Le GHG Protocol est le langage commun de la comptabilité carbone. Quand un client vous demande vos émissions, quand la CSRD impose un reporting, quand le SBTi valide une trajectoire : tous parlent la même grammaire, celle du Greenhouse Gas Protocol. Comprendre ce référentiel, c'est comprendre comment se mesure l'empreinte carbone d'une entreprise partout dans le monde.

En bref
- Le GHG Protocol (Greenhouse Gas Protocol) est le référentiel international de comptabilité des émissions de gaz à effet de serre, créé en 1998 par le WRI et le WBCSD.
- Il a popularisé la distinction en 3 scopes (émissions directes, énergie, chaîne de valeur) qui structure aujourd'hui tous les bilans carbone.
- Il regroupe une suite de standards : Corporate Standard, Scope 2 Guidance, Scope 3 (Corporate Value Chain), Product Standard.
- Selon le GHG Protocol, 9 entreprises du Fortune 500 sur 10 qui répondent au CDP l'utilisent.
- Il est le socle de la CSRD, du CDP et du SBTi, et cohabite avec le Bilan Carbone® de l'ADEME et la norme ISO 14064.
Qu'est-ce que le GHG Protocol ?
Le GHG Protocol, ou Greenhouse Gas Protocol (protocole des gaz à effet de serre, en français), est le cadre de référence mondial pour mesurer et déclarer les émissions de gaz à effet de serre des organisations, des produits et des projets. Il définit les règles comptables qui permettent à une entreprise de Tokyo et à une autre de Paris de calculer leur empreinte carbone de la même manière.
Il est né en 1998 d'un partenariat entre deux organisations : le World Resources Institute (WRI), un institut de recherche environnementale américain, et le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD), une coalition d'entreprises engagées sur le développement durable. Leur premier standard, le Corporate Accounting and Reporting Standard, a été publié en 2001 puis révisé en 2004.
Avant le GHG Protocol, chaque entreprise inventait sa propre méthode : impossible de comparer, d'agréger ou de vérifier les résultats. En posant un vocabulaire et des règles communs, il a rendu la comptabilité carbone aussi normalisée que la comptabilité financière. C'est aujourd'hui le standard sur lequel s'appuient la plupart des réglementations et des initiatives climatiques.

Quels sont les standards du GHG Protocol ?
Le GHG Protocol n'est pas un document unique mais une suite de standards, chacun couvrant un périmètre de comptabilité différent. Voici les principaux.
Le plus utilisé reste de loin le Corporate Standard : c'est lui qui fixe les règles du bilan d'émissions d'une entreprise et qui a introduit les fameux scopes. Le Scope 3 Standard (2011) et la Scope 2 Guidance (2015) sont venus préciser les deux périmètres les plus complexes à mesurer.

Une révision majeure en cours (2025-2027)
Le GHG Protocol vit sa première grande mise à jour depuis vingt ans. Une consultation publique sur le Scope 2 s'est tenue d'octobre 2025 à janvier 2026 et a recueilli de nombreuses contributions internationales. Le Corporate Standard suivra dans le cadre de la mise à jour de la suite de standards. Les nouvelles versions sont attendues pour 2027, avec une application progressive à partir de 2028.
Au programme : des règles plus strictes sur l'électricité bas-carbone (notamment un rapprochement horaire entre consommation et production, et des critères de traçabilité renforcés) pour fiabiliser le calcul du Scope 2. Une évolution à suivre de près si vous achetez de l'électricité verte ou des garanties d'origine.
Quels sont les 3 scopes du GHG Protocol ?
La contribution la plus structurante du GHG Protocol est la classification des émissions en trois périmètres, appelés « scopes ». C'est devenu la grammaire universelle du bilan carbone, reprise par la quasi-totalité des réglementations.

- Scope 1 — émissions directes : ce que votre organisation brûle ou émet directement, sur des sources qu'elle possède ou contrôle (chaudières, véhicules de l'entreprise, fuites de fluides frigorigènes).
- Scope 2 — émissions indirectes liées à l'énergie : la production de l'électricité, de la vapeur, de la chaleur ou du froid que vous achetez et consommez.
- Scope 3 — autres émissions indirectes : tout le reste de votre chaîne de valeur, en amont (achats, transport, déplacements) comme en aval (usage et fin de vie des produits vendus). C'est souvent 70 à 90 % du total des émissions.
Pour une analyse détaillée de chaque périmètre et des exemples concrets, consultez notre décryptage complet des scopes 1, 2 et 3.
Le Scope 3 et ses 15 catégories
Le Scope 3 est le périmètre le plus vaste et le plus difficile à mesurer. Pour n'oublier aucune source d'émissions, le GHG Protocol le découpe en 15 catégories : 8 en amont (achats de biens et services, biens d'équipement, transport amont, déplacements professionnels, etc.) et 7 en aval (transport aval, usage des produits vendus, fin de vie, franchises, investissements, etc.).
Cette granularité permet d'identifier les postes réellement significatifs : pour un industriel, ce sont souvent les achats de matières ; pour un éditeur de logiciel, l'usage des produits vendus ou le numérique. Le détail des 15 catégories et des méthodes de calcul est traité dans notre guide dédié : scope 3 : les 15 catégories, le calcul et la réduction.
GHG Protocol, Bilan Carbone® et ISO 14064 : quelle articulation ?
Le GHG Protocol n'est pas seul sur le terrain de la comptabilité carbone. En France, deux autres référentiels coexistent avec lui : le Bilan Carbone® de l'ADEME et la norme ISO 14064.
- Bilan Carbone® (ADEME) : méthode française, compatible avec le GHG Protocol, qui s'appuie sur des facteurs d'émission adaptés au contexte national (Base Carbone®). C'est la référence pour le calcul d'un bilan carbone en France.
- ISO 14064-1 : norme internationale qui fixe les exigences pour quantifier et déclarer un inventaire de gaz à effet de serre, alignée sur le GHG Protocol mais davantage orientée vérification et certification par un tiers.
Ces trois cadres sont compatibles plus que concurrents : ils partagent tous la logique des scopes. Le bon choix dépend de votre contexte (obligations applicables, marchés visés, besoin de certification). Nous détaillons les différences et les critères de décision dans notre comparatif dédié : GHG Protocol vs Bilan Carbone® : quelle méthode choisir.
GHG Protocol et reporting : CSRD, CDP, SBTi
Si le GHG Protocol s'est imposé comme standard de fait, c'est parce que les principaux cadres de reporting et d'engagement climatique s'appuient directement dessus. En maîtriser la logique, c'est se mettre en conformité avec plusieurs dispositifs d'un seul coup.
Autrement dit, un bilan d'émissions construit proprement selon le GHG Protocol alimente à la fois votre reporting CSRD, votre réponse au CDP et vos objectifs SBTi. C'est le socle commun à ne pas négliger.
Pourquoi le GHG Protocol concerne votre entreprise
Au-delà du vocabulaire, trois raisons concrètes rendent ce référentiel difficile à contourner, même pour une PME :
- Vos clients vous le demandent. Les grands donneurs d'ordre soumis à la CSRD doivent reporter leur Scope 3, c'est-à-dire vos émissions. Un bilan aligné GHG Protocol est de plus en plus exigé dans les appels d'offres.
- La comparabilité. Parler la même langue que vos pairs, vos clients et les financeurs rend vos données crédibles et auditables. Une mesure « maison » ne tient pas face à un investisseur.
- La porte d'entrée vers l'action. Le GHG Protocol ne sert pas qu'à déclarer : en isolant les postes significatifs, il oriente votre plan de réduction et, à terme, une trajectoire validée par le SBTi.
Les points à retenir
- Le GHG Protocol est le référentiel mondial de comptabilité carbone, créé en 1998 par le WRI et le WBCSD.
- Il a inventé les 3 scopes (directes, énergie, chaîne de valeur), devenus la grammaire universelle du bilan carbone.
- C'est une suite de standards (Corporate, Scope 2, Scope 3, Product), en cours de révision pour 2027.
- Il est le socle de la CSRD, du CDP et du SBTi, et reste compatible avec le Bilan Carbone® et l'ISO 14064.
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