« Envoyez-nous votre certification SBTi » : la demande revient souvent de la part des donneurs d'ordres et des services achats. Le problème, c'est qu'à proprement parler, la certification SBTi n'existe pas.
La Science Based Targets initiative ne certifie pas une entreprise : elle valide des objectifs de réduction d'émissions, après les avoir confrontés à sa méthodologie. La nuance n'est pas que sémantique — elle change ce que l'on peut légitimement afficher.
Cet article clarifie la différence entre certification, label et validation, détaille le déroulé d'une validation SBTi, son coût, sa durée de validité et la façon de communiquer dessus.

En bref
- La SBTi valide des objectifs, elle ne délivre pas de certification au sens d'une norme auditée par un organisme accrédité.
- La validation suit un processus de revue à deux niveaux (un évaluateur, un valideur), en moyenne sur une quarantaine de jours ouvrés.
- Elle est payante : les frais dépendent de la taille de l'entreprise, d'environ 1 250 $ pour une PME à plusieurs dizaines de milliers de dollars.
- Une validation est valable 5 ans : au-delà, les objectifs doivent être revalidés.
- Pour la définition et le fonctionnement d'ensemble, voir notre guide SBTi : définition, fonctionnement et démarche.
Certification, label ou validation : que fait vraiment la SBTi ?
Les trois termes sont souvent confondus, mais ils ne recouvrent pas la même réalité.

En clair : la SBTi valide une trajectoire de réduction, pas une organisation dans son ensemble. Parler de « certification SBTi » est un raccourci commode mais inexact — et le présenter comme une certification dans sa communication est précisément ce qu'il faut éviter.
Engagement et validation : deux étapes distinctes
On confond souvent l'engagement et la validation : ce sont deux moments différents. L'engagement (commitment) consiste à signer une lettre par laquelle l'entreprise s'engage à fixer des objectifs. Elle apparaît alors comme « engagée » sur le tableau de bord de la SBTi et dispose de 24 mois pour aller au bout. La validation intervient ensuite : c'est l'examen et l'approbation formelle des objectifs soumis. Une entreprise « engagée » n'a donc pas encore d'objectifs validés — une distinction que les donneurs d'ordres regardent de près.
Comment se déroule la validation des objectifs SBTi ?
Une fois ses objectifs définis, l'entreprise les soumet à la SBTi pour validation. Le processus est balisé.

La SBTi applique une revue à deux niveaux : un évaluateur instruit le dossier, puis un valideur contrôle son travail pour garantir le respect des procédures et limiter les conflits d'intérêts. Pour une entreprise, les résultats de validation sont communiqués dans un délai de 40 jours ouvrés à compter du début du service (60 jours pour une institution financière), selon la grille Target Validation Services V6.1 de la SBTi.
À l'issue, trois décisions sont possibles : approbation, demande de révision (l'entreprise dispose alors de quelques jours pour répondre) ou rejet. Une fois approuvés, les objectifs doivent être publiés dans un délai de six mois et figurent sur le tableau de bord public de la SBTi.
L'entreprise s'engage alors à rendre compte de ses progrès chaque année et à réviser sa trajectoire dans le temps. La validation n'est donc pas une fin en soi : c'est le point de départ d'un suivi public et régulier, que clients et investisseurs peuvent consulter dans la base « Companies Taking Action » de la SBTi.
Que peut-on faire valider par la SBTi ?
La SBTi valide deux grands types d'objectifs, qui peuvent être soumis ensemble ou séparément.
Les objectifs court terme (near-term), sur 5 à 10 ans, sont la porte d'entrée : ils engagent à réduire ses émissions dès maintenant. L'objectif net-zéro, de long terme, s'inscrit dans le cadre du Corporate Net-Zero Standard. Dans les deux cas, la validation couvre les scopes 1, 2 et 3 dès lors que le scope 3 est significatif. Une entreprise commence généralement par faire valider ses objectifs court terme, puis ajoute son objectif net-zéro.

Le cadre du net-zéro — le Corporate Net-Zero Standard et sa révision en cours (V2) — fait l'objet de notre guide dédié : Trajectoire bas-carbone et Net Zero Standard SBTi.
Que valide concrètement la SBTi — et ce qu'elle ne valide pas
C'est la question que se posent la plupart des entreprises avant de se lancer : qu'examine réellement la SBTi ? La réponse tient en une distinction clé — la SBTi valide des objectifs, pas un plan d'action.
Ce qu'elle vérifie :
- Un inventaire d'émissions complet. Disposer d'un bilan carbone couvrant les scopes 1, 2 et 3 est un prérequis : la SBTi exige un inventaire de gaz à effet de serre exhaustif, calculé selon le GHG Protocol, comme base de la trajectoire.
- Le périmètre couvert. Les objectifs court terme doivent couvrir au moins 95 % des émissions des scopes 1 et 2. Le scope 3 doit être inclus dès qu'il dépasse 40 % des émissions totales, avec une cible couvrant au moins les deux tiers de ce scope 3.
- L'ambition des objectifs. C'est le cœur de la validation : le taux de réduction visé doit être aligné sur une trajectoire 1,5 °C (réduction absolue pour le court terme, environ 90 % pour le net-zéro), à partir d'une année de référence documentée.
- Le respect de la méthodologie. Année de référence, type d'objectif, secteurs spécifiques (cibles FLAG pour la forêt, les terres et l'agriculture) : la SBTi contrôle la conformité à ses critères, lors d'un appel de validation puis d'une décision écrite.
Ce qu'elle ne fait pas : la SBTi ne valide pas votre plan d'action détaillé (la manière dont vous comptez réduire), ne réaudite pas chaque facteur d'émission ligne à ligne — la qualité de l'inventaire relève de votre démarche bilan carbone, selon le GHG Protocol — et ne garantit pas l'atteinte des objectifs. Elle atteste que vos cibles sont assez ambitieuses et assez larges pour être qualifiées de « fondées sur la science ». La feuille de route pour les tenir reste votre responsabilité.

À retenir : préparer une validation SBTi, c'est d'abord fiabiliser son bilan carbone et calibrer l'ambition de ses objectifs — pas rédiger un plan d'action que la SBTi examinerait.
Combien coûte une validation SBTi ?
La validation est un service payant, facturé par SBTi Services selon une grille à quatre tranches fondée sur le chiffre d'affaires et le type d'organisation. Les montants ci-dessous correspondent à la validation d'objectifs court terme (grille V6.1, en dollars, applicable au 5 janvier 2026).
Quelques repères pour lire cette grille : faire valider court terme et net-zéro ensemble coûte davantage (jusqu'à environ 34 000 $ pour un grand groupe), tandis qu'une simple mise à jour d'objectifs existants est moins chère. Des réductions tarifaires existent pour les organisations des pays à revenu faible ou intermédiaire.
Deux points de vigilance : ces frais couvrent une seule soumission — si les objectifs sont renvoyés pour révision puis resoumis, des frais supplémentaires s'appliquent. Et à ce coût direct s'ajoute le temps interne de calcul des émissions et de construction de la trajectoire, souvent le poste le plus lourd.
Validité et revalidation : tous les 5 ans
Une validation SBTi n'est pas acquise une fois pour toutes. Les objectifs doivent être revalidés tous les cinq ans : passé ce délai sans mise à jour, leur statut expire, et l'entreprise ne peut plus s'en prévaloir. La revalidation entraîne de nouveaux frais et suppose, le plus souvent, de relever son ambition pour rester aligné sur la science.
C'est pourquoi une démarche SBTi se pense comme un cycle continu, et non comme une formalité ponctuelle : on fiabilise son bilan carbone, on construit la trajectoire, on la fait valider, puis on en rend compte chaque année.
Comment communiquer sur ses objectifs validés ?
Une fois ses objectifs validés, l'entreprise peut les afficher et utiliser les éléments visuels mis à disposition par la SBTi, dans le respect de ses règles de communication. Deux principes : ne communiquer que sur des objectifs réellement validés et en cours de validité, et ne jamais présenter cette reconnaissance comme une « certification » ou un label de neutralité. La formulation juste est « objectifs validés par la SBTi », assortie de l'ambition et de l'horizon (court terme ou net-zéro). Surinterpréter la portée d'une validation — en la présentant comme une preuve de neutralité atteinte, par exemple — expose au même risque réputationnel qu'un greenwashing classique.
Disposer d'objectifs validés est par ailleurs valorisé par d'autres cadres : c'est l'un des critères pour atteindre la liste A du CDP.
Pourquoi faire valider ses objectifs ?
Au-delà de la conformité méthodologique, la validation apporte trois bénéfices concrets.
Crédibilité. Un objectif validé par un tiers indépendant est l'un des meilleurs remparts contre l'accusation de greenwashing : la trajectoire est chiffrée, vérifiée et publique, là où une simple promesse de neutralité ne l'est pas.
Pression commerciale. De plus en plus de donneurs d'ordres et d'investisseurs exigent des objectifs validés de la part de leurs partenaires ; ne pas en disposer peut fermer l'accès à certains appels d'offres.
Effet d'entraînement interne. La validation structure une feuille de route datée et mesurable, et embarque les équipes autour d'objectifs communs plutôt que d'une intention vague.
Sources
- Science Based Targets initiative — « Validation services ». https://sciencebasedtargets.org/validation-services — Consulté en mai 2026.
- Science Based Targets initiative — « Target Validation Service Offerings » (V6.1, octobre 2025). https://docs.sbtiservices.com/resources/TargetValidationServicesOfferings.pdf — Consulté en mai 2026.
- Science Based Targets initiative — « Standard Operating Procedure for the Validation of SBTi Targets ». https://docs.sbtiservices.com/resources/SOPTargetValidation.pdf — Consulté en mai 2026.


-1469993855259153.webp)

-9336689835128218.webp)

