Le secteur du bâtiment représente près d'un quart des émissions mondiales de CO₂, et les matériaux y pèsent lourd. Avec l'entrée en vigueur de la RE2020 et le durcissement progressif des seuils carbone, comprendre l'empreinte de chaque matériau n'est plus une option pour les acteurs de la construction — c'est devenu un prérequis commercial et réglementaire.
L'empreinte carbone d'un matériau, exprimée en équivalent CO₂, intègre toutes les émissions de gaz à effet de serre émises sur son cycle de vie, de la production à la fin de vie. Une grande partie tient à son énergie grise.

En bref
- Les matériaux sont un poste majeur du scope 3 du BTP ; le bâtiment pèse près d'un quart des émissions mondiales de CO₂.
- Le béton domine, et 80 à 85 % de son empreinte vient du ciment (cuisson du clinker + décarbonatation du calcaire).
- Ordres de grandeur : béton armé 285-400 kgCO₂eq/m³, aluminium primaire 17-34 kgCO₂e/kg.
- Leviers : ciments composés (CEM II/III, −50 % vs CEM I), matériaux biosourcés, recyclage, sobriété de conception.
- La RE2020 impose des seuils carbone qui se durcissent en 2025, 2028 et 2031 — données fiables via les FDES de la base INIES.
Empreinte carbone des principaux matériaux : les ordres de grandeur
Ces valeurs sont des repères : l'empreinte exacte d'un produit figure dans sa FDES (base INIES). Les unités diffèrent selon le matériau (volume pour le béton, masse pour les métaux).
Quelle méthode de calcul pour mesurer une empreinte carbone ?
Définition de l'énergie grise
L'énergie grise est la quantité totale d'énergie nécessaire pour produire, transporter et éliminer un matériau.
Elle comprend l'énergie directe utilisée pour sa production (combustion de combustibles fossiles dans les fours, par exemple) et l'énergie indirecte mobilisée dans sa chaîne d'approvisionnement (alimentation des usines, des engins, des véhicules de livraison).
On parle aussi de carbone incorporé, soit la quantité totale de CO₂ émise tout au long de la vie d'un matériau.
L'analyse du cycle de vie pour calculer une empreinte carbone
L'analyse de cycle de vie (ACV) permet d'estimer les émissions de GES sur l'ensemble de la durée de vie du matériau. Quatre grandes étapes sont prises en compte :
- La fabrication
- La distribution
- L'utilisation
- La gestion de la fin de vie et des déchets
En France, les fiches FDES (Fiches de Déclaration Environnementale et Sanitaire) publiées dans la base INIES font foi pour le calcul réglementaire RE2020. Tout acteur du bâtiment doit s'y référer pour ses devis carbone et ses rapports.

Quelle est l'empreinte carbone du béton ?
Le béton reste le matériau structurel le plus utilisé au monde, pour sa résistance et son coût. Mais c'est aussi l'un des plus émissifs.
Selon InfoCiments, un béton classique non armé (C25/30 XC1) émet environ 198 kgCO₂eq/m³. Pour un béton armé courant, on retrouve souvent des valeurs comprises entre 285 et 400 kgCO₂eq/m³, l'acier d'armature pesant lourd dans le calcul. Il est donc essentiel, dans tout devis carbone, de bien distinguer béton armé et non armé, et de citer la fiche FDES utilisée.
De quoi est composé le béton ?
Le béton est un mélange de ciment, de granulats (gravier, calcaire ou granit, plus un granulat fin comme le sable), d'eau et d'adjuvants chimiques.
Les ingrédients sont généralement pondérés en volume, le ciment ne représentant qu'environ 11 à 12 % du poids d'un béton courant — mais l'essentiel de l'empreinte carbone.

Le ciment concentre en effet de l'ordre de 80 à 85 % des émissions du béton selon les données InfoCiments. L'eau, le sable et les granulats ont une empreinte carbone faible. C'est donc bien sur la composition du liant que se jouent les leviers de décarbonation.

Le bilan carbone du ciment
Le ciment est responsable d'environ 7 à 8 % des émissions mondiales de CO₂ selon le World Economic Forum (2024), ce qui en fait l'un des matériaux les plus carbo-intensifs de la planète. Si l'industrie cimentière mondiale était un pays, elle serait le troisième émetteur de CO₂.

La cuisson du clinker, étape énergivore
Le clinker est le principal composant du ciment. Il est produit par la cuisson d'un mélange de calcaire et d'argile à plus de 1 450 °C, dans des fours alimentés majoritairement par des combustibles fossiles.
Cette étape de combustion représente environ 40 % des émissions du ciment selon Lafarge France.
La décarbonatation du calcaire : émissions chimiques inévitables
La calcination est un processus chimique au cours duquel le carbonate de calcium (CaCO₃) est converti en oxyde de calcium (CaO), libérant du CO₂. C'est une émission de procédé : elle ne dépend pas de l'énergie utilisée.
Cette réaction représente environ 60 % des émissions de CO₂ du ciment. C'est pour cette raison que la décarbonation du ciment passe nécessairement par une réduction de la part de clinker — la combustion peut se verdir, mais la chimie du calcaire, non.
À noter : une partie de ce CO₂ est progressivement réabsorbée par le béton durci au cours de sa vie (phénomène de carbonatation), évalué jusqu'à environ la moitié des émissions de calcination sur un siècle selon des travaux récents publiés dans Nature. Un puits de carbone naturel mais lent, qui ne dispense pas d'agir à la source.
CEM I, CEM II, CEM III : les différents types de ciments
Les ciments composites (CEM II, CEM III) contiennent du clinker partiellement remplacé par d'autres composants hydrauliques : laitier de haut fourneau, cendres volantes, pouzzolane, calcaire.
L'inclusion de ces matériaux secondaires permet de réduire l'empreinte carbone jusqu'à 50 % par rapport à un CEM I, selon InfoCiments. Les nouvelles normes européennes EN 197-5 (2021) et EN 197-6 (2023) élargissent encore les possibilités, en autorisant de nouveaux mélanges ternaires bas-carbone et l'usage de fines de béton recyclé dans le liant.
Comment diminuer l'empreinte carbone du béton ?
Plusieurs leviers sont mobilisés à l'échelle de la filière. La RE2020 impose une trajectoire de réduction progressive des émissions des matériaux : les seuils carbone se durcissent en 2025, 2028 et 2031, poussant les acteurs à anticiper.
La modernisation des outils industriels
Les cimentiers, notamment Holcim (anciennement LafargeHolcim) et son entité française Lafarge, investissent massivement dans la transformation de leurs cimenteries.

Un investissement de plus de 120 millions d'euros a été réalisé dans la cimenterie de Martres-Tolosane, opérationnelle depuis 2022, afin de réduire l'impact carbone par tonne produite. À Saint-Pierre-La-Cour, 40 millions d'euros supplémentaires ont permis la mise en service en 2024 de la première ligne européenne entièrement dédiée à la production d'argile activée, ouvrant la voie à des ciments dont le poids carbone est réduit de moitié.
Remplacer les combustibles fossiles par des énergies alternatives issues des déchets
Le mix énergétique des cimenteries françaises s'est profondément transformé. Selon France Ciment, 52 % des combustibles fossiles ont été remplacés en 2023 par des déchets non recyclables (combustibles solides de récupération, pneus, biomasse). L'objectif fixé par la filière est d'atteindre 80 % à l'horizon 2030.

Les deux lignes de récupération des déchets de la cimenterie de Port-La-Nouvelle ont été entièrement rénovées. Cet investissement de 6 millions d'euros a permis à l'entreprise de porter sa substitution des combustibles fossiles à plus de 90 %, objectif atteint dès 2022. Un second investissement de 7,5 M€, cofinancé par l'ADEME, a prolongé cet effort dans le cadre de l'économie circulaire en Occitanie.
Le pisé comme alternative écologique au béton
Le pisé préfabriqué est une technique moderne qui consiste à utiliser des blocs de terre crue standardisés, fabriqués hors chantier, pour construire des murs.
Cette méthode reprend le principe traditionnel du pisé — damer une terre argilo-graveleuse par couches successives dans un coffrage — tout en limitant la pénibilité et en garantissant une qualité constante.
Elle valorise des matériaux locaux, naturels, à faible impact carbone et recyclables, via des unités de production de petite taille situées à proximité des sources de terre et des chantiers.

Terrio fabrique du pisé préfabriqué à grande échelle, permettant la construction de murs de structure, de cloisonnement et de façade.
Le développement de nouveaux liants
La recherche sur les liants alternatifs s'est accélérée ces dernières années. Au-delà des cendres volantes et du laitier de haut fourneau — dont la disponibilité diminue avec la décarbonation des aciéries et des centrales à charbon —, les argiles calcinées émergent comme l'alternative la plus prometteuse à grande échelle.
Combinées au calcaire dans des ciments ternaires (LC3), elles permettent de réduire l'intensité carbone du béton sans sacrifier ses performances mécaniques, avec une disponibilité géologique massive.
Quel est le bilan carbone de l'aluminium ?
L'aluminium est apprécié en construction pour sa légèreté et sa durabilité. Son empreinte carbone reste néanmoins élevée : sa production combine l'extraction de bauxite, très consommatrice de ressources, et la fusion électrochimique, gourmande en électricité — souvent issue de centrales à charbon dans les principaux pays producteurs.
L'empreinte de l'aluminium primaire varie typiquement de 17 à 34 kgCO₂e par kilogramme, selon le mix électrique du pays de production.
Comment réduire l'empreinte carbone de l'aluminium ?
Trois leviers principaux :
- Recycler : l'aluminium recyclé ne nécessite que 5 % de l'énergie de la production primaire.
- Décarboner l'électricité qui alimente les fonderies — un sujet stratégique en France où le mix nucléaire-hydraulique offre déjà un atout.
- Spécifier des certifications (ASI Performance Standard, par exemple) lors des achats pour orienter la commande vers des productions à plus faible empreinte.
Quel est le bilan carbone de l'asphalte ?
L'asphalte, omniprésent dans les routes et les voiries, repose sur le chauffage du bitume — un produit pétrolier. Le processus de fabrication, le transport et la pose génèrent ensemble des émissions estimées entre 10 et 20 kgCO₂e par tonne d'asphalte posé.
Quelles alternatives à l'asphalte ?
Plusieurs pistes coexistent :
- Le béton routier, à empreinte parfois inférieure selon les formulations.
- Le gravier, qui ne nécessite aucun chauffage à la production.
- Les liants biosourcés, dérivés de balles de riz, de bambou ou de résidus végétaux.
- Le recyclage des chaussées à chaud ou à froid : broyer l'enrobé existant pour le réutiliser en couche de base, ce qui évite la production de matière neuve.
Pour visualiser les écarts entre matériaux, ce graphique synthétise la consommation énergétique nécessaire à la production des principaux matériaux de construction :
Énergie grise : énergie consommée pour produire le matériau (extraction, fabrication, transport). Ordres de grandeur, filière construction (ADEME).
Matériaux : un poste majeur du scope 3 des constructeurs
Pour une entreprise du BTP, les achats de matériaux représentent souvent la part dominante du scope 3. Les intégrer finement dans le bilan carbone — en s'appuyant sur les FDES de la base INIES plutôt que sur des ratios monétaires génériques — est indispensable pour piloter une trajectoire crédible.
C'est aussi un levier commercial : les maîtres d'ouvrage publics et privés exigent désormais des données carbone détaillées dans leurs appels d'offres, en cohérence avec la RE2020 et leurs propres engagements de durabilité.
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Sources
- InfoCiments — Empreinte carbone du béton et du ciment. https://www.infociments.fr/ — Consulté en juin 2026.
- ADEME — Base Empreinte® / données environnementales. https://base-empreinte.ademe.fr/ — Consulté en juin 2026.
- INIES — Base nationale FDES et PEP (données environnementales de la construction). https://www.inies.fr/ — Consulté en juin 2026.
- Ministère de la Transition écologique — RE2020 et seuils carbone. https://www.ecologie.gouv.fr/reglementation-environnementale-re2020 — Consulté en juin 2026.







