En bref- Le SBTN (Science Based Targets Network) est un réseau qui aide les entreprises à fixer des objectifs fondés sur la science pour la nature : eau douce, terres, biodiversité et océan.
- Il prolonge la logique de la SBTi (Science Based Targets initiative), centrée sur le climat, en l'étendant à l'ensemble du système terrestre.
- La méthode repose sur cinq étapes (Évaluer, Prioriser, Mesurer et fixer, Agir, Suivre) et sur le cadre d'action AR3T.
- Les premières méthodes pour l'eau douce et les terres ont été publiées en mai 2023 ; les premières cibles océan sont parues en mars 2025.
- Le SBTN s'articule avec la TNFD et avec l'ESRS E4 de la CSRD : il fournit la cible que ces cadres demandent ensuite de publier.
La pression réglementaire sur la biodiversité monte. La directive CSRD impose un standard dédié aux écosystèmes, et les investisseurs réclament des trajectoires nature aussi documentées que les trajectoires carbone. Le SBTN propose une méthode pour transformer ces attentes en objectifs mesurables. Cet article en détaille le contenu, la méthode et l'articulation avec les autres cadres.
Qu'est-ce que le SBTN (Science Based Targets Network) ?
Le SBTN (Science Based Targets Network, Réseau des objectifs fondés sur la science) est une initiative qui développe des méthodes pour fixer des objectifs environnementaux alignés sur les limites planétaires. Il est porté par la Global Commons Alliance, une coalition d'organisations scientifiques et environnementales.
Un objectif fondé sur la science est une cible chiffrée, datée et reliée à un seuil scientifique. Pour le climat, ce seuil est la limite de réchauffement de 1,5 °C. Pour la nature, les seuils renvoient à l'état des écosystèmes : qualité de l'eau, disponibilité de l'eau, conversion des milieux naturels.
Le SBTN couvre quatre domaines de la nature : l'eau douce, les terres, la biodiversité et l'océan. Cette portée le distingue d'une démarche purement carbone. L'objectif n'est pas seulement de réduire des émissions, mais de limiter l'ensemble des pressions qu'une entreprise exerce sur les milieux vivants, tout au long de sa chaîne de valeur.
SBTN et SBTi : deux initiatives distinctes mais complémentaires
La confusion entre SBTN et SBTi est fréquente, car les deux sigles se ressemblent. Il s'agit pourtant de deux structures différentes, avec des périmètres différents.
La SBTi (Science Based Targets initiative) valide des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre alignés sur l'Accord de Paris. Elle traite donc le climat. Le SBTN traite la nature au sens large : eau, terres, biodiversité, océan. Les deux démarches partagent la même philosophie, celle de la cible alignée sur un seuil scientifique, et se veulent complémentaires.
Une entreprise déjà engagée dans une trajectoire carbone validée par la SBTi dispose d'une base utile. Le travail sur les données d'activité et sur la chaîne de valeur sert aux deux exercices. Pour comprendre la logique climat, l'article dédié à la SBTi détaille le fonctionnement de la validation des cibles de réduction.

La méthode SBTN en cinq étapes
Le SBTN structure la démarche en cinq étapes successives. Chaque étape produit un résultat qui alimente la suivante. La logique va du diagnostic large vers l'action ciblée.
Étape 1 — Évaluer (Assess). L'entreprise estime la matérialité environnementale de ses activités. Elle utilise un outil de criblage qui examine huit catégories de pression sur la nature, par exemple l'usage de l'eau, l'usage des sols ou la pollution. Cette étape cartographie l'empreinte sur l'ensemble de la chaîne de valeur.
Étape 2 — Prioriser (Prioritize). À partir du diagnostic, l'entreprise identifie les pressions et les lieux les plus significatifs. La nature étant locale, la localisation compte autant que le volume. Une même activité n'a pas le même effet dans un bassin versant en stress hydrique et dans une région où l'eau est abondante.
Étape 3 — Mesurer, fixer et publier (Measure, Set & Disclose). L'entreprise mesure ses impacts, fixe des cibles chiffrées sur les pressions prioritaires, puis les soumet à validation et les publie. C'est le cœur de l'exercice, là où l'objectif devient un engagement vérifiable.
Étape 4 — Agir (Act). L'entreprise déploie les actions qui réduisent les pressions, en suivant le cadre AR3T décrit plus bas. Les actions portent autant sur ses sites propres que sur ses fournisseurs.
Étape 5 — Suivre (Track). L'entreprise mesure ses progrès, rend compte et fait vérifier ses résultats. Le suivi accompagne en réalité toutes les étapes, selon une logique de mesure, de rapport et de vérification continue.

Le cadre d'action AR3T
Le SBTN s'appuie sur un cadre d'action introduit dès 2020 dans ses orientations initiales pour les entreprises. Ce cadre, désigné par le sigle AR3T, hiérarchise les leviers d'action selon une logique proche de la séquence éviter-réduire-compenser.
AR3T se lit en quatre familles d'actions. Éviter (Avoid) consiste à empêcher l'apparition d'un impact, par exemple en renonçant à convertir un milieu naturel. Réduire (Reduce) vise à diminuer une pression existante, comme la consommation d'eau d'un site. Restaurer et régénérer (Restore & Regenerate) porte sur le rétablissement des écosystèmes dégradés. Transformer (Transform) désigne le changement des modèles et des pratiques qui entretiennent la dégradation, au niveau du secteur ou du système économique.
La priorité va aux actions situées en haut de cette hiérarchie. Éviter un impact vaut mieux que tenter de le restaurer ensuite. Ce principe rejoint celui qui structure déjà les démarches de neutralité carbone, où la réduction prime sur la compensation.
Quelles cibles fixe-t-on aujourd'hui ?
Les méthodes du SBTN se construisent par briques. Toutes les cibles ne sont pas disponibles en même temps. Le déploiement suit l'avancement de la science et des consultations.
Les premières cibles, publiées en mai 2023, couvrent l'eau douce et les terres. Pour l'eau douce, elles portent sur la qualité, à travers les rejets d'azote et de phosphore, et sur la quantité prélevée. Pour les terres, elles visent l'arrêt de la conversion des écosystèmes naturels, la réduction de l'empreinte au sol et la restauration.
En mai 2023, dix-sept entreprises ont engagé un pilote pour tester ces premières méthodes : AB InBev, Alpro, Bel, Carrefour, Corbion, GSK, H&M Group, Hindustan Zinc, Holcim, Kering, L'Occitane, LVMH, Nestlé, Neste, Suntory, Tesco et UPM. Le pilote de validation s'est achevé en juin 2024.
Selon le rapport de validation publié par le SBTN en septembre 2024, une majorité des entreprises ayant terminé l'étape de fixation des cibles ont obtenu la validation d'au moins une cible, sur l'eau douce comme sur les terres. Ce pilote a confirmé la faisabilité de la démarche tout en pointant le besoin d'orientations plus détaillées pour la mise en oeuvre.
SBTN, TNFD et CSRD : comment ces cadres s'articulent
Le SBTN ne fonctionne pas seul. Il s'inscrit dans un ensemble de cadres qui traitent la nature sous des angles distincts mais cohérents. Trois références reviennent : le SBTN, la TNFD et la CSRD.
La TNFD (Taskforce on Nature-related Financial Disclosures, groupe de travail sur la publication d'informations financières liées à la nature) a publié ses recommandations finales en septembre 2023. Elle fournit un cadre de publication des risques et dépendances liés à la nature. La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive, directive sur la publication d'informations de durabilité), à travers son standard ESRS E4 consacré à la biodiversité et aux écosystèmes, impose la publication d'indicateurs lorsque le sujet est jugé matériel.
La répartition des rôles est lisible. Le SBTN fournit la méthode pour fixer la cible. La TNFD structure l'analyse des dépendances, des impacts, des risques et des opportunités. La CSRD impose la publication, y compris des objectifs lorsqu'ils existent. Une cible définie avec le SBTN alimente ainsi directement le reporting attendu au titre de l'ESRS E4. L'analyse de double matérialité requise par la CSRD constitue souvent le point d'entrée de ce travail.

Calendrier et état d'avancement
Le SBTN avance par étapes depuis 2020. Comprendre ce calendrier aide à situer le niveau de maturité réel des méthodes et à calibrer ses attentes.
Le cadre d'action AR3T paraît en 2020, dans les orientations initiales pour les entreprises. Les premières méthodes pour l'eau douce et les terres sortent en mai 2023, accompagnées du pilote de dix-sept entreprises. Le pilote de validation se conclut en juin 2024. En mars 2025, le SBTN publie ses premières cibles pour l'océan, en commençant par le secteur des produits de la mer. Une version révisée des orientations sur les terres et l'eau douce entre en phase de test en 2026, avant un déploiement élargi prévu en milieu d'année.
Cet état d'avancement appelle une lecture mesurée. Les méthodes existent et fonctionnent, mais elles continuent d'évoluer. Une entreprise qui se lance aujourd'hui travaille sur des bases solides, tout en sachant que le périmètre des cibles disponibles s'élargit d'année en année.
Comment une entreprise peut se préparer
Se lancer dans le SBTN ne suppose pas d'attendre que toutes les méthodes soient finalisées. Plusieurs travaux préparatoires créent de la valeur immédiatement et servent aussi à d'autres obligations.
Le premier chantier est la donnée. L'étape d'évaluation exige une connaissance fine de la chaîne de valeur : sites, fournisseurs, volumes, localisations. Cette cartographie recoupe largement celle d'un bilan d'émissions sur le scope 3. Les entreprises qui pilotent déjà leur empreinte carbone disposent d'une longueur d'avance. Sur une plateforme unifiée comme Orki, les données carbone et de durabilité reposent sur un socle commun, ce qui limite les doubles saisies entre trajectoire climat et objectifs nature.
Le deuxième chantier est l'articulation avec le reporting de durabilité. Une analyse de double matérialité bien menée identifie déjà les enjeux nature matériels. Elle indique où concentrer l'effort de fixation de cibles. Une plateforme comme Orki centralise la collecte des données d'activité et la traçabilité des hypothèses, ce qui facilite le passage du diagnostic à des cibles documentées.
Le troisième chantier est la gouvernance. Fixer des objectifs nature engage plusieurs fonctions : achats, production, qualité, direction. Le pilote du SBTN a montré que la valeur de la démarche tient autant aux discussions stratégiques qu'elle déclenche qu'aux cibles elles-mêmes. Les entreprises qui structurent leur reporting de durabilité y trouvent un cadre de pilotage cohérent avec leurs objectifs nature.







