Scope 1, 2, 3 : comprendre les 3 périmètres du bilan carbone

Quand Vinci publie ses objectifs climat, deux chiffres sortent du lot : -40 % d'émissions scopes 1 et 2 d'ici 2030 (par rapport à 2018) et -20 % sur le scope 3 (par rapport à 2019). Cette trajectoire a été certifiée SBTi en février 2022.

Derrière ces engagements, un outil structurant : le bilan carbone, découpé en trois scopes. C'est ce langage commun qui permet à une PME et à un grand groupe de parler de la même chose quand ils évoquent leurs émissions de GES. Et c'est aussi ce langage que vos clients grands comptes attendent dans leurs questionnaires fournisseurs.

Comment lire ces trois périmètres ? Comment les calculer ? Et surtout, où se cachent les vrais enjeux ? On vous répond.

Scope 1, 2, 3 en quelques mots

Le Protocole des GES, aussi appelé GHG Protocol, a été lancé en 1998 par le WRI et le WBCSD pour permettre aux entreprises de mesurer et déclarer les gaz à effet de serre qu'elles émettent. L'objectif : identifier des pistes d'amélioration et structurer un reporting comparable d'une entreprise à l'autre.

La première édition du Corporate Standard a été publiée en 2001 (révisée en 2004). Elle distingue trois champs d'application :

  • Scope 1 : émissions directes liées à la combustion et aux procédés.
  • Scope 2 : émissions indirectes liées à l'énergie achetée.
  • Scope 3 : autres émissions indirectes de la chaîne de valeur.

Le Scope 3 Standard a été publié séparément en 2011, marquant une étape majeure : la prise en compte de la chaîne de valeur complète. Ces trois scopes se retrouvent dans la norme ISO 14064, publiée en 2006 et révisée en 2018-2019.

Il existe aussi des initiatives internationales qui s'appuient sur cette catégorisation : le Carbon Disclosure Project (CDP), l'Institutional Investors Group on Climate Change (IIGCC), ou encore les exigences de reporting de durabilité de la CSRD européenne. Le GHG Protocol reste la méthode la plus utilisée dans le monde.

En France, la méthode Bilan Carbone®, créée par l'ADEME en 2004 et désormais portée par l'Association pour la transition Bas Carbone (ABC), reprend cette catégorisation par scope.

Introduction aux grands principes du bilan carbone

Scope 1, 2, 3 : définition

Les scopes désignent les trois grands périmètres d'émissions d'une entreprise. Pris ensemble, ils permettent d'associer une empreinte carbone complète à une activité. Le bilan carbone vous permet ainsi d'identifier les sources d'émissions et de cibler vos actions de réduction.

Scope 1, 2, 3 : vision globale du bilan carbone

Scope 1 — émissions directes

Le scope 1 couvre toutes les émissions directes résultant de vos activités, qu'elles soient liées à la combustion ou aux procédés. Concrètement : les émissions rejetées directement dans l'atmosphère par une installation que vous possédez ou exploitez (chaudière, flotte de véhicules, process industriel).

Scope 2 — énergie achetée

Le scope 2 couvre les émissions indirectes liées à l'énergie consommée par l'entreprise. Autrement dit, les émissions rejetées indirectement lors de la production de l'électricité, de la chaleur ou du froid que vous achetez.

Scope 3 — chaîne de valeur

Le champ d'application 3 couvre toutes les autres émissions indirectes : achats de biens et services, transport, déplacements, usage des produits vendus, fin de vie… Bref, tout ce qui se passe en amont et en aval de votre activité, sans être directement sous votre contrôle.

Les sous-catégories, ou postes d'émissions

Chaque scope est divisé en postes pour affiner l'analyse. La méthodologie Bilan Carbone de l'ADEME en compte désormais 23 postes dans sa version 2025 (contre 22 dans la version précédente).

Ci-dessous, une vue d'ensemble des scopes et de leurs sous-catégories.

Scope 1, 2, 3 et postes d'émissions du bilan carbone

Scope 1 : les émissions directes

Scope 1 : de quoi parle-t-on ?

Les émissions de scope 1 sont celles rejetées directement dans l'atmosphère par une installation que vous détenez ou exploitez. On y trouve notamment :

  • les émissions dues à la combustion (sources fixes comme une chaudière, torchage de gaz) ;
  • les émissions liées aux procédés industriels (production d'acier, de ciment, de chaux) ;
  • les émissions fugitives (fuites de fluides frigorigènes, extraction d'hydrocarbures) ;
  • les émissions des sources mobiles à moteur thermique (véhicules de la flotte).

On distingue habituellement 5 sous-catégories : sources fixes de combustion, sources mobiles thermiques, procédés hors énergie, émissions directes fugitives, et émissions issues de la biomasse.

Scope 1, quelle méthode de calcul ?

Le calcul du scope 1 repose sur des données d'activité que vous maîtrisez : litres de carburant, m³ de gaz, kilos de fluide frigorigène rechargé. La méthode :

  1. Identifier le bon facteur d'émission de GES pour chaque source ;
  2. Compiler les quantités consommées sur la période ;
  3. Multiplier la quantité par le facteur d'émission pour obtenir les émissions en CO₂e (équivalent CO₂).

Scope 2 : les émissions indirectes liées à l'énergie

Scope 2 : de quoi parle-t-on ?

Les émissions de scope 2 sont celles rejetées indirectement dans l'atmosphère lors de la production de l'énergie que vous consommez. Concrètement : l'électricité du réseau qui alimente vos bureaux, la vapeur d'un réseau urbain qui chauffe votre site, le froid d'une centrale partagée.

Il existe deux postes principaux :

  • émissions liées à la consommation d'électricité ;
  • émissions liées à la consommation de vapeur, chaleur ou froid.

Scope 2, quelle méthode de calcul ?

Le calcul repose sur la consommation d'énergie en kWh, multipliée par le facteur d'émission correspondant au mix énergétique. Deux approches coexistent : la méthode location-based (mix moyen du réseau du pays) et la méthode market-based (contrats spécifiques, garanties d'origine). Les deux peuvent donner des résultats très différents, notamment si vous achetez de l'électricité verte certifiée.

Scope 3 : les autres émissions indirectes

Les émissions du scope 3 couvrent toute votre chaîne de valeur, en amont et en aval. Pour la plupart des PME et ETI, c'est là que se concentre 70 à 90 % de l'empreinte carbone totale. Et c'est aussi le périmètre que vos clients grands comptes vous demandent désormais de chiffrer.

La méthodologie Bilan Carbone® couvre le scope 3 à travers une série de postes structurants, notamment :

  1. Énergie hors scopes 1 et 2 : émissions amont de production d'énergie (extraction et transport d'uranium, charbon, gaz…).
  2. Achats de biens et services : matières premières, équipements, sous-traitance. Souvent le poste n°1.
  3. Immobilisations : biens durables amortis sur plusieurs années (machines, bâtiments, ordinateurs).
  4. Déchets : transport et traitement des déchets générés.
  5. Transport de marchandises amont : acheminement des matières et produits achetés.
  6. Déplacements professionnels : salons, missions, déplacements en filiales.
  7. Actifs en leasing amont : véhicules et équipements loués.
  8. Investissements : crucial pour les banques et fonds (émissions financées).
  9. Transport des visiteurs et clients sur vos sites.
  10. Transport des marchandises aval : distribution vers les clients finaux.
  11. Utilisation des produits vendus : électroménager, automobile, équipements numériques — l'usage consomme de l'énergie.
  12. Fin de vie des produits vendus : recyclage, incinération, enfouissement.
  13. Franchise aval : pertinent pour les réseaux de distribution sous franchise.
  14. Leasing aval : équipements loués à vos clients.
  15. Déplacements domicile-travail : trajets quotidiens des salariés.
  16. Autres émissions indirectes : tout ce qui ne rentre pas ailleurs.

Pour visualiser ce que cela donne en pratique, voici un exemple de bilan GES publié par Hermès International :

Exemple de bilan GES Hermès — scopes 1, 2 et 3

Limites de la classification par scope

L'importance grandissante du scope 3

La lecture des bilans carbone des grandes entreprises est sans appel : pour la plupart des secteurs (services, distribution, finance, industrie légère), les scopes 1 et 2 ne représentent qu'une fraction marginale du total. Se limiter à ces deux périmètres revient à passer à côté de l'essentiel.

Le cadre réglementaire évolue dans ce sens. En France, le BEGES réglementaire intègre désormais le scope 3 pour les entreprises soumises à l'obligation. Au niveau européen, la CSRD et ses normes ESRS imposent un reporting détaillé des émissions sur les trois scopes pour les entreprises concernées. Même après les ajustements de calendrier introduits par la loi Omnibus en 2025 (qui repousse les échéances pour de nombreuses PME et ETI), la pression est devenue commerciale avant d'être réglementaire : vos donneurs d'ordre exigent vos données scope 3 pour boucler leur propre reporting.

L'impact du numérique mal catégorisé

Cette classification est indispensable pour structurer un bilan, mais elle a ses angles morts. Les émissions générées par le numérique — datacenters, terminaux, réseaux, IA générative — se dispersent entre les scopes 2, 3.1 (achats), 3.2 (immobilisations) et 3.11 (usage). Difficile, dans ces conditions, d'avoir une lecture unifiée de l'empreinte IT d'une organisation. De nouvelles méthodologies sectorielles émergent, mais le standard n'est pas encore stabilisé.

3 points à retenir pour piloter vos scopes

  1. Les scopes ne sont pas équivalents. Pour 80 % des PME, le scope 3 pèse plus que les scopes 1 et 2 réunis. C'est là que se trouvent vos vrais leviers — et les questions de vos clients.
  2. La méthodologie évolue. Bilan Carbone® v2025 (23 postes), révision en cours du GHG Protocol Scope 3 Standard, exigences CSRD : restez à jour sur le référentiel que vous utilisez.
  3. Un bilan n'est utile que s'il débouche sur un plan d'action. Mesurer pour mesurer ne sert à rien. L'enjeu, c'est d'identifier les 3 à 5 leviers prioritaires et de les piloter dans la durée.

Passer du calcul à l'action

Cartographier ses scopes 1, 2 et 3 est un point de départ, pas une fin. Pour transformer cette mesure en stratégie carbone rentable, Orki propose trois piliers d'accompagnement :

  • Accompagnement de A à Z : un expert climat dédié + notre plateforme SaaS pour piloter votre bilan et votre plan d'action.
  • Outil SaaS en autonomie : pour outiller vos équipes internes et automatiser la collecte de données scope 3.
  • Formation : pour internaliser la compétence et rendre votre équipe RSE 100 % autonome.

Questions fréquentes

Approfondissez le sujet de l'article

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Quelle part du bilan carbone représente le scope 3 pour une PME ?
Plus
Pour la plupart des PME et ETI, le scope 3 concentre entre 70 et 90 % de l'empreinte carbone totale. Il couvre toute la chaîne de valeur : achats de biens et services, transport, déplacements professionnels, usage des produits vendus et fin de vie. Les scopes 1 et 2 ne représentent souvent qu'une fraction marginale du total.
Combien de postes d'émissions compte la méthode Bilan Carbone en 2025 ?
Moins
La version 2025 du Bilan Carbone®, portée par l'Association pour la transition Bas Carbone (ABC), compte désormais 23 postes d'émissions, contre 22 dans la version précédente. Ces postes répartissent les émissions sur les trois scopes pour identifier précisément les sources et les leviers de réduction.
Qui est concerné par l'obligation de déclarer les scopes 1, 2 et 3 en France ?
Plus
Le BEGES réglementaire français intègre le scope 3 pour les entreprises soumises à l'obligation. Au niveau européen, la CSRD impose un reporting détaillé sur les trois scopes via les normes ESRS. Après les ajustements de la loi Omnibus de 2025, les échéances ont été repoussées pour de nombreuses PME et ETI, mais la pression reste commerciale : les donneurs d'ordre exigent les données scope 3 de leurs fournisseurs.
Quels sont les objectifs climat de Vinci sur les scopes 1, 2 et 3 ?
Plus
Vinci s'est engagé à réduire ses émissions scopes 1 et 2 de 40 % d'ici 2030 par rapport à 2018, et ses émissions scope 3 de 20 % d'ici 2030 par rapport à 2019. Ces objectifs ont été certifiés SBTi en février 2022, sur une trajectoire « well below 2 °C ».
Quelle est la différence entre les méthodes location-based et market-based pour le scope 2 ?
Plus
La méthode location-based utilise le facteur d'émission moyen du réseau électrique national. La méthode market-based prend en compte les contrats spécifiques de l'entreprise, comme les garanties d'origine pour l'électricité verte certifiée. Les deux approches peuvent donner des résultats très différents et sont toutes deux reconnues par le GHG Protocol.