Quand on parle de bilan carbone d'une entreprise, l'électricité consommée pèse souvent lourd dans le scope 2. Mais selon votre pays d'implantation ou votre fournisseur, le facteur d'émission peut varier d'un facteur 30. Comprendre comment l'électricité est produite — et combien elle émet réellement — est donc un préalable à toute stratégie de décarbonation crédible.
Voici les chiffres à jour, source par source et pays par pays, pour piloter votre empreinte électrique.

En bref. Les émissions de l'électricité varient d'environ un facteur 75 selon la source : du charbon (environ 820 gCO2eq/kWh) au gaz (environ 490), puis chute nette avec le solaire (environ 45), l'hydraulique (environ 24), le nucléaire (environ 12) et l'éolien (environ 11) — médianes en analyse de cycle de vie (GIEC). À l'échelle d'un pays, c'est le mix qui décide : la France (environ 22 gCO2/kWh en 2024, RTE) émet environ 25 fois moins que la Chine. Pour une entreprise, ces émissions relèvent du scope 2 ; la Base Carbone ADEME est la référence pour les chiffrer.
Émissions de CO2 par source d'énergie
La production d'électricité repose sur un mix variable de sources : charbon, gaz naturel, énergies renouvelables (solaire, éolien, hydroélectricité) et nucléaire. Chacune affiche un profil d'émissions très différent, notamment lorsqu'on raisonne sur l'ensemble du cycle de vie.

L'énergie primaire désigne l'énergie brute telle qu'on la trouve dans la nature : pétrole, gaz, charbon, rayonnement solaire, vent, eau, uranium. Ces sources doivent être transformées pour être utilisables.
L'énergie secondaire est l'énergie effectivement consommée dans les secteurs économiques (transport, résidentiel, industrie). L'électricité et la chaleur en sont les deux principales formes : elles sont produites à partir d'énergies primaires.
L'analyse du cycle de vie (ACV) appliquée à la production d'électricité
L'ACV est une méthodologie qui permet d'évaluer l'impact environnemental d'un produit ou d'un service sur l'ensemble de son cycle de vie, depuis l'extraction des matières premières jusqu'au traitement des déchets.
Appliquée à l'électricité, l'ACV intègre les émissions liées à la construction des centrales, à l'extraction et au transport du combustible, à l'exploitation, à la maintenance et au démantèlement. Cette vision globale permet une comparaison honnête entre filières — et révèle des écarts spectaculaires.

Médianes en analyse de cycle de vie. Source : GIEC AR5 (Schlömer et al. 2014), EDF, RTE.
Électricité produite à base de charbon
Le charbon reste la filière la plus émettrice. La médiane GIEC (AR5) en analyse de cycle de vie s'établit à 820 g CO2eq/kWh, avec une fourchette comprise entre 740 et 910 g selon la technologie et la qualité du charbon. Les centrales les plus anciennes peuvent dépasser ce plafond.
Électricité produite à base de gaz naturel
Le gaz naturel est souvent présenté comme une alternative « propre » au charbon, avec une médiane ACV autour de 490 g CO2eq/kWh. Cette valeur reste toutefois optimiste : elle ne tient pas pleinement compte des fuites de méthane (upstream) qui peuvent porter le bilan réel à 700–900 g CO2eq/kWh selon les études récentes de l'IPCC AR6. Le gaz n'est donc une « énergie de transition » qu'à condition de maîtriser ces fuites.
Électricité produite à partir d'énergies renouvelables
Le solaire et l'éolien ne génèrent pas de CO2 en phase d'exploitation. Sur l'ensemble du cycle de vie (fabrication des panneaux ou des turbines, transport, maintenance, recyclage), les ordres de grandeur sont les suivants :
- Éolien : 7 à 15 g CO2eq/kWh.
- Solaire photovoltaïque : 20 à 50 g CO2eq/kWh selon la technologie et le lieu de fabrication.
- Hydroélectricité : généralement sous 25 g CO2eq/kWh, avec des cas particuliers (grands barrages tropicaux) plus émetteurs.
En 2023, pour la première fois, les renouvelables ont dépassé 30 % de la production mondiale d'électricité (source Ember).
Électricité produite à partir d'énergie nucléaire
Le nucléaire affiche l'un des bilans carbone les plus faibles, toutes étapes confondues (construction, combustible, exploitation, démantèlement, gestion des déchets).

EDF a publié en juin 2022 une analyse de cycle de vie du parc nucléaire français (données 2019). Conclusion : le kWh nucléaire français émet 4 g équivalent CO2. Le GIEC AR5 retient une médiane internationale de 12 g CO2eq/kWh pour l'ensemble des filières nucléaires mondiales.
Émissions de CO2 par pays : où se situe le mix de votre activité ?
L'intensité carbone du kWh varie considérablement d'un pays à l'autre, en fonction du mix électrique national. Cette donnée est déterminante pour le scope 2 de votre bilan carbone.

Un mix électrique désigne la répartition des différentes sources utilisées pour produire l'électricité d'un pays. Il dépend des ressources disponibles, des choix politiques et des objectifs climatiques. Plus la part des fossiles est élevée, plus le facteur d'émission au kWh est lourd.
Selon les données les plus récentes d'Ember et de l'IEA, le classement des principaux émetteurs reste stable : la Chine concentre 39 % des émissions mondiales du secteur électrique, suivie des États-Unis (11 %) et de l'Inde (environ 9 %). Voici les intensités carbone moyennes :
- Chine : environ 565 g CO2/kWh en 2024 (IEA). Le mix reste dominé par le charbon malgré un déploiement massif de solaire et d'éolien.
- États-Unis : environ 367 g CO2/kWh en 2023 (EIA). La part du gaz et des renouvelables progresse au détriment du charbon.
- Inde : environ 713 g CO2/kWh en 2023 (Ember). Le charbon représente encore l'essentiel du mix.
- France : 21,7 g CO2/kWh en 2024 (RTE, bilan électrique 2024), un niveau historiquement bas grâce au mix nucléaire et renouvelable. En cycle de vie complet, RTE retient environ 40 g CO2eq/kWh.
Autrement dit : pour une même consommation, un site industriel en France émet près de 25 fois moins de CO2 scope 2 qu'un site équivalent en Chine.


L'Union européenne a vu son intensité carbone électrique chuter de environ 9 % entre 2023 et 2024, et de 40 % sur la dernière décennie (source EEA). En 2024, l'UE-27 se situe autour de 250 à 334 g CO2/kWh selon les méthodes de calcul, avec une trajectoire de décarbonation accélérée par REPowerEU et le paquet Fit for 55 (objectif d'un secteur électrique quasi-décarboné en 2035).
Les politiques publiques (prix du carbone, soutien aux renouvelables, sortie du charbon) sont les principaux leviers de cette baisse. Pour une entreprise multi-sites, intégrer cette donnée à la stratégie d'implantation devient un véritable enjeu de pilotage carbone.
Émissions de CO2 et données ADEME
L'Agence de la transition écologique (ADEME) est l'organisme public français qui pilote et outille la transition écologique et énergétique. Elle publie notamment la Base Carbone®, référentiel public des facteurs d'émission utilisé par toutes les entreprises réalisant un bilan GES en France.
La Base Carbone fournit des facteurs d'émission différenciés pour l'électricité française selon l'usage (chauffage, éclairage, process industriel, etc.) et pour l'électricité de la plupart des pays du monde. C'est la source de référence à utiliser pour convertir les données d'énergie en équivalent CO2 de manière auditable.
Pour les entreprises, deux usages principaux :
- Calcul du scope 2 : multiplier la consommation (en kWh) par le facteur d'émission du pays correspondant.
- Pilotage des leviers : choisir un contrat d'électricité renouvelable certifié, déplacer des opérations énergivores vers des géographies bas-carbone, ou investir dans de l'autoconsommation solaire.
3 points à retenir
- Les écarts entre filières sont massifs : du charbon (820 g/kWh) au nucléaire ou à l'éolien (moins de 15 g/kWh), il y a un facteur 50 à 100.
- L'intensité carbone de votre électricité dépend du pays. La France à 22 g/kWh ne joue pas dans la même catégorie que la Chine à 565 g/kWh.
- La Base Carbone ADEME reste la référence pour quantifier ces émissions dans votre bilan GES.
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