
En bref. Le bilan carbone d'un événement (festival, salon, séminaire, compétition) est dominé par les transports des participants et, plus largement, par le Scope 3 (restauration, énergie, hébergement, matériel, numérique, déchets). Sans périmètre clair, aucun chiffre n'est comparable — les exemples du Tour de France et de la Coupe du monde 2022 le montrent. La règle d'or : mesurer en amont, dès la conception, où se jouent l'essentiel des arbitrages. Pour réduire, on agit d'abord sur la mobilité, la restauration et le matériel — la sobriété prime sur la compensation. La norme ISO 20121 structure la démarche.
Un festival, un séminaire annuel, un salon professionnel : ces événements sont des moments de vie indispensables, mais aussi des concentrés d'émissions de gaz à effet de serre. Entre transports des participants, énergie consommée, restauration et matériel à usage unique, l'impact climatique d'un événement peut peser lourd — et il devient un sujet de réputation, de conformité et de financement.
Ce guide vous donne les repères chiffrés, la méthode et les leviers concrets pour piloter le bilan carbone de vos événements.
Quelle est l'empreinte carbone d'un événement ?
L'événementiel cumule plusieurs postes d'émissions intenses sur une courte période : déplacements (souvent aériens pour les événements internationaux), consommation d'énergie, restauration, communication, goodies, infrastructures temporaires. Aucun chiffre officiel de l'UE n'isole précisément la part de l'événementiel dans les émissions européennes, mais les études sectorielles convergent pour le qualifier d'activité à forte intensité carbone par participant.
En France, la loi AGEC a déjà transformé les pratiques : interdiction des confettis plastique depuis 2021, fin de la vaisselle jetable dans la restauration sur place depuis janvier 2023. À cela s'ajoute la norme ISO 20121 sur le management responsable des événements, devenue une référence pour structurer une démarche sérieuse.
Les différents types d'événements et leur impact
Il n'existe pas de bilan type : l'empreinte dépend de la durée, du nombre de participants, du lieu, des modes de transport et du périmètre comptabilisé. Quelques ordres de grandeur :
- Séminaire d'une journée en hôtel : impact dominé par les déplacements des participants et la restauration.
- Concert ou festival en extérieur : transports du public, énergie pour la sono et l'éclairage, gestion des déchets.
- Mariage : déplacements des invités, repas, décoration et fleurs importées.
- Salon professionnel : déplacements (souvent longue distance), stands à usage unique, énergie.
- Festival de cinéma ou compétition sportive : transports internationaux, hébergement, infrastructures temporaires.
Dans la majorité des cas, le poste transport représente le premier contributeur, suivi par la restauration et l'énergie.

L'exemple du Tour de France
Le Tour de France illustre bien la difficulté de l'exercice. Une étude de 2013 estimait son bilan carbone annuel à environ 341 000 tonnes de CO2e. Mais ASO, l'organisateur, a publié pour l'édition 2021 une empreinte de 216 388 tonnes de CO2e, soit une baisse d'environ 37 % en quelques années.
La principale explication : entre 10 et 12 millions de spectateurs se massent chaque été sur le bord des routes, et leurs déplacements pèsent fortement dans le bilan. À cela s'ajoute la caravane publicitaire et ses goodies, souvent fabriqués à l'étranger. Cette empreinte reste néanmoins inférieure à celle des méga-événements nécessitant des travaux d'infrastructure ou de longs trajets internationaux, comme une Coupe du monde ou des Jeux Olympiques.
Le bilan carbone de la Coupe du monde au Qatar
La Coupe du monde 2022 au Qatar illustre la guerre des chiffres sur les méga-événements. La FIFA a annoncé une empreinte prévisionnelle de 3,63 millions de tonnes de CO2e, et revendiqué une compétition « neutre en carbone ». Carbon Market Watch (CMW), dans un rapport très commenté, a estimé que la FIFA sous-estimait largement ces émissions, qui pourraient en réalité dépasser 5 millions de tonnes — soit plus de 5 % des émissions annuelles du Qatar en 2019.
La principale source de désaccord : la construction des stades. Sur les 8 enceintes utilisées, 7 ont été construites ou profondément rénovées pour l'événement. Selon le rapport FIFA, les déplacements représentent 51,7 % des émissions et la construction 24,2 %. Selon les estimations contestataires (CMW, Le Grand Continent), la construction des stades pèserait jusqu'à 68 % contre seulement 3,1 % pour les déplacements internes — une divergence qui s'explique par des périmètres comptables très différents.
À titre de comparaison, pour la Coupe du monde 2018 en Russie, la FIFA avait estimé que près de 74 % des émissions provenaient des transports aériens et terrestres internationaux. Mais ce bilan excluait la construction des stades de son périmètre, ce qui gonflait mécaniquement la part relative des déplacements. Sans périmètre clair, aucun chiffre n'est comparable.

L'enjeu de ces controverses ? La FIFA a été condamnée en 2023 par les autorités suisses pour communication trompeuse autour de la « neutralité carbone » de la compétition. Une illustration concrète des risques juridiques liés au greenwashing dans l'événementiel.
Comment calculer l'empreinte carbone de votre événement ?
Le bilan carbone d'un événement quantifie l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre générées, de la phase de conception jusqu'au démontage. C'est à la fois un outil de pilotage et, pour les organisations de grande taille soumises à la CSRD ou au BEGES réglementaire, un élément de reporting.

La méthode Bilan Carbone® a été développée à l'origine par Jean-Marc Jancovici pour l'ADEME entre 2000 et 2004. Depuis 2011, sa gestion est confiée à l'Association pour la Transition Bas Carbone (ABC), qui a fusionné en juin 2025 avec l'APCC. C'est aujourd'hui la référence francophone pour calculer les émissions liées à une activité sur un périmètre et une période donnés.
Prendre en compte le cycle de vie complet, de la planification au démontage
Pour un bilan fiable, il faut identifier toutes les sources d'émissions, y compris celles qui semblent mineures. La majorité de l'empreinte se loge dans le Scope 3 (émissions indirectes liées à la chaîne de valeur) :
- Déplacements : participants, équipes, prestataires, intervenants.
- Hébergement sur place.
- Restauration et boissons.
- Énergie consommée par le site et les équipements.
- Matériel et infrastructures temporaires : stands, scènes, signalétique.
- Communication et goodies : impression, production, transport.
- Déchets générés et leur traitement.
- Numérique : streaming, plateforme d'inscription, application dédiée — un poste souvent oublié dont nous parlons dans notre article sur l'impact environnemental du numérique.
Chaque poste doit ensuite être quantifié à l'aide de facteurs d'émission appliqués à des données d'activité (kWh, km, repas, kg de matériel). Plus la donnée est primaire, plus le bilan est fiable.
Un module dédié aux événements dans la plateforme Orki
La plateforme SaaS Orki propose un module spécifique pour évaluer et piloter l'empreinte carbone d'un événement. Vous pouvez simuler l'impact en amont, comparer plusieurs scénarios (lieu, format présentiel/hybride, mode de restauration) et choisir l'option la plus sobre dès la phase de conception.
Le module facilite aussi la collecte des données auprès des prestataires et génère un rapport exploitable pour vos parties prenantes — clients, sponsors, collectivités, financeurs.
Quels leviers pour réduire le bilan carbone d'un événement ?

Une fois la mesure réalisée, les marges de progrès apparaissent vite. Les leviers les plus efficaces ciblent les postes dominants : transports, restauration, énergie, matériel.
- Choisir un lieu accessible en transport en commun et privilégier le train ou le covoiturage pour les participants. Ce seul levier peut diviser par 2 ou 3 le poste transport.
- Limiter les déplacements aériens ou proposer un format hybride pour les participants éloignés.
- Adopter une restauration locale, de saison et majoritairement végétale. Réduire la part de viande rouge a un impact direct et mesurable.
- Privilégier des matériaux réutilisables pour la signalétique, les stands et les goodies — ou supprimer les goodies non essentiels.
- Alimenter le site avec des sources d'énergie bas-carbone (réseau certifié, panneaux solaires temporaires) et optimiser l'éclairage et la sonorisation.
- Mettre en place un dispositif de tri et de recyclage visible et opérationnel pendant toute la durée de l'événement.
- Engager prestataires et fournisseurs sur des critères carbone dans les cahiers des charges.
- Communiquer avec sincérité sur les résultats — y compris ce qui n'a pas fonctionné. Évitez les promesses de « neutralité carbone » non étayées, source de risque réputationnel et juridique.
Pour structurer la démarche dans la durée, la norme ISO 20121 fournit un cadre reconnu de management responsable des événements. Et pour les organisateurs soumis au reporting réglementaire, le bilan d'un événement nourrit directement le BEGES global de la structure.
4 points à retenir
- L'empreinte carbone d'un événement est dominée par les transports et le Scope 3. Sans périmètre clair, aucun chiffre n'est comparable.
- Les exemples Tour de France et Qatar 2022 montrent que les bilans varient fortement selon ce que l'on inclut — d'où l'importance d'une méthode transparente.
- La mesure se pilote en amont, dès la conception : c'est là que se jouent 80 % des arbitrages décisifs.
- La sobriété, pas la compensation, est le premier levier. Une communication exagérée sur la « neutralité carbone » expose à un risque juridique et réputationnel réel.
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