes.

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