Règlement ESPR : ce qui change pour l'éco-conception de vos produits

L'Union européenne fait de l'éco-conception une obligation légale pour vendre sur son marché. Le véhicule de cette bascule porte un nom : le règlement ESPR.

Qu'est-ce que l'ESPR, quel est son calendrier, quels produits sont concernés et comment s'y préparer ? Voici l'essentiel.

Information importante

En bref

  • L'ESPR (Ecodesign for Sustainable Products Regulation), règlement (UE) 2024/1781, est entré en vigueur le 18 juillet 2024. Il remplace la directive Écoconception de 2009 et en élargit fortement le périmètre.
  • Il fixe, produit par produit, des exigences d'éco-conception : durabilité, réparabilité, recyclabilité, contenu recyclé, et un passeport numérique produit (DPP).
  • Le plan de travail 2025-2030 cible six familles prioritaires : textile, mobilier, matelas, pneus, acier et aluminium. Le DPP devient obligatoire pour le textile à partir de mi-2027, sous réserve de l’acte délégué attendu en 2026.
  • La destruction des invendus textiles et chaussures sera interdite aux grandes entreprises à partir du 19 juillet 2026 (entreprises moyennes : 2030).

Qu'est-ce que le règlement ESPR ?

L'ESPR (Ecodesign for Sustainable Products Regulation), ou règlement (UE) 2024/1781, est le texte européen qui encadre l'éco-conception des produits durables. Entré en vigueur le 18 juillet 2024, il remplace l'ancienne directive Écoconception de 2009, jusque-là limitée aux produits liés à l'énergie (électroménager, chauffage...).

Son apport majeur est l'élargissement du périmètre : l'ESPR peut s'appliquer à la quasi-totalité des produits physiques mis sur le marché européen. Pour chaque catégorie, la Commission fixe par acte délégué des exigences de performance et d'information. Le tableau ci-dessous résume ce qui change par rapport à l'ancienne directive.

CritèreDirective Écoconception (2009)Règlement ESPR (2024)
Statut juridiqueDirective (transposition nationale)Règlement (application directe)
PérimètreProduits liés à l'énergieQuasi-totalité des produits physiques
ExigencesPerformance énergétiqueDurabilité, réparabilité, recyclabilité, contenu recyclé
TransparenceÉtiquette énergiePasseport numérique produit (DPP)
InvendusNon couvertInterdiction de destruction (textile, chaussure)

Pour comprendre la pratique de conception sous-jacente, voir notre guide sur l'éco-conception.

Le calendrier d'application de l'ESPR

L'ESPR se déploie progressivement, catégorie par catégorie, via un plan de travail pluriannuel. Le premier, couvrant 2025-2030, a été adopté le 16 avril 2025. Les grandes échéances :

Calendrier de l'ESPR : entrée en vigueur 2024, plan de travail 2025, interdiction des invendus 2026 et 2030, DPP textile 2027

Quels produits sont concernés ?

À terme, presque tous les produits sont visés. Mais le plan de travail 2025-2030 fixe six familles prioritaires, choisies pour leur fort impact environnemental et leur potentiel d'amélioration.

Famille prioritaireExemplesPrincipal enjeu ESPR
Textile et habillementVêtements, lingeDurabilité, fin de vie, DPP à partir de mi-2027
MatelasMatelas et literie domestiqueDurabilité, recyclabilité, fin de vie
Fer et acierProduits sidérurgiquesContenu recyclé, empreinte carbone
AluminiumProfilés, emballagesContenu recyclé, recyclabilité
MobilierMeubles domestiques et de bureauDurabilité, démontabilité
PneumatiquesPneus véhiculesDurabilité, efficacité, recyclabilité

Les nouvelles exigences d'éco-conception

Pour chaque catégorie, l'ESPR pourra imposer des critères jusqu'ici absents de la réglementation. Six grands leviers structurent ces exigences.

Les nouvelles exigences ESPR : durabilité, réparabilité, recyclabilité, contenu recyclé, passeport produit, interdiction de destruction des invendus

Au-delà des performances du produit, l'ESPR introduit deux mécanismes de transparence majeurs : le passeport numérique produit et l'interdiction de détruire les invendus. La mesure de l'impact, elle, passe par une analyse de cycle de vie (ACV), socle de toute justification de ces critères.

Le passeport numérique produit (DPP)

Le passeport numérique produit (DPP, Digital Product Passport) est la pièce maîtresse de l'ESPR. Concrètement, chaque produit concerné devra embarquer un identifiant (QR code, puce) donnant accès à un jeu de données structurées : composition et matériaux, origine et traçabilité, durabilité et réparabilité, présence de substances préoccupantes, consignes d'entretien et de fin de vie.

Objectif : rendre l'information accessible à tous les acteurs de la chaîne, du fabricant au consommateur en passant par les réparateurs et recycleurs. Le textile ouvre le bal à partir de mi-2027, sous réserve de l’acte délégué attendu en 2026 ; les autres familles suivront au rythme des actes délégués. Le registre européen des DPP doit, lui, être opérationnel au 19 juillet 2026.

Quelles données contiendra le passeport numérique de produit ?

Le contenu exact du passeport numérique de produit (DPP) dépendra de chaque catégorie de produits, défini par des actes délégués. En général, il réunira des informations sur l’origine et la composition des matériaux, la présence de substances préoccupantes, la durabilité et la réparabilité, les instructions de démontage, le contenu recyclé, la recyclabilité et l’empreinte environnementale du produit.

Ces données seront accessibles via un identifiant unique (typiquement un QR code) apposé sur le produit, son emballage ou sa documentation. Chaque acteur — consommateur, réparateur, recycleur, autorité — accédera à l’information qui le concerne. Le système est pensé pour être interopérable : les données devront donc être structurées et normalisées dès l’origine.

Le calendrier du passeport numérique par secteur

Le déploiement du DPP est progressif et organisé par groupes de produits, selon le plan de travail de l’ESPR. Les batteries font figure de pionnières grâce à leur propre règlement ; viennent ensuite les familles prioritaires de l’ESPR.

SecteurSituation
BatteriesPionnières, via le règlement batteries
TextileFamille prioritaire ; DPP visé à partir de mi-2027 (sous réserve de l’acte délégué)
Mobilier, matelas, pneusFamilles prioritaires du plan 2025-2030
Acier, aluminiumFamilles prioritaires du plan 2025-2030

Comment préparer ses données pour le passeport numérique

Anticiper le DPP est avant tout un travail de données. Les étapes clés : identifier quand son groupe de produits entre dans le dispositif ; inventorier et structurer les données produit (matériaux, substances, empreinte, réparabilité, recyclabilité) ; renforcer la collecte d’informations auprès des fournisseurs ; et s’appuyer sur l’analyse de cycle de vie déjà réalisée, qui alimente une grande partie du passeport.

Le passeport recoupe d’autres réglementations produit : les restrictions de substances préoccupantes comme les PFAS, et les exigences du règlement emballages (PPWR). Structurer une seule fois une donnée produit fiable sert à l’ensemble de ces obligations.

Indice de durabilité : le signal côté France

En parallèle de l'ESPR européen, la France déploie son indice de durabilité, qui prolonge l'indice de réparabilité introduit en 2021. Affiché au point de vente, il note la robustesse, la fiabilité et la réparabilité d'un produit : il s'applique depuis 2025 aux téléviseurs et aux lave-linge, et a vocation à s'étendre.

À ne pas confondre avec l'affichage environnemental (note écologique globale du produit) : voir notre dossier sur l'affichage environnemental et le cas du textile.

Comment se préparer à l'ESPR

Même si les exigences détaillées arrivent par vagues, trois chantiers peuvent démarrer dès maintenant : (1) cartographier vos produits concernés par les familles prioritaires et le calendrier ; (2) mesurer leur impact via une ACV et structurer la donnée qui alimentera le futur DPP ; (3) engager une vraie démarche d'éco-conception (durabilité, réparabilité, matières recyclées). Cette démarche s'inscrit dans une logique d'économie circulaire et nourrit votre reporting CSRD.

Pour savoir où vous en êtes, évaluez vos données produit avec le diagnostic ESPR/PPWR : il identifie ce qui vous manque (ACV, contenu recyclé, recyclabilité, DPP) et propose une feuille de route.

Orki : structurer la donnée produit de votre conformité ESPR

Se préparer à l'ESPR et au DPP suppose une donnée environnementale fiable et auditable à l'échelle du produit. Orki accompagne les entreprises dans la mesure de l'empreinte de leurs produits (ACV) et de leur organisation (bilan carbone), et structure des rapports exploitables pour anticiper vos obligations. Échangez avec un expert pour cadrer votre trajectoire de conformité !

Questions fréquentes

Approfondissez le sujet de l'article

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Qu'est-ce que le règlement ESPR ?
Plus
L'ESPR (Ecodesign for Sustainable Products Regulation), règlement (UE) 2024/1781, est le texte européen qui encadre l'éco-conception des produits durables. Entré en vigueur le 18 juillet 2024, il remplace la directive Écoconception de 2009 et en élargit fortement le périmètre : il peut s'appliquer à la quasi-totalité des produits physiques mis sur le marché européen, avec des exigences fixées catégorie par catégorie par actes délégués.
Quand le règlement ESPR entre-t-il en application ?
Moins
Le règlement est entré en vigueur le 18 juillet 2024, mais son application est progressive. Le premier plan de travail 2025-2030, adopté le 16 avril 2025, fixe les priorités. Les exigences concrètes arrivent ensuite catégorie par catégorie : par exemple, le passeport numérique produit pour le textile est attendu à partir de mi-2027 (sous réserve de l'acte délégué attendu en 2026), et l'interdiction de détruire les invendus textiles s'appliquera aux grandes entreprises à partir du 19 juillet 2026.
Quels produits sont concernés par l'ESPR ?
Plus
À terme, presque tous les produits physiques sont visés. Le plan de travail 2025-2030 cible six familles prioritaires : textile et habillement, mobilier, matelas, pneumatiques, acier et aluminium. L'électronique grand public, elle, relève des produits liés à l'énergie et de mesures horizontales (réparabilité), pas de ces familles finales. Pour chaque famille, la Commission européenne précisera par acte délégué les exigences applicables (durabilité, réparabilité, contenu recyclé, passeport produit...).
Qu'est-ce que le passeport numérique produit (DPP) ?
Plus
Le passeport numérique produit (DPP, Digital Product Passport) est un identifiant numérique (QR code, puce) attaché à un produit, donnant accès à des données structurées : composition et matériaux, origine et traçabilité, durabilité et réparabilité, substances préoccupantes, consignes d'entretien et de fin de vie. Il vise à rendre l'information accessible à tous les acteurs de la chaîne, du fabricant au consommateur, en passant par les réparateurs et recycleurs.
À partir de quand le DPP est-il obligatoire ?
Plus
Le DPP se déploie par vagues, au rythme des actes délégués de l'ESPR. Le textile ouvre le bal à partir de mi-2027, sous réserve de l'acte délégué attendu en 2026 ; les autres familles prioritaires (mobilier, matelas, etc.) suivront ensuite. Le registre européen des DPP doit, lui, être opérationnel au 19 juillet 2026. Anticiper dès maintenant la collecte et la structuration des données produit est l'un des chantiers les plus lourds pour les entreprises concernées.
Quelle différence entre l'ESPR et la directive Écoconception de 2009 ?
Plus
La directive Écoconception de 2009 ne couvrait que les produits liés à l'énergie (électroménager, chauffage, éclairage...). L'ESPR, qui la remplace, élargit considérablement le champ à la quasi-totalité des produits, et ajoute de nouvelles exigences : réparabilité, recyclabilité, contenu recyclé, passeport numérique produit et interdiction de détruire certains invendus. C'est un changement d'échelle, pas un simple ajustement.
L'ESPR interdit-il vraiment de détruire les invendus ?
Plus
Oui. L'ESPR interdit la destruction des invendus textiles et chaussures : cette interdiction s'appliquera aux grandes entreprises à partir du 19 juillet 2026, et sera étendue aux entreprises moyennes en 2030. Les micro et petites entreprises en sont exonérées. La Commission pourra étendre cette interdiction à d'autres catégories de produits via les actes délégués.
Quelle différence entre indice de durabilité et indice de réparabilité ?
Plus
L'indice de réparabilité, en vigueur en France depuis 2021, note uniquement la facilité de réparation d'un produit. L'indice de durabilité, qui le prolonge depuis 2025 (téléviseurs, lave-linge), intègre une vision plus large : robustesse, fiabilité et réparabilité. Ce sont des dispositifs français, distincts du règlement ESPR européen, mais qui convergent vers le même objectif d'information du consommateur.
Mon entreprise (PME) est-elle concernée par l'ESPR ?
Plus
Si vous fabriquez, importez ou distribuez des produits relevant des familles prioritaires, oui : les exigences de produit (durabilité, DPP...) s'appliquent quel que soit la taille de l'entreprise. En revanche, certaines obligations spécifiques, comme l'interdiction de détruire les invendus, ciblent d'abord les grandes entreprises, puis les entreprises moyennes, et exonèrent les micro et petites entreprises.
Comment se préparer concrètement à l'ESPR ?
Plus
Trois chantiers peuvent démarrer dès maintenant : cartographier vos produits concernés par les familles prioritaires et le calendrier ; mesurer leur impact via une analyse de cycle de vie (ACV) et structurer la donnée qui alimentera le futur passeport numérique produit ; et engager une vraie démarche d'éco-conception (durabilité, réparabilité, matières recyclées) plutôt que de subir la contrainte au dernier moment.
Quel lien entre ESPR, éco-conception et ACV ?
Plus
L'ESPR transforme l'éco-conception, longtemps volontaire, en obligation réglementaire. Pour répondre à ses exigences et renseigner le passeport produit, les entreprises doivent s'appuyer sur l'analyse de cycle de vie (ACV), qui mesure l'impact environnemental d'un produit à chaque étape. L'ACV devient ainsi le socle technique de la conformité ESPR et de toute démarche d'éco-conception crédible.
Qu’est-ce que le passeport numérique de produit (DPP) ?
Plus
C’est un registre numérique d’informations sur la durabilité et la circularité d’un produit (matériaux, substances, réparabilité, recyclabilité, empreinte), accessible via un identifiant unique comme un QR code. Il est instauré par le règlement ESPR.
Quand le passeport numérique deviendra-t-il obligatoire ?
Plus
Le déploiement est progressif, par groupes de produits. Les batteries ouvrent la voie via leur propre règlement, et le textile est visé à partir de mi-2027, sous réserve de l’acte délégué attendu en 2026.
Quelles données contiendra le passeport numérique de produit ?
Plus
Origine et composition des matériaux, substances préoccupantes, durabilité et réparabilité, instructions de démontage, contenu recyclé, recyclabilité et empreinte environnementale, selon chaque catégorie de produits.
Comment se préparer au passeport numérique de produit ?
Plus
En inventoriant et structurant ses données produit, en collectant l’information auprès des fournisseurs et en s’appuyant sur l’analyse de cycle de vie, qui alimente une grande partie du DPP.

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