Le transport est devenu le premier secteur émetteur de gaz à effet de serre en France. Avec environ 34 % des émissions nationales en 2024 (CITEPA, Secten 2025), il devance désormais l'agriculture, l'industrie et les bâtiments (environ 15,5 %). Pour une entreprise, le transport pèse à la fois sur la logistique amont, la distribution aval et les déplacements des collaborateurs. Comprendre, mesurer puis réduire ces émissions est devenu un enjeu business autant qu'environnemental.

En bref. Le transport est le 1er secteur émetteur de France : environ 34 % des émissions nationales en 2024 (124,9 MtCO2e, CITEPA), dont 94 % pour le seul transport routier. On compare les modes en g CO2e par voyageur.km (personnes) et par tonne.km (marchandises) : à distance égale, le train émet 30 à 100 fois moins que l'avion. Pour une entreprise, les flux amont, aval et les déplacements relèvent surtout du scope 3 — le premier levier est le report modal et l'optimisation logistique.
Qu'est-ce que l'empreinte carbone des transports ?
Définition de l'empreinte carbone
L'empreinte carbone est la quantité totale de gaz à effet de serre émise sur l'ensemble du cycle de vie d'un produit, d'un service ou d'une activité. Elle est exprimée en kilogrammes de CO2 équivalent (CO2e).
L'empreinte carbone des transports couvre les émissions générées par la fabrication, l'entretien et l'utilisation des véhicules, mais aussi par la construction et l'entretien des infrastructures (routes, voies ferrées, ports, aéroports). Elle intègre donc les émissions directes (combustion des carburants) et indirectes (procédés de fabrication, production d'électricité, etc.).

Voici un exemple du bilan carbone de la voiture électrique.
Pourquoi les émissions de gaz à effet de serre (GES) rejetées par les transports accentuent le réchauffement climatique ?
Le réchauffement climatique est causé par une augmentation de la température moyenne de la surface de la Terre, due à l'accumulation de GES dans l'atmosphère qui piègent la chaleur du soleil.
Le transport est l'une des principales sources de ces émissions, en particulier de dioxyde de carbone. À l'échelle mondiale, 24 % des émissions de CO2 issues de la combustion d'énergie provenaient déjà du secteur des transports en 2018 (AIE). Sans inflexion forte, cette part continuera de croître avec la motorisation des pays émergents.
L'empreinte carbone du secteur des transports en France
Selon les derniers chiffres CITEPA (Secten 2025), le transport représente environ 34 % des émissions territoriales françaises en 2024, ce qui en fait le premier secteur émetteur. Les véhicules particuliers concentrent à eux seuls 55 % des émissions du secteur, devant les poids lourds (environ 21 %) et les véhicules utilitaires légers (environ 19 %).
Le transport routier est très largement dominant : il pèse pour près de 94 % des émissions du secteur. À l'inverse, le rail demeure le mode le plus sobre, avec une contribution marginale au bilan global. Si la France a progressé sur sa dépendance énergétique au charbon et au pétrole, le secteur des transports reste donc le principal point dur de sa trajectoire bas-carbone.

Comment calculer l'empreinte carbone des transports ?
Quels sont les gaz à effet de serre comptabilisés dans le bilan carbone des transports ?
L'empreinte carbone du transport agrège l'ensemble des GES réglementaires, notamment :
- Le dioxyde de carbone (CO2)
- Le méthane (CH4)
- Le protoxyde d'azote (N2O)
- Les hydrofluorocarbures (HFC)
- Les hydrocarbures perfluorés (PFC)
- L'hexafluorure de soufre (SF6)
Ces six gaz sont les plus représentatifs du secteur transport. Ils sont convertis en CO2 équivalent à l'aide de leur potentiel de réchauffement planétaire (PRP).

Le PRP est une mesure de la contribution d'un gaz donné au réchauffement de la planète sur une période donnée (généralement 100 ans).
Empreinte carbone des transports : quel périmètre ?
Construction du véhicule
Les émissions liées à la fabrication du véhicule sont intégrées à l'empreinte carbone. La voiture électrique, par exemple, nécessite l'extraction de matériaux critiques (lithium, cobalt, nickel, manganèse) pour ses batteries — une étape très émettrice.
Si une entreprise détient ses propres véhicules, la part liée à la fabrication est comptabilisée dans la catégorie « immobilisations », amortie sur la durée de vie du véhicule.
Émissions de GES liées aux infrastructures
Chaque mode de transport nécessite la construction et l'entretien d'une infrastructure : port, voie ferrée, autoroute, aéroport. Ces émissions doivent être réparties au prorata des flux qui les utilisent.
Émissions de GES liées à l'utilisation du véhicule
Le véhicule consomme de l'énergie pour fonctionner — électricité ou carburant fossile —, énergie qui doit elle-même être produite, transportée et stockée.
En France, grâce à un mix électrique très décarboné, on estime que la voiture électrique émet entre 40 et 110 g de CO2e par kilomètre en analyse de cycle de vie complète. Un véhicule essence équivalent se situe quant à lui dans une fourchette de 140 à 325 g CO2e/km en ACV selon le segment, le périmètre retenu et l'âge du véhicule.
La méthode Bilan Carbone® reste la référence en France
Développée à partir de 2000 et officialisée en 2004 par l'ADEME, la méthode Bilan Carbone® est aujourd'hui pilotée par l'Association pour la Transition Bas Carbone (ABC). Elle considère toutes les étapes du cycle de vie du mode de transport, de l'extraction des matières premières à la fin de vie.
Concrètement, la méthode calcule une empreinte carbone globale puis la rapporte à un coefficient au kilomètre. Deux métriques structurent les comparaisons :
- Le g CO2e par passager.km pour le transport de personnes ;
- Le g CO2e par tonne.km pour le transport de marchandises.
Quelle est l'empreinte carbone par mode de transport ?
À distance équivalente, les écarts entre modes sont considérables. Ordres de grandeur pour le transport de personnes (par voyageur.km) :
À distance égale, le train émet 30 à 100 fois moins que l'avion. Source : SNCF, ADEME (Base Empreinte).
Empreinte carbone du transport routier
L'empreinte carbone d'une voiture varie selon plusieurs facteurs : modèle, motorisation, lieu de fabrication de la batterie (pour les VE), style de conduite, état des pneus.
Les voitures électriques affichent une empreinte plus faible que les thermiques équivalentes, mais l'écart dépend fortement du mix électrique du pays de fabrication et d'utilisation. En France, l'avantage est net ; il l'est beaucoup moins dans les pays où l'électricité reste très carbonée.

À titre indicatif, l'empreinte carbone d'une voiture thermique se situe en moyenne entre 100 et 150 grammes par kilomètre et par passager (selon le taux d'occupation). Ces chiffres ne couvrent que le CO2 : les voitures émettent aussi d'autres polluants comme les oxydes d'azote (NOx), les particules (PM) ou les hydrocarbures (HC).
Empreinte carbone d'un trajet en avion
La méthode la plus fiable pour calculer l'empreinte d'un vol consiste à partir de la consommation de carburant sur un itinéraire donné, croisée avec le taux de remplissage moyen pour obtenir un facteur en passager.km.
L'aviation représente environ 2 à 3 % des émissions mondiales de CO2 selon l'OACI — soit un ordre de grandeur comparable au numérique. Mais ces émissions sont concentrées : seuls 10 % de la population mondiale prennent l'avion régulièrement.

L'empreinte carbone d'un avion se situe entre 145 et 285 g de CO2 par passager et par kilomètre parcouru (court vs long-courrier).
Empreinte carbone du train
Le train fait figure de bon élève. La performance s'explique par la modernisation du matériel roulant et, en France, par un mix électrique faiblement carboné. Pour estimer les émissions, il suffit de connaître la consommation d'électricité de la ligne et l'intensité carbone du mix.
Comme pour l'aérien, on raisonne en passager.km. La SNCF publie ces données pour le TGV, les TER et les Transiliens — vous les retrouvez dans les confirmations de billets ou dans les bases de données publiques.

L'empreinte carbone du train varie selon la catégorie : environ 2,4 g CO2/passager.km pour le TGV, 8,1 g pour l'Intercités, 29,4 g pour le TER. Un trajet en avion émet en moyenne 160 g de CO2/passager.km. À distance équivalente, le train reste imbattable.
Empreinte carbone du transport maritime
Le calcul s'appuie sur la consommation de carburant du navire, la distance parcourue et le tonnage transporté. Le shipping international représente environ 3 % des émissions mondiales de GES.
À l'échelle européenne, le maritime restait en 2018 la troisième source d'émissions du secteur transport, loin derrière le routier et l'aérien, mais avec une trajectoire de hausse régulière qui fait l'objet de mesures spécifiques (extension de l'EU ETS au maritime depuis 2024).

Comment l'empreinte carbone des transports affecte-t-elle le bilan carbone des entreprises ?
Les transports ont un impact direct sur l'activité et le bilan carbone de l'entreprise, sur tous ses scopes — particulièrement le scope 3, qui regroupe les émissions de la chaîne de valeur.
Le transport de marchandises pèse sur toute la chaîne de valeur

Le transport en amont de la production
Il s'agit du transport des matières premières et des produits semi-finis vers les sites de production. Maritime, aérien ou poids lourd selon les flux — l'empreinte varie d'un facteur 10 à 50 entre ces modes.
Le transport interne à l'entreprise
Cela correspond aux flux entre les différents sites de production, plateformes logistiques et entrepôts de l'entreprise. Ce transport est majoritairement routier.
Le transport en aval ou la distribution aux clients
Après production, les produits sont acheminés vers leur destination finale : clients, détaillants, distributeurs. Le « dernier kilomètre » (livraison urbaine) concentre une part disproportionnée des émissions du fait des faibles taux de remplissage.
Les déplacements liés aux collaborateurs et aux clients
Les déplacements professionnels
Voyages d'affaires et véhicules de fonction représentent souvent un poste de 10 à 25 % du bilan carbone d'une entreprise de services. C'est aussi l'un des postes les plus directement actionnables — politique voyages, plafonnement des vols court-courrier, arbitrage train/avion.
Les déplacements domicile/travail des salariés
Une large majorité des actifs français utilise encore la voiture individuelle pour se rendre au travail. Les données sont obtenues via un sondage interne RH, devenu un standard de tout bilan carbone d'entreprise.
Les déplacements sur site des clients
Pour certaines entreprises (retail, événementiel, lieux culturels), il est pertinent d'intégrer les déplacements des visiteurs. C'est souvent le premier poste pour un site recevant du public.
Quelles actions pour réduire l'empreinte carbone des transports ?
Réduire les émissions liées au transport de marchandises
Optimiser les flux logistiques
La planification de la chaîne logistique est un levier majeur. Une analyse fine de l'emplacement des stocks et des schémas de distribution permet d'améliorer la disponibilité des produits tout en éliminant les transports superflus. Effet collatéral : la baisse des coûts logistiques.
L'indicateur de pilotage clé : le ratio tonnes transportées / tonnes vendues.

De 2020 à 2021, ce ratio s'est amélioré de 9,5 % pour Michelin (hors transport aérien exceptionnel lié à la crise COVID), principalement grâce à la suppression de certains flux de semi-finis en Europe et en Amérique du Nord. Par exemple, l'approvisionnement local en matières premières pour les usines espagnoles a remplacé un approvisionnement historique en Europe de l'Est et a permis d'éviter des émissions de CO2.
Prioriser les transports ferroviaire, fluvial et maritime
Toujours chez Michelin, une liaison ferroviaire mise en place entre la Roumanie et l'Allemagne a permis d'éviter environ 500 t de CO2 en 2021 sur plus de 550 voyages. Au Brésil, l'utilisation de la voie fluviale plutôt que des poids lourds pour desservir l'usine de Manaus a évité 250 t de CO2 supplémentaires sur la même année.
Arbitrer en faveur de ces modes massifiés est l'un des leviers les plus rentables au g CO2e évité.
Favoriser le développement des véhicules bas-carbone
La Poste fait figure de pionnier en France : sur ses 60 000 véhicules, près de deux tiers sont électriques (vélos à assistance électrique, véhicules légers, quads, Staby). L'arrivée prochaine de la norme Euro 7 et le durcissement des ZFE accélèrent encore la bascule des flottes professionnelles.
Réduire les émissions liées au transport de personnes
Limiter et arbitrer les déplacements professionnels
Côté voyages d'affaires, deux leviers prioritaires : réduire la fréquence (visio, regroupement de missions) et arbitrer le mode. En France, un trajet en train émet 30 à 100 fois moins qu'un vol équivalent. La politique voyages devient un outil de pilotage carbone.
Mettre en place un plan de mobilité salariés
Navettes d'entreprise, services de covoiturage, forfait mobilités durables, prise en charge des abonnements de transport en commun, infrastructures vélo… Le forfait mobilités durables (jusqu'à 700 €/an cumulable avec l'abonnement transport en commun) est un dispositif fiscal puissant, encore sous-utilisé.
Quel outil utiliser pour calculer les émissions de transport de l'entreprise ?
Piloter son bilan carbone avec le logiciel Orki
Orki propose un outil SaaS pour calculer et piloter son bilan carbone dans le temps, avec un module dédié aux flux transport. La plateforme présente plusieurs avantages :
- Pédagogie : compréhension étape par étape du calcul ;
- Simplicité : chaque collaborateur peut renseigner ses données de transport via des questionnaires dédiés ;
- Compatibilité avec la méthode Bilan Carbone® et les exigences du reporting CSRD (catégories scope 3 « transport amont » et « transport aval ») ;
- Intégrations avec vos outils existants pour automatiser le suivi dans le temps.
4 points à retenir pour agir dès maintenant
- Le transport est le 1ᵉʳ secteur émetteur en France (34 % en 2024). Ignorer ce poste, c'est passer à côté du levier le plus structurant.
- Le routier concentre 94 % des émissions du secteur. C'est là que se trouvent les gisements de réduction les plus accessibles.
- Mesurer avant de réduire. Un Bilan Carbone® détaillé sur les flux transport amont, interne et aval révèle souvent des optimisations rentables ignorées.
- Le scope 3 transport sera scruté par vos clients (CSRD, demandes ESG fournisseurs). Anticiper, c'est sécuriser ses contrats.
Ces articles pourraient vous intéresser :







