4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. C'est le poids du numérique aujourd'hui, et il croît de 8 % par an pendant que les autres secteurs progressent de 1 %. Avec l'explosion de l'IA générative et la multiplication des terminaux, ignorer ce poste devient un angle mort stratégique pour toute entreprise qui pilote son bilan carbone.
Ce guide décrypte les vrais chiffres, distingue les idées reçues des données solides, et vous donne les leviers concrets pour réduire l'empreinte numérique de votre organisation.

Quel est le vrai impact de l'empreinte environnementale du numérique ?
Définition de l'empreinte environnementale du numérique
Il s'agit de la quantité de gaz à effet de serre émise par les activités liées aux technologies de l'information et de la communication (TIC) : fabrication des terminaux, fonctionnement des réseaux, stockage et traitement de données dans les centres informatiques.

À titre d'ordre de grandeur, le visionnage d'une heure de vidéo en streaming sur smartphone en Europe émet quelques dizaines de grammes de CO₂e (les estimations vont de 18 à 80 g selon les méthodologies et le mix électrique). Les chiffres précis font débat depuis la révision des estimations de The Shift Project en 2020.
Le numérique accentue le changement climatique
Selon l'étude de référence GreenIT.fr, le secteur du numérique représente 3,8 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit environ 1 400 millions de tonnes de CO₂. La mission d'information du Sénat (2020) estimait ce chiffre à 3,7 % en 2018.
En comparaison, l'aviation civile est responsable de 2,4 à 3 % des émissions mondiales de CO₂. Autre signal d'alerte : les émissions du numérique croissent de 8 % par an, contre 1 % pour la moyenne des autres secteurs. Et l'essor des modèles d'IA générative depuis 2023 ne fait qu'accélérer la trajectoire.


Le rapport pointe que les gains d'efficacité énergétique induits par l'utilisation du numérique (hors vidéos) compenseraient largement les impacts des centres de données et des réseaux. Le visionnage massif de contenus vidéo et la surconsommation d'appareils électroniques grand public plombent ces effets positifs.
Mesurer les impacts environnementaux des équipements grâce à l'analyse du cycle de vie
L'Analyse du Cycle de Vie (ACV) est l'outil de référence pour calculer l'empreinte carbone des terminaux. Elle considère les émissions de CO₂ sur quatre étapes :
- La fabrication, de l'extraction des matières premières à la production
- La distribution
- L'utilisation
- La gestion de fin de vie et des déchets
Analyse du cycle de vie d'un smartphone : le cas de l'iPhone
Le cycle de vie d'un iPhone illustre une réalité contre-intuitive : c'est la fabrication qui domine largement l'empreinte, pas l'utilisation. Selon les rapports environnementaux officiels d'Apple :
- Fabrication : ~80 % des émissions totales. Extraction des matières premières (lithium, cobalt, aluminium, terres rares) et assemblage industriel.
- Transport : ~3 %. Acheminement des usines vers les points de vente.
- Utilisation : ~15 %. Recharge sur la durée de vie (souvent 3 ans en pratique).
- Fin de vie : ~1 %. Collecte et recyclage.
Pour un iPhone récent, Apple communique une empreinte totale d'environ 60 kg CO₂e. Conséquence directe : prolonger la durée de vie d'un smartphone d'un an réduit son empreinte annuelle d'environ 30 %.

Les grands sous-ensembles de l'empreinte environnementale du numérique
Le numérique repose sur une architecture physique composée de trois sous-ensembles : les terminaux, les réseaux et les centres de données.

Les terminaux
Smartphones, tablettes, ordinateurs, imprimantes, téléviseurs, box internet, objets connectés. L'empreinte carbone des terminaux représente 66 % de l'empreinte totale du numérique au niveau mondial selon l'étude GreenIT.fr. En France, la part monte à environ 80 % selon l'ADEME-ARCEP, car notre mix électrique bas-carbone réduit mécaniquement le poids relatif des réseaux et datacenters.

En 2010, 1 milliard d'équipements électroniques étaient produits dans le monde. On en compte aujourd'hui plus de 4 milliards par an. Le parc mondial dépasse les 34 milliards de terminaux pour environ 5 milliards d'utilisateurs d'internet, principalement tirés par l'explosion des objets connectés.
Les centres de données (data centers)
Ce sont les lieux où sont stockées et traitées les données : clouds publics (AWS, Google Cloud, OVHcloud) ou clouds privés d'entreprises. Avec l'essor de l'IA générative, leur croissance est exponentielle : l'ADEME projette une multiplication par 3,2 des émissions des datacenters en France entre 2024 et 2035.

D'après l'étude GreenIT.fr, les datacenters représentent 15 % des émissions de CO₂ liées au numérique (périmètre mondial). Deux postes dominent : la construction et la consommation électrique en continu pour le fonctionnement et le refroidissement. À noter : depuis janvier 2025, l'ADEME-ARCEP intègre les datacenters hébergés à l'étranger pour les usages français, ce qui revoit à la hausse cette part dans le bilan national.
Les réseaux
Réseaux fixes (filaires, wifi) et mobiles (4G, 5G). Ils reposent sur des infrastructures physiques : paires de cuivre, fibres optiques, antennes.

D'après l'étude GreenIT.fr, les réseaux représentent 19 % des émissions de CO₂ liées au numérique. Émissions liées à la construction des infrastructures et à la consommation d'énergie en fonctionnement. L'ARCEP relève une hausse de la consommation électrique des opérateurs de +7 % en 2022.
Répartition de l'empreinte environnementale du numérique :

Les grandes tendances
Évolution du numérique de 2010 à 2025 :

Les émissions du numérique vont être multipliées par 3 entre 2010 et 2025. Trois facteurs accélèrent encore cette trajectoire : l'IA générative (ChatGPT, Copilot et leurs équivalents), la 5G et l'explosion des objets connectés.
Quelle est la part des principaux terminaux dans l'empreinte numérique ?

Quel est le bilan carbone d'un smartphone ?
D'après les rapports environnementaux officiels des fabricants (Apple, Samsung, Fairphone), l'empreinte carbone d'un smartphone neuf se situe entre 50 et 80 kg CO₂e sur l'ensemble de son cycle de vie. La fabrication concentre environ 80 % de cette empreinte, l'utilisation à peine 15 %. C'est pourquoi le levier n°1 est l'allongement de la durée d'usage et le recours au reconditionné.
Quel est le bilan carbone d'un ordinateur portable ?
La production d'un ordinateur portable émet en moyenne 80 kg de CO₂e. Son utilisation ajoute environ 40 kg CO₂e/an, fortement dépendant du mix électrique du pays d'usage.
Quel est le bilan carbone d'un téléviseur ?
La production d'un téléviseur émet environ 100 kg de CO₂e, et son utilisation 20 kg CO₂e/an.

L'empreinte carbone d'un produit ne se résume pas à sa fabrication : elle dépend aussi de son usage et de sa fin de vie. Un téléviseur LCD/LED a un impact moindre qu'un plasma. Le règlement européen Ecodesign for Sustainable Products (ESPR, applicable depuis 2024) renforce les exigences d'éco-conception et de réparabilité des produits électroniques mis sur le marché.
Quel est le bilan carbone d'une imprimante ?
La production d'une imprimante émet environ 30 kg de CO₂e et son utilisation 15 kg CO₂e/an. Le mutualiser à l'échelle d'un étage ou d'une équipe divise mécaniquement cet impact.
Quelle est l'empreinte carbone d'un data center ?
Une consommation électrique massive
Les centres de données consomment environ 2 % de l'électricité mondiale, une part appelée à croître fortement avec l'IA générative. Ils fonctionnent en continu pour stocker, traiter et restituer les données à toute heure.
L'indicateur clé est le PUE (Power Usage Effectiveness) : énergie totale consommée divisée par l'énergie utilisée par les équipements informatiques. Plus il s'approche de 1, mieux c'est.

L'empreinte carbone d'un data center dépend de sa localisation, de son mix énergétique et de son efficacité. Un data center en Islande alimenté en énergie 100 % renouvelable émet beaucoup moins qu'un équivalent en zone à mix carboné. Un PUE de 1,2 surperforme largement un PUE de 2,0. À noter aussi : les datacenters consomment d'importantes quantités d'eau pour leur refroidissement — un enjeu désormais critique dans les zones sous stress hydrique.
En moyenne, les infrastructures françaises affichent un PUE de 2,5. Le gisement de réduction par optimisation reste donc considérable.
L'utilisation de ressources non renouvelables
Les data centers s'appuient massivement sur des métaux rares (cobalt, terres rares) dont l'extraction soulève des enjeux environnementaux et de droits humains majeurs. Une grande partie des serveurs est suréquipée et alimentée par des ressources non renouvelables.
L'extraction du cobalt, en particulier, se concentre dans des régions où les conditions de travail et les impacts écologiques posent question. À mesure que la demande de capacité explose — notamment sous l'effet de l'IA — la pression sur ces ressources s'intensifie.
Comment calculer l'empreinte carbone d'un service numérique ou d'un site web ?
Plusieurs facteurs entrent en jeu : émissions liées au transfert des données, énergie pour alimenter les terminaux utilisateurs, énergie des serveurs et datacenters, et localisation géographique (mix électrique). Le RGESN (Référentiel Général d'Écoconception de Services Numériques) publié par la DINUM constitue aujourd'hui la référence française.
Les terminaux
L'empreinte liée à l'alimentation des terminaux utilisés pour consommer le service : télévision, ordinateur, smartphone, objet connecté.

Pour une heure de vidéo en streaming, les terminaux émettent : smartphone 0,56 g CO₂e, tablette 1,39 g CO₂e, ordinateur 10,19 g CO₂e, TV LED 50" 55,56 g CO₂e. Plus l'écran est grand, plus l'impact grimpe.
Le trafic des données
L'empreinte liée au transfert de données à travers les réseaux. Charger une page ou diffuser une vidéo nécessite de faire transiter des paquets, et le type de connexion compte.

Pour une heure de streaming : connexion 4G 5,28 g CO₂e, wifi faible débit 0,99 g CO₂e, wifi très haut débit 8,49 g CO₂e.
Les datacenters
Émissions liées au stockage et au traitement des données. Chaque requête mobilise des serveurs et consomme de l'énergie. Une requête sur un modèle d'IA générative consomme typiquement 10 à 30 fois plus d'énergie qu'une recherche web classique.

Pour une heure de vidéo en streaming, les datacenters émettent environ 2,75 g CO₂e.
Les campagnes publicitaires en ligne
L'empreinte d'une publicité en ligne dépend du type de contenu, de la diffusion, du visionnage et de l'audience. Le coût carbone de la production du contenu doit aussi être intégré.

L'étude du cabinet Fifty Five chiffre l'impact climatique d'une campagne type : environ 1 500 g CO₂e pour 1 000 impressions.
Pour aller plus loin, vous pouvez consulter le bilan carbone de Google.
Comment réduire l'empreinte environnementale du numérique ?
La loi REEN (Réduction de l'Empreinte Environnementale du Numérique) de novembre 2021 a posé les premières obligations pour les acteurs publics et privés. Combinée au RGESN et à l'ESPR européen, elle structure un cadre que toute entreprise mature doit anticiper.
Améliorer la performance énergétique des infrastructures
D'après l'étude du Sénat, l'empreinte des datacenters pourrait croître de 60 % d'ici 2040 sans action — et la projection ADEME pour la France (×3,2 d'ici 2035) pousse encore plus loin avec l'IA. Plusieurs leviers permettent de contenir cette trajectoire.
Renforcer l'implémentation d'hyper-datacenters en France
Les hyper-datacenters sont conçus pour réaliser des économies d'échelle. Leur efficacité énergétique est 10 fois supérieure aux datacenters privés classiques. Et le mix électrique français étant 10 fois moins carboné que celui des États-Unis, héberger en France au lieu d'à l'étranger divise mécaniquement l'empreinte.

La Loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018 octroie aux hyper-datacenters un tarif réduit de 50 % sur l'électricité consommée. La loi de 2021 conditionne cette réduction à des exigences de performance énergétique.
Renforcer la complémentarité entre énergies renouvelables et datacenters
D'après le Gimélec : un data center peut permettre d'augmenter la capacité d'accueil en énergies renouvelables localement et d'optimiser leur consommation, parce qu'il est équipé de batteries et que la « charge IT » peut dans une certaine mesure se piloter ou se transférer sur un autre site.
Les géants du cloud multiplient les investissements dans des projets renouvelables pour adosser leurs datacenters à de l'électricité bas-carbone. Comprendre le bilan carbone de la production d'électricité permet d'évaluer la qualité de ces engagements.
Renforcer l'efficacité énergétique des réseaux
Le trafic des données double régulièrement. Les émissions des réseaux sont pourtant restées relativement stables grâce aux gains d'efficacité : 2G à 4,60 TWh/EB, 3G à 2,14, 4G à 0,09.

Le plan France très haut débit limite l'explosion des émissions liées au transit de données. L'impact de la 5G reste débattu : ses gains d'efficacité par unité de donnée pourraient être annulés par l'augmentation des usages qu'elle induit (effet rebond).
Diminuer le renouvellement des terminaux
Les terminaux pèsent 63 % à 80 % des émissions du numérique selon le périmètre. La durée de vie moyenne d'un smartphone tourne autour de 23 mois en France — un chiffre dérisoire au regard de son empreinte de fabrication. Téléviseurs, ordinateurs portables et fixes complètent le top du classement. Les politiques d'achats responsables et le recours au reconditionné sont les premiers leviers actionnables.
Introduire une taxe carbone sur les terminaux importés
L'objectif serait de rendre les offres reconditionnées plus attractives. En Europe, moins de 40 % des terminaux sont aujourd'hui recyclés. Le débat se poursuit au niveau européen, sans ratification à date.
Mettre en place une fiscalité attractive pour le réemploi et le recyclage
La loi AGEC prévoit un fonds de réparation et de réemploi financé par des écotaxes. Une diminution de la TVA à 5,5 % sur les terminaux recyclés est en discussion. L'article 55 de la loi AGEC oblige les acteurs publics à privilégier le réemploi dans leurs appels d'offres, et les subventions à la numérisation des entreprises sont conditionnées à l'achat de matériel reconditionné.
Renforcer les sanctions contre l'obsolescence programmée
Définition de l'article L. 213-4-1 du Code de la consommation : l'obsolescence programmée se définit par l'ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise à réduire délibérément la durée de vie d'un produit pour en augmenter le taux de remplacement.
Si la loi condamne ce délit en théorie, les condamnations effectives restent rarissimes. L'objectif est de renforcer le texte pour le rendre véritablement dissuasif.
Favoriser l'éco-conception des applications et la consommation responsable
Encadrer le streaming vidéo
Le streaming vidéo représente environ 60 % du trafic internet mondial, contre 13 % pour les pages web et 8 % pour le jeu vidéo. Netflix et Google captent à eux seuls 40 % du trafic en France.
Les acteurs du streaming pourraient être contraints d'adapter par défaut la résolution à la taille de l'écran — un changement simple aux effets massifs sur le trafic et les émissions.
La sobriété numérique en entreprise

Limiter les équipements
Côté entreprise, la première règle de la sobriété numérique est d'interroger le besoin réel avant tout nouvel achat. Faut-il vraiment un ordinateur portable et une tablette par collaborateur ? Les imprimantes peuvent-elles être mutualisées par étage ?
Quatre réflexes structurants :
- Allonger la durée d'usage des équipements (4 à 5 ans plutôt que 2-3).
- Privilégier le reconditionné à chaque nouvel achat possible.
- Choisir des équipements labellisés (l'ADEME recense près de 100 labels environnementaux).
- Activer la mise en veille automatique et programmer l'extinction nocturne.
Ces mesures réduisent à la fois votre empreinte carbone et vos coûts d'exploitation. Elles s'intègrent naturellement à une démarche bilan carbone structurée — voir le guide complet du Bilan Carbone en entreprise.
Mieux gérer ses mails et ses usages cloud
Une personne reçoit en moyenne plus de 120 e-mails par jour selon The Radicati Group. Quelques gestes structurants :
- Se désabonner des newsletters non lues.
- Définir des règles d'équipe sur la fréquence de consultation et l'envoi hors heures de bureau.
- Utiliser filtres et dossiers plutôt qu'accumuler dans la boîte de réception.
- Auditer régulièrement les espaces de stockage cloud et supprimer les doublons.
- Modérer le recours à l'IA générative pour des tâches qui n'en ont pas besoin.
5 points à retenir pour agir dès maintenant
- Le numérique pèse 3 à 4 % des émissions mondiales et croît de 8 % par an — l'IA générative accélère encore la trajectoire.
- Les terminaux dominent l'empreinte (66 à 80 % selon le périmètre), et leur fabrication compte pour ~80 % de leur cycle de vie. Allonger la durée d'usage est le levier n°1.
- Le cadre réglementaire se renforce : loi REEN, RGESN, règlement européen ESPR. Anticiper plutôt que subir.
- Les datacenters et l'IA explosent : ×3,2 d'émissions projetées en France d'ici 2035. La sobriété d'usage devient stratégique.
- Le numérique doit être intégré au bilan carbone de votre entreprise, pas traité comme un sujet annexe.
Pour outiller vos équipes, la plateforme Orki guide pas à pas le calcul de l'empreinte numérique de votre entreprise.

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