
En bref. Le label ISR (Investissement Socialement Responsable) est une certification publique française qui distingue les fonds intégrant des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Son référentiel a été profondément réformé (entrée en vigueur 2024-2025) : exclusion des énergies fossiles, sélectivité ESG portée de 20 % à 30 %, plan de transition aligné sur l'Accord de Paris. Après cet assainissement, près de 1 000 fonds restent labellisés (1 008 au 31 août 2025) pour plus de 800 milliards d'euros d'encours. La démarche est volontaire et le label est valable 3 ans.
En 2026, plus de 800 milliards d'euros d'encours sont gérés sous Label ISR en France. Et pourtant, beaucoup d'investisseurs ne savent pas que le label qu'ils connaissaient depuis 2016 a été profondément réformé en mars 2024 : exclusion des énergies fossiles, sélectivité ESG renforcée, plan de transition aligné sur l'Accord de Paris.
Si vous gérez un fonds, conseillez des épargnants ou cherchez à comprendre où va vraiment votre épargne, ce guide vous donne les clés pour décrypter le Label ISR nouvelle version.
Qu'est-ce que le label ISR ?
Le Label ISR (Investissement Socialement Responsable) est une certification publique française qui permet d'identifier les fonds intégrant des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leur stratégie d'investissement.
Définition du label investissement socialement responsable
Concrètement, le Label ISR distingue les fonds dont la gestion répond à un cahier des charges public, axé sur :
- la prise en compte des critères ESG dans la sélection des actifs,
- la transparence vis-à-vis des épargnants et des investisseurs,
- la mesure d'impact sur la durabilité des activités financées.
Du côté des particuliers, le label permet de savoir en un coup d'œil si leur épargne — assurance-vie, PEA, PER, SCPI — est orientée vers des actifs qui respectent ces critères. Côté sociétés de gestion, il sert de cadre de référence reconnu sur le marché français.

Le visuel du label a été refondu en avril 2022, puis sa charte graphique mise à jour en juillet 2025. Si vous voyez encore l'ancien logo bleu rond avec une main et une feuille, c'est qu'il s'agit d'une communication non actualisée.
Le label ISR : une histoire qui s'accélère depuis 2024
L'investissement socialement responsable n'est pas neuf. Dès le début des années 2000, des sociétés de gestion proposent des fonds intégrant des critères extra-financiers, sans cadre commun.
Les jalons clés :
- 2009 : premier label ISR en France, créé par Novethic (alors filiale de la Caisse des dépôts).
- 2014-2015 : le ministère de l'Économie et des Finances s'empare du sujet. Michel Sapin annonce la création d'un label gouvernemental le 28 septembre 2015.
- 8 janvier 2016 : décret officialisant le Label ISR public.
- 1ᵉʳ mars 2024 : entrée en vigueur du nouveau référentiel V3, qui durcit fortement les exigences (voir ci-dessous).

La réforme 2024 a obligé l'ensemble des fonds existants à se reconformer. Résultat : un mouvement de sortie pour les fonds incompatibles avec les nouvelles règles (notamment ceux exposés aux énergies fossiles), et un assainissement du label.
Ce qui a changé avec le référentiel 2024

C'est le point que la plupart des articles oublient. Le Label ISR n'est plus le même qu'en 2016. Trois évolutions structurent le nouveau cadre :
Exclusion des énergies fossiles
Les fonds labellisés ne peuvent plus investir dans les entreprises qui développent de nouveaux projets d'exploration, d'exploitation ou de raffinage de charbon, hydrocarbures conventionnels et non conventionnels. Une rupture nette avec l'ancien référentiel, qui restait permissif sur le sujet.
Sélectivité ESG renforcée
Le seuil d'exclusion passe de 20 % à 30 % : les fonds doivent écarter au minimum 30 % des plus mauvaises notes ESG de leur univers d'investissement initial. C'est mécaniquement plus exigeant.
Plan de transition aligné Accord de Paris
Les sociétés en portefeuille doivent disposer d'un plan de transition climatique crédible, ou faire l'objet d'un dialogue actionnarial structuré pour en élaborer un. Le label devient ainsi un outil de pilotage climat, pas seulement un filtre statique.
Les objectifs du label ISR
Au-delà de la transparence, le Label ISR poursuit plusieurs finalités complémentaires.
Promouvoir la RSE et les critères ESG
Le label est un vecteur d'adoption des principes de la Responsabilité Sociétale des Entreprises et de l'analyse ESG. Il pousse les sociétés financées à publier des données fiables sur :
- leur empreinte environnementale,
- leurs engagements sociaux et territoriaux,
- la qualité de leur gouvernance.
Encourager les investissements responsables
Le label sert de signal de marché. Pour un épargnant, voir le label sur un fonds permet d'arbitrer plus rapidement. Pour une société de gestion, c'est un argument commercial crédible.
Réduire le risque ESG sur les fonds
Un fonds labellisé est aussi un fonds dont les expositions aux risques climatiques et de transition ont été analysées et plafonnées. Cela ne garantit pas la performance, mais réduit l'exposition aux actifs échoués (stranded assets) — un sujet qui pèse lourdement depuis la réforme 2024.
Répondre aux attentes des investisseurs
Particuliers comme institutionnels intègrent désormais des critères extra-financiers dans leurs décisions. Le label répond à cette demande, en s'inscrivant dans un écosystème plus large qui comprend aussi le règlement européen SFDR (qui classe les fonds en Articles 6, 8 et 9) et le label public Greenfin dédié au financement vert.
Stimuler l'innovation financière
Pour conserver ou obtenir le label, les sociétés de gestion font évoluer leurs méthodologies d'analyse, leurs outils de mesure d'impact et leurs pratiques d'engagement actionnarial. Le label agit comme un aiguillon.
Le label ISR en 2026 : les chiffres

L'essor du label est tangible. À mai 2026 :
- près de 1 000 fonds labellisés (1 008 au 31 août 2025), après le retrait des fonds non conformes au nouveau référentiel.
- 210 sociétés de gestion impliquées.
- Plus de 800 milliards d'euros d'encours sous label.
- Répartition : 447 fonds actions, 192 fonds immobiliers, 164 fonds obligataires, 139 fonds diversifiés.

Le saviez-vous ? Depuis 2024, le label dispose d'un référentiel immobilier dédié, qui s'applique aux SCPI, OPCI et SCI. Près d'un fonds labellisé sur cinq est désormais un fonds immobilier — un pan entier du marché souvent ignoré.
Comment obtenir le label ISR ?
La démarche est structurée en plusieurs étapes. Compter 3 à 6 mois entre le dépôt et l'attribution, selon la complexité du fonds.
Étape 1 : choisir le produit financier à labelliser
OPCVM, FIA, FCP, SCPI, OPCI, SCI : les supports éligibles couvrent désormais un large spectre. La première question est de vérifier si la stratégie de gestion est compatible avec le référentiel V3, en particulier sur les exclusions sectorielles.
Étape 2 : se conformer au référentiel
Le cahier des charges repose sur six piliers :
- les objectifs ESG du fonds, communiqués clairement aux investisseurs,
- la méthodologie d'analyse ESG des actifs en portefeuille,
- la construction et la gestion du portefeuille (sélectivité minimale 30 %, exclusions fossiles, plan de transition),
- l'engagement actionnarial (vote en assemblée, dialogue avec les émetteurs),
- la transparence sur les pratiques et les résultats,
- la mesure d'impact de la démarche.
Le référentiel à jour est consultable sur le site officiel du Label ISR.
Étape 3 : choisir un organisme certificateur
Deux organismes accrédités délivrent aujourd'hui le label en France : EY France et AFNOR Certification. C'est l'un d'eux qui va instruire votre dossier et conduire l'audit.
Étape 4 : audit et évaluation
L'organisme vérifie la conformité du fonds au référentiel : analyse des process, contrôles documentaires, échanges avec les équipes de gestion. Cette phase est la plus structurante, car elle révèle les écarts à combler.
Étape 5 : attribution et durée de validité
Le label est attribué pour 3 ans, avec des contrôles intermédiaires. À l'issue, le fonds doit se soumettre à un nouvel audit pour conserver la labellisation.
Étape 6 : communication
Le label peut alors être affiché sur les documents commerciaux, les fiches produits, les contrats d'assurance-vie. Attention toutefois à ne pas tomber dans le greenwashing : la communication doit rester proportionnée à la réalité de la stratégie.
L'obtention du label ISR est-elle obligatoire ?
Non. Le Label ISR reste une démarche volontaire. Aucune réglementation n'impose à un fonds de l'obtenir. Mais dans un contexte où le règlement européen SFDR exige déjà une classification (Article 6, 8 ou 9) et où les distributeurs filtrent leurs gammes selon les labels, ne pas l'avoir devient un désavantage concurrentiel sur le segment de l'épargne responsable.
Label ISR : les nouveaux défis pour les sociétés de gestion
La réforme 2024 a transformé la nature du label. Trois défis dominent désormais :
- Recomposer les portefeuilles pour exclure les énergies fossiles sans dégrader la diversification.
- Industrialiser la collecte de données ESG sur les émetteurs en portefeuille, pour documenter sélectivité et plan de transition.
- Mettre en place un dialogue actionnarial structuré, condition sine qua non pour justifier l'alignement Accord de Paris.
Pour les fonds immobiliers, l'enjeu est particulièrement aigu : il faut intégrer la performance énergétique des actifs, leur résilience climatique et leur trajectoire de rénovation.
Les limites du label ISR
Même réformé, le label conserve quelques angles morts :
- Les critères ESG restent en partie subjectifs, faute de norme ISO unifiée.
- Les méthodologies d'analyse varient d'une société de gestion à l'autre, ce qui complique la comparaison entre fonds labellisés.
- Les coûts d'audit et de mise en conformité peuvent être dissuasifs pour les petits fonds.
- L'articulation avec SFDR et Greenfin reste imparfaite, créant parfois de la confusion pour les épargnants.
L'argument du greenwashing, longtemps reproché au label V2, a perdu en force depuis 2024 grâce aux exclusions fossiles, mais la vigilance reste de mise.
Le futur du label ISR
Plusieurs chantiers sont à surveiller dans les mois à venir :
- Convergence avec l'EU Ecolabel pour les produits financiers, en cours de discussion à Bruxelles.
- Renforcement des exigences sur la biodiversité, sujet encore peu couvert par le référentiel V3.
- Articulation avec la CSRD : les données publiées par les entreprises labellisées CSRD vont mécaniquement enrichir l'analyse ESG des fonds ISR.
Le Label ISR n'est plus une simple étiquette marketing. Il devient un outil de pilotage pour aligner les flux financiers sur les objectifs climatiques et sociaux. Pour les sociétés de gestion comme pour les épargnants, c'est désormais un repère exigeant.
Ce qu'il faut retenir
- Le Label ISR a été profondément réformé en mars 2024 : exclusion des fossiles, sélectivité 30 %, plan Accord de Paris.
- En 2026, près de 1 000 fonds sont labellisés (1 008 au 31 août 2025), dont environ un sur cinq en immobilier, pour plus de 800 Md€ d'encours.
- Deux organismes certificateurs accrédités : EY France et AFNOR Certification. Label valide 3 ans.
- Le label s'inscrit dans un écosystème plus large : SFDR, Greenfin, futures normes européennes.
- Pour les sociétés de gestion, c'est un levier de différenciation à condition d'industrialiser la donnée ESG et l'engagement actionnarial.







