Un fournisseur vous demande votre bilan carbone d'ici trois mois. Vous savez qu'il existe une méthode "officielle" portée par l'ADEME, mais vous ne savez pas si vous devez suivre le Bilan Carbone®, le BEGES réglementaire, ou les deux. Et la version V9 publiée début 2025 a rebattu les cartes.
Pour évaluer les émissions d'une organisation, deux référentiels dominent : la méthode Bilan Carbone® portée par l'ADEME et l'Association pour la transition Bas Carbone (ABC), et le GHG Protocol à l'échelle internationale. Ce guide se concentre sur le premier — et sur ce qu'il faut savoir pour ne pas se tromper de cadre.
Qu'est-ce que la méthode Bilan Carbone® ?
Avant que cette méthode n'émerge, les entreprises naviguaient à vue pour quantifier leurs émissions. Pas de cadre commun, pas de comparabilité, peu de fiabilité.
La création de la méthode Bilan Carbone®
Entre 2000 et 2003, une équipe dirigée par Jean-Marc Jancovici met au point une méthode complète permettant d'estimer les émissions directes et indirectes de gaz à effet de serre pour toutes les activités industrielles et tertiaires.
Cette méthode a été développée pour l'ADEME et la Mission Interministérielle pour l'Effet de Serre (MIES) afin de donner aux organisations un outil de mesure permettant d'identifier leurs marges de manœuvre.
En 2004, le Bilan Carbone® est officiellement lancé. En 2011, l'ADEME en confie la gestion à l'association qui s'appelle aujourd'hui Association pour la transition Bas Carbone (ABC) — l'ex « Association Bilan Carbone », renommée après sa fusion avec l'APCC.

Bilan Carbone® ≠ BEGES. Le Bilan Carbone® est une méthode privée portée par l'ABC. Le BEGES (Bilan d'Émissions de Gaz à Effet de Serre, art. L.229-25 du Code de l'environnement) est l'obligation légale issue de la loi Grenelle II. On peut faire un Bilan Carbone® qui répond aux exigences du BEGES, mais les deux notions ne sont pas interchangeables. Confondre les deux peut vous induire en erreur sur vos obligations.
La méthode a connu une refonte majeure début 2025 avec la publication de la V9, et tend désormais à s'étendre à un éventail plus large d'organisations — notamment depuis l'entrée en vigueur de la loi Industrie Verte du 23 octobre 2023, qui conditionne (depuis le 1ᵉʳ juin 2024) les aides publiques à la transition écologique à la production d'un BEGES.
La méthodologie de l'ADEME
L'ADEME et l'ABC s'appuient sur un code de calcul qui couvre l'ensemble des gaz à effet de serre définis par le GIEC, exprimés en équivalent CO₂.
La méthode Bilan Carbone® propose une évaluation globale incluant :
- Scope 1 — émissions directes : combustion de carburants, procédés industriels, fuites de fluides frigorigènes.
- Scope 2 — émissions indirectes liées à l'énergie : électricité, chaleur ou vapeur achetées.
- Scope 3 — autres émissions indirectes : achats de biens et services, transport amont/aval, déplacements, usage et fin de vie des produits vendus.

Attention au piège réglementaire : dans le cadre du BEGES légal, seuls les scopes 1 et 2 sont obligatoires. Le scope 3 est seulement recommandé. À l'inverse, la quasi-totalité de vos clients donneurs d'ordre (et la CSRD pour les grandes entreprises) attendent un scope 3 complet. Faire l'impasse dessus, c'est faire un bilan inutilisable commercialement.
Les émissions se calculent sur la base de facteurs d'émission physiques (en kgCO₂e/unité physique) chaque fois que possible. À défaut, on utilise des facteurs monétaires (en kgCO₂e/€). La V9 (2025) encadre désormais strictement cette pratique : les facteurs monétaires ne peuvent dépasser 30 % des émissions totales au niveau Initial, 20 % au niveau Standard et 10 % au niveau Avancé. Un garde-fou destiné à pousser les organisations vers des données réelles, plus fiables et plus actionnables.
Quelles sont les étapes de réalisation d'un bilan carbone ?
La démarche suit un enchaînement précis. La structurer dès le départ vous évite des aller-retours coûteux en fin de projet.
Identifier le pilote du projet et les contributeurs
Désignez une personne référente en interne chargée de piloter le projet. Idéalement, elle dispose déjà de quelques notions sur le sujet, ce qui facilite la collecte de données et la mobilisation des contributeurs — laquelle s'étend à plusieurs services.
Les contributeurs sont les personnes qui récupèrent les informations nécessaires au calcul : DRH, comptabilité, achats, production, logistique, IT. Le pilote est généralement nommé par la direction et appuyé par une équipe transverse.
Définir le périmètre de l'étude et cartographier les flux
Après avoir clarifié les objectifs (réglementaire, commercial, stratégique), il faut définir le périmètre d'étude selon la taille, le secteur et les activités de l'entreprise.
L'enjeu : trouver l'équilibre entre un périmètre qui reflète la réalité de l'organisation et un découpage suffisamment standard pour matcher avec les facteurs d'émission de la Base Empreinte® de l'ADEME (qui, depuis 2025, fusionne et remplace l'ancienne Base Carbone®).
Les émissions d'un magasin de bricolage et celles d'un bureau d'études n'ont rien à voir : la cartographie des flux est précisément ce qui permet de structurer un périmètre cohérent.
Cartographie des flux
Il s'agit d'identifier, quantifier et localiser les sources d'émissions le long de toute la chaîne de valeur : de l'extraction des matières premières à la fin de vie des produits ou services vendus.
Cette cartographie permet de visualiser les différents flux (achats, production, distribution, usage, fin de vie), d'identifier les postes les plus émetteurs et de mettre en évidence les leviers d'action.
Périmètre organisationnel, temporel et opérationnel
Une fois la cartographie posée, on définit les périmètres organisationnel, opérationnel et temporel.
Le périmètre temporel détermine la durée et la fréquence. Côté légal, le BEGES doit être renouvelé tous les 4 ans pour les entreprises privées et tous les 3 ans pour les personnes morales de droit public. Au-delà de la loi, il est recommandé de le mettre à jour annuellement pour piloter une vraie trajectoire de réduction.
Le périmètre organisationnel est souvent le plus complexe à définir, en particulier dès qu'il y a des participations ou filiales. Deux options classiques :
- Un périmètre proportionnel à la part du capital : le bilan est réalisé au prorata de la participation financière.
- Un périmètre limité aux installations sous contrôle opérationnel direct de l'organisation.
Par défaut, c'est le contrôle opérationnel qui s'applique, sauf justification. Un fonds d'investissement qui prend une participation minoritaire dans une start-up peut par exemple opter pour le prorata capitalistique.
Collecter les données
La méthode nécessite la collecte des données d'activité, multipliées ensuite par les facteurs d'émission pour obtenir le résultat en tonnes de CO₂ équivalent.
C'est l'étape la plus chronophage du projet — souvent 60 à 70 % du temps total. Trois principes pour la mener à bien :
- Ne pas la faire seul : impliquez chaque service détenteur de données (compta, RH, achats, IT, logistique).
- Cadrer le périmètre de collecte en amont, sinon vous collectez des données inutiles.
- Documenter et archiver chaque donnée pour que les exercices suivants soient deux à trois fois plus rapides.
Un point de mi-parcours permet d'ajuster, de re-sensibiliser les contributeurs et de débloquer les services en retard. À terme, mettre en place une collecte périodique automatisée via un outil dédié est le vrai accélérateur.

Plusieurs logiciels permettent de gagner en productivité sur cette partie. Orki permet notamment d'automatiser une partie de la collecte, d'inviter collaborateurs et fournisseurs sur la plateforme et de connecter vos sources de données (ERP, compta, factures) pour fiabiliser les chiffres.
Définir un plan d'action pour le Bilan Carbone®
À partir du profil GES de l'organisation, le pilote propose une série de recommandations. Les équipes techniques construisent ensuite un plan d'action chiffré, cohérent avec les objectifs de l'entreprise.
Les postes les plus émetteurs concentrent les efforts (principe de Pareto : souvent 20 % des postes représentent 80 % du bilan). Pour chaque action, on définit :
- Un porteur identifié.
- Des indicateurs de suivi et de résultat.
- Un budget et un calendrier.
- Les freins à anticiper (techniques, organisationnels, contractuels).
Lors du renouvellement du bilan, les indicateurs sont mis à jour, la trajectoire bas-carbone est actualisée et le plan d'action ajusté en fonction des risques et opportunités identifiés.
Communiquer sur votre Bilan Carbone®
Synthétisez votre démarche dans un document de référence pour communiquer les résultats en interne et en externe. C'est un levier puissant pour renforcer la marque, fidéliser les clients exigeants sur les critères ESG et engager les collaborateurs.
Restez transparent et évitez le greenwashing : présentez des mesures précises, quantifiées, avec leurs résultats chiffrés. Même un bilan décevant mérite d'être partagé — il est la base d'une démarche de progrès crédible.

La publication des bilans GES est obligatoire pour les organisations soumises au BEGES réglementaire. L'ADEME centralise ces déclarations sur la plateforme bilans-ges.ademe.fr et publie un jeu de données ouvert pour analyse.
Le cadre réglementaire 2026 : ce qui a changé
Au-delà du choix méthodologique, les obligations légales se sont sérieusement durcies ces dernières années. Trois textes structurent désormais le paysage.
Loi Industrie Verte (oct. 2023) : l'élargissement du BEGES
Depuis le 1ᵉʳ juin 2024, tout bénéficiaire d'aides publiques à la transition écologique doit produire un BEGES — y compris des entreprises de 50 à 500 salariés qui n'étaient pas auparavant soumises à l'obligation Grenelle II. Concrètement : pas de bilan, pas d'aide.
Sanctions renforcées
Le non-respect de l'obligation BEGES expose désormais à une amende pouvant atteindre 50 000 € (100 000 € en cas de récidive), à laquelle s'ajoutent l'exclusion possible des marchés publics et la perte d'éligibilité aux aides à la transition écologique. Le risque financier dépasse largement le coût d'un bilan.
CSRD et loi Omnibus
La directive CSRD, en vigueur depuis janvier 2024 pour les plus grandes entreprises, impose un reporting de durabilité annuel intégrant les émissions GES sur les trois scopes. La loi Omnibus adoptée au printemps 2025 a allégé le calendrier pour une partie des PME et ETI, mais la pression indirecte reste forte : vos donneurs d'ordre, eux, doivent toujours rapporter leur scope 3 — donc le vôtre.
Les limites de la méthode Bilan Carbone®
La méthode a de vrais atouts : crédibilité, conformité réglementaire, accès à la Base Empreinte® de l'ADEME, et un écosystème d'outils et de formateurs mature.
Elle a aussi ses limites à l'échelle d'une entreprise :
- Imprécision sur le scope 3 : sans données fournisseurs, on est obligé de s'appuyer sur des facteurs sectoriels moyens ou monétaires. La V9 limite cette dépendance mais ne la supprime pas.
- Pas de prise en compte des émissions évitées ni de la contribution positive de certains produits.
- Pour comparer deux produits ou éco-concevoir, mieux vaut coupler le bilan carbone avec l'analyse de cycle de vie (ACV).
Les logiciels Bilan Carbone® : notre avis
Plusieurs logiciels s'inspirent de la méthode Bilan Carbone® et s'adaptent aux besoins et budgets des PME comme des ETI. Orki en fait partie : la plateforme calcule les émissions des 3 scopes en s'appuyant sur la méthode ADEME, le GHG Protocol et la norme ISO 14064, avec une automatisation poussée de la collecte.
L'outil ne remplace pas la réflexion stratégique, mais il divise par deux à trois le temps consacré au reporting — temps que vous pouvez réinvestir dans l'analyse et le plan d'action.
4 points à retenir
- Bilan Carbone® ≠ BEGES. L'un est une méthode privée portée par l'ABC, l'autre est l'obligation légale. Ne les confondez pas dans votre communication.
- Le scope 3 est devenu la norme commerciale. Légalement recommandé, il est attendu de fait par vos clients donneurs d'ordre et par la CSRD.
- La V9 (2025) plafonne les facteurs monétaires à 30/20/10 % selon le niveau d'ambition. Préparez-vous à collecter de la donnée physique.
- Le risque d'inaction est désormais chiffré : jusqu'à 100 000 € d'amende, exclusion des marchés publics et perte d'aides à la transition.
Prêt à structurer votre démarche Bilan Carbone® ?
Pour transformer cette obligation en levier de performance, Orki propose trois approches complémentaires :
- Accompagnement de A à Z : un expert climat dédié + la plateforme SaaS pour sécuriser votre premier bilan.
- Outil SaaS en autonomie : pour les équipes RSE/QSE déjà rodées qui veulent industrialiser le reporting.
- Formation : pour internaliser la compétence et devenir 100 % autonome.

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