Bilan carbone des emballages alimentaires : plastique, carton, verre, qui gagne ?

Loi AGEC, directive SUP, règlement européen PPWR adopté en 2024 : la pression réglementaire sur les emballages s'intensifie. Pour une PME agroalimentaire ou un industriel, choisir le bon matériau d'emballage n'est plus seulement une question de coût ou de logistique — c'est devenu un arbitrage carbone qui pèse sur votre Scope 3.

Plastique, carton, verre : leurs empreintes ne se valent pas, et les idées reçues ont la vie dure. Voici un comparatif chiffré pour piloter vos achats responsables en 2026.

Information importante

En bref

  • Pas de matériau « gagnant » universel : tout dépend du poids de l’emballage, du nombre de réutilisations et de la fin de vie.
  • Par kg de matériau : aluminium (8 à 16) ≫ plastique (environ 2,4) > bioplastique (1,5 à 3) > carton plat (environ 0,96) environ verre (environ 0,85) > carton ondulé (environ 0,49 kgCO₂e/kg).
  • Mais par emballage, le comparatif au kg trompe : le verre, lourd, est souvent défavorable ; le plastique, léger, l’inverse.
  • Le carton ondulé (ACV FEFCO 2022 : 491 kgCO₂e/t) reste le mieux placé des matériaux courants ; l’aluminium primaire le plus intense.
  • Le vrai levier n’est pas le matériau mais la sobriété : réduire à la source, réemployer, éco-concevoir.

Empreinte carbone par matériau d’emballage : le comparatif

Les valeurs ci-dessous sont exprimées par kg de matériau produit — pas par emballage. Un matériau peu émetteur au kg mais lourd (le verre) peut être plus défavorable par unité qu’un matériau léger plus intense (le plastique). La même nuance vaut pour les matériaux de construction. Le bon arbitrage dépend du poids, des réutilisations et de la fin de vie.

MatériauEmpreinte carbone (production)Recyclabilité et repère
Aluminium8 à 16 kgCO₂e/kg (primaire)Recyclable à l’infini, −95 % d’énergie en recyclé ; très intense en primaire, mais poids faible par emballage
Plastique (PET/PE)environ 2,4 kgCO₂e/kgRecyclable, mais taux réel encore faible ; matériau léger
Bioplastique (PLA)1,5 à 3 kgCO₂e/kg (variable)Biosourcé ; bénéfice conditionné à un compostage industriel, pas au recyclage classique
Carton platenviron 0,96 kgCO₂e/kgRecyclable ; fibres vierges, plus intense que l’ondulé
Verre0,83 à 0,86 kgCO₂e/kgRecyclable à l’infini, mais lourd → empreinte élevée par unité de produit
Carton onduléenviron 0,49 kgCO₂e/kg (FEFCO 2022)Très recyclable, fort taux de fibres recyclées

Le plastique : un cycle de vie lourd en émissions

Le plastique reste le matériau d'emballage alimentaire le plus utilisé… et l'un des plus émissifs sur l'ensemble de son cycle de vie.

La production de plastique souple consomme environ 1 870 kilogrammes d'équivalent CO2 par tonne. Mais l'impact ne s'arrête pas là : en fin de vie, la valorisation énergétique par incinération — souvent présentée à tort comme du recyclage — émet à son tour environ 2 384 kg CO2e par tonne traitée.

Concrètement, un emballage plastique de 15 grammes génère près de 65 grammes de CO2 sur son cycle de vie. Multipliez par les millions d'unités annuelles d'une PME agroalimentaire : l'addition devient un poste majeur du bilan carbone.

À cela s'ajoute la pollution physique : la majorité des emballages plastiques finissent en décharge, incinérés ou dispersés dans la nature. La directive européenne SUP (Single-Use Plastics), en vigueur depuis 2021, et le règlement PPWR adopté en 2024 imposent désormais des restrictions progressives sur les emballages plastiques à usage unique.

Réduire la consommation de plastique et activer des leviers de décarbonation industrielle devient donc une priorité pour rester compétitif sur les appels d'offres B2B.

Le bilan carbone du carton : une alternative crédible

Le carton fait figure d'alternative plus sobre, à condition de bien distinguer carton plat et carton ondulé.

La transformation des fibres de cellulose en carton plat émet environ 964 kg CO2e par tonne produite — déjà près de deux fois moins que le plastique souple. Côté fin de vie, selon les estimations Citeo 2024, environ 80 % du papier-carton est recyclé en France, ce qui en fait l'une des filières les plus matures.

Sur la base d'une analyse de cycle de vie, un emballage carton de type enveloppe kraft produit environ 15 g d'équivalent CO2, soit plusieurs fois moins qu'un emballage plastique équivalent.

Attention toutefois : une part des cartons finit encore en décharge, et l'avantage carbone dépend fortement de l'origine de la fibre (vierge vs recyclée) et de la gestion forestière en amont.

Le cas du carton ondulé

Le carton ondulé est l'un des matériaux d'emballage les mieux placés sur le plan carbone. Selon Carton Ondulé de France, il est fabriqué à 89 % de fibres issues du recyclage (données 2022-2023), avec des encres d'impression majoritairement à base d'eau.

Côté empreinte carbone, l'ACV publiée par FEFCO en 2022 fait référence : 491 kg CO2e par tonne de carton ondulé, en baisse par rapport aux 538 kg CO2e/t de l'évaluation précédente. C'est environ deux fois moins que le carton plat, et près de quatre fois moins que le plastique souple.

Ajoutez à cela un fort taux de recyclabilité de la filière et une biodégradabilité naturelle : le carton ondulé coche la plupart des cases d'un emballage éco-conçu.

Améliorer l'impact environnemental du carton

L'arbitrage ne se joue pas qu'à la fabrication. Trois leviers concrets pour vos achats :

  • Privilégier les fournisseurs certifiés FSC ou PEFC, garants d'une gestion forestière durable.
  • Maximiser la part de fibre recyclée dans le cahier des charges fournisseur.
  • Optimiser le grammage et le format pour réduire à la source, conformément à l'esprit de la loi AGEC.

Le bilan carbone des emballages en verre

Le verre traîne une image vertueuse… qui mérite d'être nuancée. La fabrication d'un emballage en verre implique de fondre du sable à 1 200-1 400 °C, opération très énergivore qui émet environ 830 à 860 g CO2e par kg de verre produit (et non plusieurs kg/kg comme on le lit parfois).

En contrepartie, le verre se recycle à l'infini sans perte de qualité. Le taux de recyclage du verre en France atteint désormais environ 85 % selon les estimations Citeo 2024 (83,7 % en 2023). Inerte, non toxique, il n'interagit pas avec les aliments.

Information importante

Le piège du verre, c'est son poids. À contenu équivalent, une bouteille en verre pèse 8 à 10 fois plus qu'un contenant plastique. Conséquence : les émissions logistiques liées au transport peuvent annuler une partie du bénéfice carbone à la production. Pour des circuits courts et des produits réutilisables (consigne), le verre reste imbattable. Pour de la longue distance, le calcul est moins évident.

Verdict : le verre est un excellent choix sur des circuits locaux et des modèles de réemploi, moins évident sur des chaînes logistiques étendues.

La meilleure stratégie reste de réduire à la source

Au-delà du choix du matériau, l'emballage le plus vertueux est celui qu'on n'utilise pas. C'est aussi la trajectoire poussée par la loi AGEC et le règlement PPWR : éco-conception, réduction des suremballages, développement de la réutilisation et de la consigne.

Quelques pistes activables dès maintenant :

  • Réduire le grammage et supprimer les couches inutiles (suremballage carton + film plastique).
  • Passer à des matériaux à fibre recyclée certifiés, en priorité pour les emballages secondaires et tertiaires.
  • Tester des systèmes de réemploi ou de consigne sur les flux B2B récurrents.
  • Intégrer l'empreinte emballages dans votre Scope 3 achats pour piloter la trajectoire dans le temps.

La hiérarchie qui compte vraiment

Avant même de comparer les matériaux, l’ordre d’efficacité est clair : réduire à la source (moins de matière, suppression du suremballage), puis réemployer (consigne, emballages rechargeables), puis éco-concevoir (mono-matériau recyclable), et seulement ensuite choisir le matériau le moins intense pour la fonction visée. Cette logique est au cœur de l’économie circulaire.

Côté cadre réglementaire, la réduction et la recyclabilité des emballages sont désormais encadrées par la loi AGEC et le règlement européen PPWR — un sujet traité à part. Pour comparer deux emballages de façon fiable, seule une analyse du cycle de vie (ACV) multicritère fait foi.

Ce qu'il faut retenir

  1. Le plastique reste le matériau le plus émissif sur l'ensemble du cycle de vie (production + fin de vie).
  2. Le carton ondulé, à 491 kg CO2e/t et 89 % de fibre recyclée, est l'option carbone la plus performante pour la plupart des usages.
  3. Le verre est imbattable en circuit court et en réemploi, mais son poids alourdit son bilan en logistique longue distance.
  4. La hiérarchie reste : réduire à la source, puis réutiliser, puis recycler — dans cet ordre.
  5. La pression réglementaire (AGEC, SUP, PPWR) va continuer à structurer le marché : anticiper, c'est sécuriser vos contrats B2B.

Sources

  • ADEME — Base Empreinte® (données environnementales des matériaux). https://base-empreinte.ademe.fr/ — Consulté en juin 2026.
  • FEFCO — Life Cycle Assessment of corrugated board (2022). https://www.fefco.org/technical-documents/lca — Consulté en juin 2026.
  • Citeo — Recyclage et éco-conception des emballages ménagers. https://www.citeo.com/ — Consulté en juin 2026.
  • CITEPA — Inventaire national des émissions de gaz à effet de serre. https://www.citepa.org/ — Consulté en juin 2026.

Questions fréquentes

Approfondissez le sujet de l'article

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Quel emballage a le plus faible bilan carbone ?
Plus
Il n’y a pas de réponse unique. Au kg de matériau, le carton ondulé (environ 0,49 kgCO₂e/kg) est le mieux placé et l’aluminium primaire le plus intense. Mais par emballage, le poids, le nombre de réutilisations et la fin de vie changent le classement : un verre réutilisé plusieurs fois bat souvent un emballage jetable.
Le carton est-il vraiment plus écologique que le plastique ?
Moins
Au kg, oui : le carton ondulé (environ 0,49 kgCO₂e/kg) émet bien moins qu’un plastique (environ 2,4 kgCO₂e/kg) et se recycle mieux. Mais un emballage carton plus lourd ou à usage unique réduit l’écart. Tout dépend de la fonction et du poids réel.
Le verre est-il bon pour l’environnement ?
Plus
Son empreinte au kg est modérée (environ 0,85 kgCO₂e/kg) et il se recycle à l’infini, mais il est lourd : un emballage verre jetable est souvent défavorable. Son intérêt environnemental vient surtout du réemploi (consigne).
Le bioplastique (PLA) est-il moins carboné ?
Plus
Sa production émet généralement moins qu’un plastique fossile, mais le bénéfice réel dépend de la fin de vie : le PLA exige un compostage industriel et perturbe le tri du plastique classique s’il y est mélangé.
L’aluminium est-il un mauvais choix carbone ?
Plus
En primaire, c’est le matériau le plus intense (8 à 16 kgCO₂e/kg). Mais il est très léger par emballage et se recycle avec environ 95 % d’énergie en moins : un aluminium recyclé et réutilisé est bien moins pénalisant.
Un emballage recyclable a-t-il forcément une faible empreinte carbone ?
Plus
Non. La recyclabilité théorique ne garantit pas un faible bilan, qui dépend du matériau, du poids et du taux de recyclage réellement atteint. Un matériau recyclable mais peu collecté reste émetteur.
Comment réduire le bilan carbone de ses emballages ?
Plus
Dans l’ordre d’efficacité : réduire à la source (moins de matière), réemployer (consigne), éco-concevoir (mono-matériau recyclable), puis seulement choisir le matériau le moins intense pour la fonction visée.
Le plastique est-il toujours le pire choix ?
Plus
Non. Sa légèreté limite parfois l’empreinte par emballage et au transport. Le problème majeur du plastique est sa fin de vie (faible recyclage, pollution), davantage que son seul bilan carbone de production.
Qu’est-ce qui pèse le plus dans le bilan carbone d’un emballage ?
Plus
La production du matériau et son poids dominent, devant le transport et la fin de vie. C’est pourquoi alléger l’emballage (sobriété) est le levier le plus efficace, avant même le choix du matériau.
Quelle est la réglementation sur les emballages ?
Plus
La loi AGEC et le règlement européen PPWR encadrent la réduction, le réemploi et la recyclabilité des emballages. Ils poussent à la sobriété plus qu’au seul choix de matériau (sujet traité dans nos pages dédiées).
Comment mesurer précisément l’empreinte d’un emballage ?
Plus
Par une analyse de cycle de vie (ACV) multicritère, qui intègre production, transport, usage et fin de vie. C’est la seule méthode fiable pour comparer deux emballages, au-delà du chiffre par kg de matériau.

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