Bilan carbone hôtel : méthode, postes d'émission et leviers d'action

Une nuit d'hôtel, c'est en moyenne entre 7,7 et 9,9 kg de CO₂e émis dans l'atmosphère (sources HCMI et ADEME). Multipliez par votre taux d'occupation annuel, et vous obtenez un ordre de grandeur qui parle aux directions financières comme aux clients corporate.

L'hôtellerie cumule des postes énergivores — chauffage, climatisation, blanchisserie, restauration — et une pression réglementaire qui s'intensifie depuis 2023. Bonne nouvelle : un bilan carbone bien mené permet à la fois de répondre à ces obligations et de réduire vos charges d'exploitation.

Un bilan carbone pour l'hôtel : levier de performance, pas seulement de conformité

Réaliser le bilan carbone de votre établissement présente trois bénéfices concrets.

1. Réduire vos charges d'exploitation. Le bilan identifie les postes les plus consommateurs et débloque un plan d'action chiffré : isolation, GTB, équipements à haut rendement, optimisation de la blanchisserie. À la clé, des économies directes sur des factures d'énergie qui pèsent déjà lourd dans le compte de résultat.

2. Anticiper la pression réglementaire. Plusieurs textes s'appliquent désormais directement au secteur hôtelier :

  • La loi Grenelle II de 2010 (article 75) impose le BEGES aux entreprises de plus de 500 salariés. Depuis le décret 2022-982, le scope 3 est obligatoire. Et depuis la loi Industrie Verte du 23 octobre 2023, les sanctions ont été multipliées par 5 : 50 000 € d'amende, 100 000 € en cas de récidive.
  • Le décret tertiaire (DEET) de 2019 impose -40 % de consommation d'énergie finale en 2030 (puis -50 % en 2040, -60 % en 2050) aux bâtiments tertiaires de plus de 1000 m² — soit la majorité des hôtels de chaîne et indépendants de taille moyenne.
  • La RE2020, applicable aux nouvelles constructions depuis janvier 2022, encadre la performance énergétique et carbone des projets neufs.
  • La CSRD impose un reporting de durabilité aux grandes entreprises hôtelières depuis 2024. Le calendrier a été assoupli par la loi Omnibus européenne de 2025 pour les PME et ETI (échéance repoussée à 2028-2029), mais la pression indirecte reste forte : vos clients corporate et OTA exigent déjà vos données carbone.

3. Renforcer votre attractivité commerciale et RH. Les grands comptes intègrent la performance carbone dans leurs appels d'offres MICE et voyages d'affaires. Côté clientèle loisirs, la durabilité devient un critère de choix. Côté recrutement, dans un secteur en tension, l'engagement RSE est un argument différenciant.

Bilan carbone d'un hôtel : méthodologie et postes d'émission

Le bon référentiel pour un hôtel

La méthode Bilan Carbone® a été créée à l'initiative de l'ADEME en 2004, mais elle est portée et maintenue depuis 2011 par l'Association pour la Transition Bas Carbone (ABC). La version 9, publiée en juillet 2024, est désormais la référence appliquée.

Elle classe les émissions en trois catégories :

  • Scope 1 : émissions directes liées aux sources d'énergie fixes ou mobiles détenues par l'hôtel (chaudières gaz, véhicules de service, fluides frigorigènes).
  • Scope 2 : émissions indirectes liées à l'achat d'électricité, de froid ou de vapeur.
  • Scope 3 : émissions indirectes de toute la chaîne de valeur — achats, restauration, déchets, déplacements des clients et collaborateurs, blanchisserie externalisée. C'est généralement le poste le plus lourd et le plus stratégique.

Pour les chaînes internationales, la méthode HCMI (Hotel Carbon Measurement Initiative), développée en 2012 par la Sustainable Hospitality Alliance et le WTTC avec 23 grands groupes hôteliers — Accor, Hilton Worldwide, InterContinental Hotels Group, Jumeirah Group, Radisson Hotel Group, Fairmont Hotels and Resorts notamment — fournit une grille spécifiquement adaptée au secteur. Elle est aujourd'hui utilisée par plus de 25 000 hôtels dans le monde.

Information importante

Le choix entre Bilan Carbone® et HCMI dépend de votre cible : Bilan Carbone® est la référence pour répondre aux obligations réglementaires françaises (BEGES) ; HCMI est utile pour benchmarker un établissement face à ses pairs internationaux et alimenter les demandes de grands comptes.

Les données à collecter, poste par poste

Infrastructure de l'hôtel

Les émissions liées à la construction ou à la rénovation du bâtiment entrent dans le périmètre si le bâti est encore en phase d'amortissement comptable. La surface en m² issue du plan architectural sert de base de calcul, complétée par les factures des travaux de rénovation récents.

Consommation d'énergie

L'énergie représente environ 60 % de l'empreinte carbone d'un hôtel et pèse entre 5 et 10 % du chiffre d'affaires selon les établissements — un ratio qui a tendance à se tendre depuis la flambée des prix de 2022.

Répartition typique de la consommation énergétique :

  • Chauffage, climatisation, ventilation (HVAC) : 40 à 45 %
  • Équipements de cuisine : 10 à 25 %
  • Production d'eau chaude sanitaire : 10 à 20 %
  • Équipements électriques des chambres : 5 à 10 %
  • Éclairage intérieur et extérieur : 3 à 10 %
  • Équipements informatiques : 2 à 5 %
  • Blanchisserie (gaz) : 0 à 10 %

La collecte se fait à partir des factures fournisseurs d'énergie (kWh, m³ de gaz) pour chaque compteur du complexe.

Gestion hôtelière

Bureautique, produits d'entretien, consommables des chambres (serviettes, savons, papier toilette), équipements (téléviseurs, électroménager) : ce poste est diffus mais loin d'être négligeable. Le calcul repose sur les factures fournisseurs et un inventaire détaillé du nombre d'unités par catégorie de produit.

Service de blanchisserie

Si la blanchisserie est externalisée, les factures du prestataire (kg de linge traité) suffisent. En interne, il faut lister les équipements (laveuses, séchoirs, calandres) et leur consommation, ainsi que les produits lessiviels utilisés.

Restauration

Le service F&B peut représenter une part significative du bilan, mais l'écart est immense selon les choix de carte. Pour mesurer : comptabiliser le nombre de repas servis sur l'année et les ventiler par type (petit-déjeuner, déjeuner, dîner, banquet) et par profil alimentaire (carné, végétarien, vegan).

Les leviers de réduction les plus efficaces : augmenter la part de plats végétariens, privilégier les produits locaux et de saison, limiter les buffets à volonté générateurs de gaspillage.

Déchets

L'activité hôtelière génère un volume important de déchets (emballages, biodéchets, linge usagé, DEEE). Le calcul s'appuie sur les volumes collectés par filière. Le tri à la source, le compostage des biodéchets (désormais obligatoire) et le réemploi sont les premiers leviers à activer.

Comment réduire concrètement l'impact d'un hôtel ?

Une fois le bilan posé, voici les actions à fort ROI qui reviennent dans la majorité des plans d'action :

  • Choisir des équipements de classe énergétique A et favoriser les énergies renouvelables sur site.
  • Installer un système de récupération de chaleur (eaux grises, chaleur fatale).
  • Revoir les températures de consigne pour les espaces occupés et inoccupés.
  • Installer des sous-compteurs pour suivre les consommations par espace ou service.
  • Abaisser la température de sortie du ballon d'eau chaude conformément à la réglementation.
  • Installer des régulateurs de débit sur les robinets et pommeaux de douche.
  • Mettre en place un système de récupération d'eau de pluie pour les espaces verts.
  • Installer des toilettes à double débit.
  • Passer en LED et installer des détecteurs de présence dans les espaces communs.
  • Couper automatiquement l'éclairage des salles de bain lorsque le client quitte la chambre.
  • Réduire le grammage du linge et adapter les quantités selon le nombre d'arrivées.
  • Sensibiliser les clients à la réutilisation des serviettes et au non-changement systématique des draps.
  • Proposer de l'eau en carafe filtrée ou en bouteille consignée.
  • Éviter les produits jetables et proposer les aménités à la demande.
  • Privilégier les distributeurs de gel douche et shampoing aux flacons individuels.
  • Utiliser des produits d'entretien labellisés écologiques et des centrales de dilution.
  • Augmenter la part de produits biologiques et locaux au petit-déjeuner.
  • Augmenter la part de plats végétariens au menu.
  • Privilégier les conditionnements en vrac et les formats familiaux.
  • Éviter les buffets à volonté, privilégier les menus à la carte ou sur demande.
  • Déployer des messages pédagogiques pour sensibiliser les clients au gaspillage.

Information importante

Agrid est une entreprise qui met l'intelligence artificielle au service de la performance énergétique des bâtiments. Son algorithme communique automatiquement des consignes aux systèmes de CVC pour un pilotage temps réel adapté aux contraintes de chaque site — un levier puissant pour atteindre les objectifs du décret tertiaire.

Quel outil pour calculer l'empreinte carbone d'un hôtel ?

Deux grandes options s'offrent à vous : le cabinet de conseil, plus rassurant pour un premier bilan complexe, ou la solution logicielle SaaS, plus économique sur la durée et conçue pour l'autonomie de vos équipes.

La plateforme Orki simplifie la collecte (données pré-remplies, saisies collaboratives, import de fichiers), automatise le traitement et génère un plan d'action chiffré aligné sur les méthodes Bilan Carbone® v9 et HCMI. Vous gardez la main sur votre trajectoire bas-carbone et divisez par deux le temps consacré au reporting dès la deuxième année.

4 points à retenir

  1. Une nuit d'hôtel pèse 7 à 10 kg CO₂e en moyenne. Un bilan carbone permet d'isoler les leviers les plus rentables sur l'énergie, la restauration et la blanchisserie.
  2. La pression réglementaire s'est durcie : sanctions BEGES multipliées par 5 en 2023, scope 3 obligatoire, décret tertiaire applicable, CSRD pour les grands groupes.
  3. L'énergie représente ~60 % de l'empreinte carbone et 5 à 10 % du chiffre d'affaires. C'est le premier gisement d'économies.
  4. La méthode Bilan Carbone® est portée par l'ABC depuis 2011 (version 9 en 2024). Pour les chaînes internationales, HCMI est le standard de référence.

Prêt à passer à l'action ?

Orki accompagne les hôtels indépendants comme les groupes selon trois modalités :

  • Accompagnement de A à Z : un expert climat pilote votre premier bilan et construit un plan d'action chiffré.
  • Outil SaaS en autonomie : pour outiller vos équipes en interne et piloter votre trajectoire dans la durée.
  • Formation : pour internaliser la compétence carbone au sein de votre équipe RSE ou QSE.

Questions fréquentes

Approfondissez le sujet de l'article

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Combien de CO₂ émet une nuit d'hôtel en moyenne ?
Plus
Une nuit d'hôtel génère entre 7,7 et 9,9 kg de CO₂e selon les sources HCMI et ADEME. La fourchette basse (7,7 kg) correspond à la moyenne France calculée par la HCMI ; la fourchette haute (9,91 kg) inclut le petit-déjeuner selon le rapport ADEME 2020. Ce chiffre varie selon la taille de l'établissement, son mix énergétique et ses services.
Quels hôtels sont concernés par le décret tertiaire ?
Moins
Le décret tertiaire (DEET, 2019) s'applique à tous les bâtiments à usage tertiaire de plus de 1 000 m², ce qui inclut la majorité des hôtels de chaîne et les hôtels indépendants de taille moyenne. Il impose une réduction de la consommation d'énergie finale de -40 % en 2030, -50 % en 2040 et -60 % en 2050 par rapport à 2010.
Quelles sont les sanctions si l'on ne dépose pas son BEGES ?
Plus
Depuis la loi Industrie Verte du 23 octobre 2023, les amendes pour non-dépôt du Bilan GES (BEGES) ont été multipliées par cinq : 50 000 € en première infraction, 100 000 € en cas de récidive. Le scope 3 est obligatoire depuis le 1er janvier 2023 pour les entreprises de plus de 500 salariés soumises à cette obligation.
Quel poste représente la plus grande part du bilan carbone d'un hôtel ?
Plus
L'énergie représente environ 60 % de l'empreinte carbone d'un hôtel et pèse entre 5 et 10 % du chiffre d'affaires. Le chauffage, la climatisation et la ventilation (HVAC) constituent à eux seuls 40 à 45 % de la consommation énergétique totale. C'est donc le premier gisement de réduction d'émissions et d'économies d'exploitation.
Quelle méthode utiliser pour le bilan carbone d'un hôtel ?
Plus
Deux méthodes coexistent : la méthode Bilan Carbone® (version 9, juillet 2024), portée par l'Association pour la Transition Bas Carbone (ABC), est la référence pour répondre aux obligations réglementaires françaises. La méthode HCMI, développée en 2012 avec 23 grands groupes hôteliers et utilisée par plus de 25 000 hôtels, est adaptée au benchmarking international et aux demandes des clients corporate.