SBTi (Science Based Targets initiative) : définition, fonctionnement et démarche

Début 2026, plus de 10 000 entreprises affichent des objectifs climat validés par la science.

En quelques années, la Science Based Targets initiative (SBTi) est devenue le standard de référence pour fixer des objectifs de réduction d'émissions crédibles. Là où le terme « neutralité carbone » a été affaibli par le greenwashing, un objectif validé par la SBTi atteste qu'une trajectoire est réellement alignée sur l'Accord de Paris — ni surévaluée, ni cosmétique.

Ce guide fait le point sur ce qu'est la SBTi, comment elle fonctionne, qui peut s'engager, la démarche concrète pour faire valider ses objectifs, et les chiffres clés de son adoption en 2026.

Information importante

En bref

  • La SBTi (Science Based Targets initiative) est une organisation qui valide les objectifs climat des entreprises alignés sur la science (limiter le réchauffement à 1,5 °C).
  • Elle distingue deux horizons : les objectifs court terme (near-term, 5 à 10 ans) et l'objectif net-zéro à long terme (d'ici 2050 au plus tard).
  • La SBTi valide des objectifs — elle ne délivre pas de certification.
  • Début 2026, plus de 10 000 entreprises ont des objectifs validés (+40 % en un an).
  • La démarche tient en cinq étapes : s'engager, définir, soumettre, valider, communiquer.

SBTi : qu'est-ce que c'est ?

La SBTi, pour Science Based Targets initiative, est une organisation internationale qui aide les entreprises à fixer des objectifs de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre, puis qui valide ces objectifs. Lancée en 2015, elle est née d'un partenariat entre le CDP, le Pacte mondial des Nations unies (UN Global Compact), le World Resources Institute (WRI) et le WWF.

« Fondé sur la science » (science-based) signifie que les objectifs sont alignés sur les scénarios climatiques du GIEC : la réduction visée correspond à ce qui est nécessaire pour limiter le réchauffement à 1,5 °C par rapport à l'ère préindustrielle. La SBTi joue donc deux rôles : elle fournit un cadre méthodologique de fixation des objectifs, et elle assure une validation indépendante de leur cohérence avec ce cadre.

C'est cette double fonction qui a fait son succès. Face à la prolifération des promesses de « neutralité carbone » invérifiables, la SBTi a apporté une réponse concrète : une trajectoire chiffrée, comparée à un budget carbone scientifique, vérifiée par un tiers et publiée. Sa gouvernance, portée par des ONG environnementales et des organismes de référence, et sa méthodologie, révisée régulièrement pour suivre l'état de la science, en font aujourd'hui le standard le plus reconnu en matière d'objectifs climat d'entreprise.

Information importante

Un objectif « fondé sur la science » n'est pas une promesse de communication : c'est une trajectoire chiffrée, vérifiée par un tiers, et publiée sur le site de la SBTi.

Comment fonctionne la SBTi : objectifs court terme et net-zéro

La SBTi structure la démarche autour de deux types d'objectifs complémentaires.

Type d'objectifHorizonCe qu'il vise
Objectif court terme (near-term)5 à 10 ansRéduire ses émissions sur une trajectoire alignée 1,5 °C, dès maintenant
Objectif net-zéro (long terme)d'ici 2050 au plus tardRéduire d'environ 90 % ses émissions, puis neutraliser le résiduel incompressible

Concrètement, un objectif court terme aligné 1,5 °C suppose une réduction absolue des émissions de l'ordre de quelques pour cent par an sur la période, à partir d'une année de référence. Il ne s'agit pas seulement de réduire l'intensité carbone (les émissions par euro de chiffre d'affaires), mais bien le volume total d'émissions.

La trajectoire part d'une année de référence documentée, et la réduction est jalonnée année après année jusqu'à l'échéance. C'est cette exigence de progression linéaire et vérifiable qui distingue un objectif fondé sur la science d'un simple cap lointain : l'entreprise rend compte de ses émissions chaque année et doit démontrer qu'elle tient le rythme.

Dans les deux cas, l'entreprise raisonne sur l'ensemble de ses émissions : scopes 1 et 2 (émissions directes et liées à l'énergie) et scope 3 (chaîne de valeur amont et aval). Le scope 3 doit être inclus dès lors qu'il représente une part significative des émissions — ce qui est le cas de la grande majorité des entreprises, où il pèse souvent l'essentiel du bilan. Des trajectoires sectorielles spécifiques existent par ailleurs pour les secteurs les plus émetteurs.

Information importante

Le cadre long terme — le Corporate Net-Zero Standard, sa structure et sa révision en cours (V2) — fait l'objet de notre guide dédié : Trajectoire bas-carbone et Net Zero Standard SBTi.

Validation des objectifs : la SBTi ne « certifie » pas

Point de vocabulaire essentiel : on parle souvent de « certification SBTi », mais c'est un abus de langage. La SBTi ne certifie pas une entreprise au sens d'une norme (comme le ferait un organisme accrédité pour une ISO). Elle valide des objectifs : elle vérifie qu'une trajectoire de réduction est conforme à sa méthodologie, puis la publie. La nuance compte, car elle conditionne ce que l'entreprise peut légitimement communiquer — un objectif validé, et non un statut global « certifié ». Pour le détail — déroulé de la validation, coût, validité et règles de communication —, voir notre guide dédié : Certification SBTi : ce que la SBTi valide vraiment.

Qui peut s'engager dans la SBTi ?

La SBTi s'adresse à un large éventail d'organisations, avec des parcours adaptés à leur taille et à leur nature.

Les grandes entreprises suivent le parcours standard : engagement, définition d'objectifs court terme puis net-zéro, validation, et reporting annuel des progrès.

Les PME bénéficient d'un parcours simplifié. Un format dédié, moins lourd, leur permet de fixer des objectifs court terme validés sans passer par l'intégralité du processus des grands groupes. C'est une porte d'entrée adaptée aux entreprises qui subissent la pression de leurs donneurs d'ordres sans disposer d'une équipe RSE étoffée.

Les institutions financières (banques, assureurs, investisseurs) disposent d'un cadre spécifique, qui couvre leurs émissions financées — celles des portefeuilles de prêts et d'investissement, souvent très supérieures à leurs émissions opérationnelles.

La démarche SBTi en 5 étapes

De l'engagement à la communication, la démarche est balisée.

La démarche SBTi en 5 étapes : s'engager (lettre d'engagement, 24 mois), définir des objectifs alignés 1,5 °C sur les scopes 1, 2 et 3, soumettre le dossier, faire valider par la SBTi, puis communiquer et réviser tous les 5 ans.

  1. S'engager : l'entreprise signe une lettre d'engagement (commitment) et dispose alors de 24 mois pour faire valider ses objectifs. Cet engagement est public et figure sur le tableau de bord de la SBTi.
  2. Définir ses objectifs : elle calcule ses émissions sur une année de référence et fixe des cibles de réduction alignées sur 1,5 °C, couvrant les scopes 1, 2 et 3.
  3. Soumettre : le dossier est déposé auprès de la SBTi pour évaluation technique, moyennant des frais de validation.
  4. Faire valider : la SBTi vérifie la conformité des objectifs à sa méthodologie, puis les publie officiellement.
  5. Communiquer et suivre : l'entreprise publie ses objectifs, rend compte de ses progrès chaque année et révise sa trajectoire au moins tous les cinq ans.

Pourquoi s'engager dans la SBTi ?

Au-delà de l'enjeu climatique, quatre raisons poussent les entreprises à franchir le pas.

Crédibilité. Un objectif validé par un tiers indépendant est l'un des meilleurs remparts contre l'accusation de greenwashing : la trajectoire est chiffrée, vérifiée et publique, là où une simple promesse de neutralité ne l'est pas.

Pression de la chaîne de valeur. Donneurs d'ordres et investisseurs intègrent de plus en plus l'existence d'objectifs SBTi dans leurs critères de sélection. Disposer d'objectifs validés est d'ailleurs l'un des critères pour atteindre la liste A du CDP.

Anticipation réglementaire. La SBTi structure une démarche qui alimente directement le reporting de durabilité (CSRD, norme ESRS E1, plans de transition) et les attentes de place, en France comme à l'international.

Compétitivité. Une trajectoire claire oriente les investissements d'efficacité, sécurise l'accès aux financements verts et différencie l'entreprise sur ses marchés.

La SBTi en chiffres (2025-2026)

L'adoption s'est nettement accélérée sur la dernière année.

La SBTi en chiffres 2025-2026 : plus de 10 000 entreprises aux objectifs validés début 2026, +40 % de validations en un an, +61 % d'entreprises ayant à la fois des objectifs court terme et net-zéro sur l'année 2025, le Japon premier pays avec plus de 2 000 entreprises.

Début 2026, la SBTi a franchi le cap des 10 000 entreprises aux objectifs validés, après plus de 2 800 nouvelles validations en 2025 (soit une hausse d'environ 40 % en un an). La dynamique est particulièrement nette sur les engagements combinés : le nombre d'entreprises affichant à la fois des objectifs court terme et net-zéro a progressé d'environ 61 % sur la seule année 2025. Fin 2025, plus de 12 000 entreprises avaient validé ou s'étaient engagées à fixer des objectifs. Sur le plan géographique, le Japon compte désormais le plus grand nombre d'entreprises validées (plus de 2 000), devant le Royaume-Uni et les États-Unis.

IndicateurValeur (2025-2026)
Entreprises aux objectifs validésplus de 10 000 (début 2026)
Nouvelles validations en 2025plus de 2 800 (environ +40 %)
Croissance des objectifs court terme + net-zéroenviron +61 % sur un an (2025)
Premier paysJapon (plus de 2 000 entreprises)

Logo, coût et accompagnement

Communication. Une fois ses objectifs validés, l'entreprise peut les afficher et utiliser les éléments visuels mis à disposition par la SBTi, dans le respect de ses règles de communication. La règle de fond : ne communiquer que sur des objectifs réellement validés, sans surinterpréter leur portée.

Coût. La validation est payante : la SBTi facture des frais dont le montant dépend de la taille de l'entreprise et de la voie choisie (une offre simplifiée existe pour les PME). À ce coût direct s'ajoute le temps interne de calcul des émissions et de construction de la trajectoire — souvent le poste le plus lourd.

C'est précisément là qu'un accompagnement fait gagner du temps : fiabiliser le bilan carbone sur les scopes 1, 2 et 3, puis bâtir une trajectoire conforme et la maintenir dans le temps.

Limites et points de vigilance

La démarche SBTi est exigeante, et quelques points méritent l'attention.

Des délais réels. Entre l'engagement et la validation, comptez plusieurs mois — l'essentiel du temps étant consacré à la fiabilisation des données d'émissions, en particulier sur le scope 3.

Une méthodologie qui évolue. La SBTi révise régulièrement ses standards pour suivre la science. Le Corporate Net-Zero Standard fait actuellement l'objet d'une révision (version 2) : il faut donc raisonner avec la version en vigueur au moment de fixer ses objectifs, sans présumer des règles à venir.

Un engagement à tenir. Des objectifs validés mais non suivis d'effets exposent à un risque réputationnel. La SBTi a renforcé son suivi et peut retirer la validation — voire l'engagement — d'entreprises qui ne respectent pas leurs trajectoires.

SBTi et neutralité carbone : ne pas confondre

La SBTi est souvent confondue avec une promesse de « neutralité carbone ». La différence est de fond. La neutralité, au sens où beaucoup d'entreprises l'emploient, repose largement sur la compensation : on émet, puis on achète des crédits pour « annuler » ses émissions. La SBTi inverse la logique : elle exige d'abord une réduction réelle et mesurée des émissions, la compensation n'intervenant qu'en dernier recours, sur le résiduel incompressible, et uniquement dans le cadre de l'objectif net-zéro. Un objectif SBTi est donc bien plus contraignant — et bien plus crédible — qu'une simple allégation de neutralité.

Des entreprises de toutes tailles et de tous secteurs

L'adoption ne concerne plus seulement les multinationales. Des grands groupes industriels aux ETI et PME, des acteurs de l'agroalimentaire, de la distribution, des services ou de l'industrie lourde s'engagent, souvent entraînés par les exigences de leurs clients ou de leurs investisseurs. Cette diffusion à toute la chaîne de valeur est l'un des effets les plus structurants de la SBTi : quand un grand donneur d'ordres fixe des objectifs incluant son scope 3, il pousse mécaniquement ses fournisseurs à en faire autant.

Conclusion : 4 points à retenir

  1. La SBTi valide des objectifs climat alignés sur la science (1,5 °C). Ce n'est pas une certification, mais une validation indépendante d'une trajectoire chiffrée.
  2. Deux horizons coexistent : les objectifs court terme (5 à 10 ans) et l'objectif net-zéro (d'ici 2050, environ 90 % de réduction).
  3. La démarche tient en cinq étapes — s'engager, définir, soumettre, valider, communiquer — avec un délai de 24 mois après l'engagement.
  4. L'adoption s'accélère : plus de 10 000 entreprises validées début 2026, en hausse d'environ 40 % sur un an.

Sources

  • Science Based Targets initiative — « Ambitious corporate climate action ». https://sciencebasedtargets.org/ — Consulté en mai 2026.
  • Science Based Targets initiative — « SBTi reaches 10,000 companies with validated targets ». https://sciencebasedtargets.org/news/sbti-celebrates-10000-company-validations — Consulté en mai 2026.
  • Science Based Targets initiative — « The Corporate Net-Zero Standard ». https://sciencebasedtargets.org/net-zero — Consulté en mai 2026.

Questions fréquentes

Approfondissez le sujet de l'article

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Qu'est-ce que la SBTi (Science Based Targets initiative) ?
Plus
La SBTi est une organisation internationale, née en 2015 d'un partenariat entre le CDP, le Pacte mondial des Nations unies, le WRI et le WWF. Elle fournit un cadre pour fixer des objectifs de réduction d'émissions alignés sur la science (limiter le réchauffement à 1,5 °C) et valide ces objectifs de façon indépendante.
La SBTi est-elle une certification ?
Moins
Non. La SBTi valide des objectifs, elle ne délivre pas de certification au sens d'une norme contrôlée par un organisme accrédité. L'expression « certification SBTi » est un abus de langage répandu : ce qui est validé, c'est la conformité d'une trajectoire de réduction à la méthodologie de la SBTi, pas l'entreprise dans son ensemble.
Quelle différence entre un objectif near-term et un objectif net-zéro ?
Plus
L'objectif court terme (near-term) porte sur 5 à 10 ans : il engage à réduire ses émissions dès maintenant sur une trajectoire 1,5 °C. L'objectif net-zéro est de long terme (d'ici 2050 au plus tard) : il vise une réduction d'environ 90 % des émissions, le résiduel incompressible étant neutralisé. Les deux sont complémentaires.
Combien d'entreprises ont des objectifs validés par la SBTi ?
Plus
Début 2026, la SBTi a franchi le cap des 10 000 entreprises aux objectifs validés, après plus de 2 800 nouvelles validations en 2025 (environ +40 % sur un an). En incluant les entreprises engagées mais pas encore validées, le total dépassait 12 000 fin 2025.
Le scope 3 est-il obligatoire dans une démarche SBTi ?
Plus
Oui dans la grande majorité des cas. La SBTi impose d'inclure le scope 3 (émissions de la chaîne de valeur) dès qu'il représente une part significative des émissions totales — ce qui est le cas de la plupart des entreprises. Le scope 3 est souvent le poste dominant, donc indispensable à une trajectoire crédible.
Les crédits carbone permettent-ils d'atteindre une cible SBTi ?
Plus
Non. La SBTi repose sur des réductions réelles d'émissions, pas sur la compensation. Les crédits carbone ne peuvent pas être utilisés pour atteindre un objectif de réduction validé. Ils n'interviennent que pour neutraliser le résiduel incompressible une fois l'objectif net-zéro de réduction atteint.
Combien coûte la validation d'objectifs SBTi ?
Plus
La validation est payante : la SBTi facture des frais dont le montant dépend de la taille de l'entreprise et de la voie choisie (une offre simplifiée existe pour les PME). À ce coût direct s'ajoute le temps interne de calcul des émissions et de construction de la trajectoire, souvent le poste le plus lourd.
Combien de temps prend une démarche SBTi ?
Plus
Après avoir signé la lettre d'engagement, l'entreprise dispose de 24 mois pour faire valider ses objectifs. Le temps réel dépend surtout de la maturité de son bilan carbone : disposer de données fiables sur les scopes 1, 2 et 3 est le principal facteur de délai.
Quel lien entre la SBTi, la CSRD et le CDP ?
Plus
Les trois se renforcent. La SBTi fournit la trajectoire de réduction ; la CSRD impose de reporter son plan de transition climatique ; le CDP évalue la qualité de la divulgation et exige des objectifs validés SBTi pour atteindre sa liste A. Une démarche SBTi alimente donc directement le reporting CSRD et le score CDP.
La SBTi est-elle obligatoire ?
Plus
Non, s'engager dans la SBTi est volontaire. Mais la démarche devient de fait incontournable sous la pression des clients, des investisseurs et des cadres de reporting (CSRD, CDP) qui valorisent ou exigent des objectifs validés. Pour de nombreuses entreprises, c'est un avantage concurrentiel autant qu'un engagement climat.
Qu'est-ce que le Corporate Net-Zero Standard de la SBTi ?
Plus
C'est le cadre de référence de la SBTi pour les objectifs net-zéro de long terme : il définit ce qu'est un net-zéro crédible (environ 90 % de réduction, neutralisation du résiduel). Sa version 2 est en cours de finalisation. Le détail fait l'objet de notre guide dédié au Net Zero Standard.
Comment s'engager auprès de la SBTi ?
Plus
La première étape est de signer la lettre d'engagement (commitment), qui ouvre un délai de 24 mois. L'entreprise calcule ensuite ses émissions, fixe des objectifs alignés 1,5 °C sur les scopes 1, 2 et 3, soumet son dossier, le fait valider, puis communique et suit ses progrès annuellement.

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