« Tonne équivalent CO2 », « kg CO2e », « CO2eq »… Ces unités sont partout dans les bilans carbone, les appels d'offres et les rapports de durabilité. Mais derrière une notation unique se cache un arbitrage scientifique qui change vos chiffres selon la méthode retenue.
Comprendre l'équivalent CO2, c'est éviter trois pièges : sous-estimer un gaz à fort pouvoir réchauffant, comparer des bilans incomparables, et passer à côté d'un poste majeur d'émissions dans votre chaîne de valeur.
Tous les gaz à effet de serre n'ont pas le même impact climatique. Le CO2 persiste plusieurs siècles dans l'atmosphère. Le méthane (CH4) a une durée de vie d'environ 12 ans, mais un effet réchauffant beaucoup plus fort à court terme. Les gaz fluorés (SF6, HFC, PFC) ont des impacts unitaires colossaux. Pour les additionner, il faut une unité commune : c'est le rôle du CO2e.
La tonne équivalent CO2 : une convention pour additionner des gaz très différents
L'équivalent CO2 repose sur le Potentiel de Réchauffement Global (PRG), publié par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) dans ses rapports d'évaluation successifs (AR5 en 2013, AR6 en 2021). Le PRG mesure la contribution d'1 tonne d'un gaz au réchauffement climatique, sur un horizon donné (généralement 100 ans), en la comparant à 1 tonne de CO2.
L'unité « équivalent CO2 » est ensuite adoptée comme convention internationale dans le cadre de la CCNUCC (Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques) pour rendre les inventaires nationaux comparables.
Le calcul est simple :
Émissions en CO2e = quantité de gaz émis × PRG du gaz
Exemple avec l'hexafluorure de soufre (SF6), utilisé dans les équipements électriques haute tension : son PRG sur 100 ans est de 25 200 selon l'AR6 (contre 23 500 dans l'AR5). Autrement dit, 1 tonne de SF6 émise équivaut aujourd'hui à 25 200 tonnes de CO2e. Une fuite, même minime, pèse donc très lourd dans un bilan.

Les valeurs de PRG évoluent à chaque rapport du GIEC. La Base Carbone® de l'ADEME a intégré les valeurs AR5/AR6 dans ses versions récentes. Si vous comparez un bilan ancien à un bilan récent, vérifiez quelle version du PRG a été utilisée — sinon vous comparez deux référentiels différents.
Le GHG Protocol comme la méthode Bilan Carbone® appliquent le même principe pour convertir CH4, N2O, HFC, PFC, SF6 et NF3 en CO2e.
Quelques équivalences pour une tonne de CO2e
L'ADEME (Agence de la Transition Écologique) maintient la Base Carbone®, qui centralise les facteurs d'émission de référence pour mesurer l'impact des activités humaines sur les gaz à effet de serre. C'est cette base qui permet de transformer un kWh d'électricité, un litre de gazole ou un kilomètre parcouru en CO2e.

L'équivalence souvent reprise — « 1 tonne de CO2 ≈ 1 aller-retour Paris-New York par personne » — est une approximation datée. Les estimations actuelles placent ce vol entre 1,5 et 2,5 tCO2e en classe économique (CO2 direct uniquement), et entre 3 et 4 tCO2e si l'on intègre les effets non-CO2 de l'aviation (traînées de condensation, formation d'ozone). À utiliser avec précaution comme image pédagogique.
Cette nuance illustre un point clé : un facteur d'émission n'est jamais neutre. Il dépend de la méthodologie, du périmètre retenu et de la version du référentiel.
Scopes 1, 2 et 3 : les trois familles d'émissions
Calculer une empreinte carbone, c'est exprimer en CO2e les émissions générées par une activité économique. Le GHG Protocol, standard international, les regroupe en trois scopes :
- Scope 1 — émissions directes : sources détenues ou contrôlées par l'entreprise (combustion sur site, véhicules de la flotte, émissions fugitives, procédés industriels).
- Scope 2 — émissions indirectes liées à l'énergie achetée : électricité, chaleur ou vapeur consommée mais produite ailleurs.
- Scope 3 — autres émissions indirectes : achats de biens et services, transport amont/aval, déplacements professionnels, utilisation des produits vendus, fin de vie… Le Scope 3 du GHG Protocol couvre 15 catégories, et représente souvent 70 à 90 % du bilan total dans les activités de service ou de distribution.
Cette structure est aujourd'hui reprise dans la quasi-totalité des cadres : Bilan Carbone® de l'ADEME, BEGES réglementaire, reporting CSRD (norme ESRS E1), questionnaires clients, SBTi.
Les méthodes de calcul : GHG Protocol et Bilan Carbone®
Deux référentiels dominent.
Le GHG Protocol, développé par le World Resources Institute (WRI) et le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD), est le standard mondial. Il sert de base à la plupart des reportings internationaux, dont CDP et SBTi.
La méthode Bilan Carbone®, pilotée par l'Association pour la transition Bas Carbone (ABC) avec l'appui de l'ADEME, est la référence française. Elle s'aligne sur le GHG Protocol tout en étant plus prescriptive sur le périmètre (Scope 3 obligatoire dans une démarche complète).
Dans les deux cas, le calcul s'appuie sur des facteurs d'émission issus de la Base Carbone® ou de bases équivalentes (DEFRA au Royaume-Uni, EPA aux États-Unis). Le BEGES réglementaire — obligatoire pour les entreprises de plus de 500 salariés en France métropolitaine — est lui aussi structuré selon ces principes, avec des sanctions renforcées depuis le décret de 2023 (amende jusqu'à 50 000 €, 100 000 € en cas de récidive).
Les outils pour calculer un bilan carbone d'entreprise
La plateforme Orki permet de mesurer et suivre les émissions de CO2e de votre entreprise :
- Collaborative : embarquez équipes internes, fournisseurs et experts sur une seule interface — indispensable pour collecter les données Scope 3.
- Pédagogique : ressources méthodologiques intégrées pour monter en compétence sur le calcul carbone, sans dépendre d'un consultant à chaque étape.
- Conforme : facteurs d'émission Base Carbone® ADEME, méthodologies Bilan Carbone® et GHG Protocol, exports compatibles BEGES et reporting CSRD.
Identifier pour réduire — et fixer une trajectoire
Mesurer en CO2e n'a de sens que si la mesure débouche sur un plan d'action. Une fois les postes principaux identifiés, l'enjeu est de fixer une trajectoire de réduction alignée sur l'Accord de Paris (+1,5 °C) — c'est le rôle d'un référentiel comme SBTi (Science Based Targets initiative).
Chaque poste d'émission doit être assorti d'un porteur, d'un budget, d'une échéance et d'un indicateur de suivi. Le bilan annuel devient alors un outil de pilotage, pas un rapport de plus.
3 points à retenir
- Le CO2e est une convention, pas une mesure absolue. Les valeurs de PRG évoluent à chaque rapport du GIEC (AR5, AR6). Toujours vérifier la version utilisée.
- Scopes 1, 2 et 3 structurent tous les référentiels. Le Scope 3 représente souvent l'essentiel des émissions — et c'est là que vos clients vous attendent.
- Mesurer ne suffit pas. Sans trajectoire de réduction chiffrée, le bilan reste un exercice comptable sans effet sur le climat ni sur votre compétitivité.
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