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Empreinte carbone d'une entreprise de services : méthode, postes d'émission et scopes

Ni site industriel, ni flotte de véhicules, ni cheminée : une entreprise de services peut pourtant afficher une empreinte carbone conséquente, presque entièrement cachée dans son scope 3.

Une société de conseil, un cabinet d'expertise ou une agence numérique n'a pas de procédé de fabrication à décarboner. Cette absence de site industriel donne parfois l'illusion d'un impact négligeable, alors que les déplacements, le numérique et les achats de prestations suffisent à construire un bilan carbone significatif. La méthode de calcul reste la même que pour toute organisation, mais les postes qui pèsent réellement sont spécifiques au secteur.

Cet article détaille ce que couvre l'empreinte carbone d'une entreprise de services, pourquoi son scope 3 domine largement, puis liste les postes d'émission concrets à mesurer, poste par poste.

En bref

  • Une entreprise de services mesure son empreinte carbone comme toute organisation : scopes 1, 2 et 3, données d'activité multipliées par des facteurs d'émission.
  • Le scope 1 y est souvent marginal, faute de site industriel ou de flotte de véhicules ; le scope 3 concentre l'essentiel de l'empreinte.
  • Les postes qui pèsent réellement : les déplacements (domicile-travail et professionnels), le numérique, l'énergie des bureaux et surtout les achats de prestations.
  • Les achats de biens et de services (sous-traitance, prestations intellectuelles, matériel) forment souvent le poste le plus dense, faute d'immobilisations physiques à décarboner ailleurs.
  • Au-delà de 500 salariés, le BEGES réglementaire s'impose ; au-delà des seuils CSRD post-Omnibus, le scope 3 devra être rapporté dans le cadre du reporting de durabilité, à partir de l'exercice 2027 (vague 2) sous réserve de la transposition française attendue d'ici mars 2027.

Ce que couvre l'empreinte carbone d'une entreprise de services

L'empreinte carbone d'une entreprise mesure la quantité de gaz à effet de serre (GES) émise par son activité sur une période donnée, exprimée en tonnes équivalent CO2 (tCO2e). La méthode de référence, portée par l'Association pour la transition Bas Carbone (ABC) sous la marque Bilan Carbone®, répartit ces émissions en trois scopes : le scope 1 (émissions directes, combustion sur site ou véhicules détenus en propre), le scope 2 (émissions indirectes liées à l'énergie achetée, principalement l'électricité) et le scope 3 (toutes les autres émissions indirectes de la chaîne de valeur : achats, déplacements, numérique, fret).

Pour une entreprise de services, ce cadre s'applique à l'identique. Ce qui change, c'est la répartition entre ces trois scopes, très différente de celle d'un site industriel.

Pour le détail des trois scopes et leurs frontières exactes, voir notre guide dédié.

Une entreprise de services (conseil, informatique, finance, professions libérales) n'a généralement ni chaudière industrielle, ni procédé de fabrication, ni flotte de véhicules lourds. Son scope 1 se limite le plus souvent à quelques véhicules de fonction, quand elle en possède, et son scope 2 à l'électricité et au chauffage de ses bureaux.

L'essentiel de son empreinte se déplace donc mécaniquement vers le scope 3 : les déplacements de ses collaborateurs, le matériel numérique qu'elle achète et renouvelle, et surtout les prestations, la sous-traitance et le matériel qu'elle achète à ses fournisseurs. C'est l'inverse d'un site industriel, où les scopes 1 et 2 (combustion, procédés) pèsent souvent plus lourd dans le total.

Attention au piège de mesure : une entreprise de services qui limite son bilan carbone aux scopes 1 et 2 (les plus faciles à mesurer, sur ses propres factures) risque de sous-estimer très largement son empreinte réelle, l'essentiel se trouvant précisément dans le scope 3 qu'elle omet.

Les postes d'émission d'une entreprise de services, poste par poste

Le tableau suivant liste les postes qui composent concrètement l'empreinte carbone d'une entreprise de services, avec leur scope et un repère chiffré déjà vérifié pour situer leur ordre de grandeur.

Poste Scope Ce qu'il couvre Repère
Énergie des bureaux Scope 2 (électricité) et scope 1 (chauffage au gaz, le cas échéant) Électricité, chauffage, climatisation des locaux Un facteur d'émission de l'ordre de 0,053 kgCO2e par kWh illustre la conversion pour l'électricité française (Base Empreinte ADEME, exemple pédagogique)
Déplacements domicile-travail Scope 3 Trajets des collaborateurs entre leur domicile et le bureau Un jour de télétravail par semaine évite de l'ordre de 271 kg CO2e par an et par collaborateur (ADEME)
Déplacements professionnels Scope 3 Missions, déplacements clients, trajets en train ou en avion L'avion pèse nettement plus que le train sur une distance comparable
Matériel numérique Scope 3 Ordinateurs, écrans, téléphones, data centers utilisés La fabrication des équipements domine généralement l'empreinte du numérique, largement avant leur usage
Achats de prestations et sous-traitance Scope 3 Prestations intellectuelles, sous-traitance, matériel et fournitures achetés Poste souvent le plus dense pour une entreprise de services, faute d'immobilisations physiques à décarboner ailleurs

Méthode de calcul de l'empreinte carbone d'une entreprise de services en 4 étapes : définir le périmètre, collecter les données d'activité, appliquer les facteurs d'émission Base Empreinte ADEME, calculer et prioriser les postes

Bureaux et énergie : le poste scope 2

L'énergie des bureaux (électricité, chauffage, climatisation) forme le poste le plus simple à mesurer : il suffit de reprendre les factures d'énergie et d'appliquer le facteur d'émission correspondant. Pour l'électricité, la Base Empreinte de l'ADEME sert de référence : une donnée d'activité (les kWh consommés) multipliée par un facteur d'émission donne les émissions.

Ce poste reste toutefois secondaire dans le total d'une entreprise de services : le mix électrique français, largement décarboné, limite mécaniquement son poids face aux déplacements et aux achats. Il varie surtout selon l'isolation du bâtiment, le mode de chauffage (électrique ou gaz) et la surface de bureaux par collaborateur.

Déplacements et numérique : les postes liés aux collaborateurs

Dans une entreprise de services, l'essentiel de l'empreinte scope 3 se construit collaborateur par collaborateur. Notre guide sur l'empreinte carbone collaborateur détaille ce calcul à l'échelle individuelle : les déplacements domicile-travail et professionnels y représentent généralement le plus gros poste, suivis par le matériel numérique.

Les déplacements domicile-travail dépendent du mode de transport choisi par chaque collaborateur : la voiture individuelle pèse nettement plus que les transports en commun ou les mobilités douces. Le télétravail, quand il est pertinent pour le poste, réduit ce poste de façon mesurable : de l'ordre de 271 kg CO2e évités par an pour un jour télétravaillé par semaine, selon l'ADEME.

Les déplacements professionnels (missions, rendez-vous clients, salons) varient fortement selon le mode choisi : un trajet en avion émet nettement plus qu'un trajet ferroviaire équivalent, ce qui en fait un levier de réduction direct pour une entreprise de conseil ou d'ingénierie aux missions dispersées géographiquement.

Le matériel numérique (ordinateurs, écrans, téléphones professionnels) pèse d'abord par sa fabrication, qui domine largement son empreinte totale sur le cycle de vie, avant son usage quotidien. Allonger la durée de vie des équipements réduit donc ce poste plus efficacement qu'optimiser leur consommation électrique.

Pour l'empreinte carbone du numérique en entreprise (data centers, réseaux, terminaux), voir notre guide dédié.

Les achats de prestations : le poste souvent le plus dense

Une entreprise de services a, par nature, peu d'immobilisations physiques à décarboner : pas d'usine, rarement une flotte de véhicules lourds. Ses achats de biens et de services, en revanche, couvrent tout ce qu'elle ne produit pas elle-même : prestations intellectuelles sous-traitées, matériel de bureau, logiciels, fournitures, prestations juridiques ou comptables externalisées.

Le GHG Protocol classe ce poste dans sa catégorie scope 3 « achats de biens et de services », l'une des quinze catégories détaillées dans notre guide sur le scope 3. Pour une entreprise de services, c'est fréquemment le poste le plus dense du bilan complet, précisément parce que les autres postes physiques (matériaux, procédés) sont absents ou marginaux.

Les postes d'émission d'une entreprise de services classés par scope : scope 1 quasi nul en l'absence de site industriel, scope 2 limité aux bureaux, scope 3 dominant avec déplacements, numérique et achats de prestations

Mesurer ce poste demande de collecter les montants ou les quantités achetées auprès de chaque catégorie de fournisseur, puis d'appliquer un facteur d'émission monétaire ou physique issu de la Base Empreinte. C'est la partie la plus consommatrice de temps du calcul, faute d'une facture unique à consulter comme pour l'énergie.

Obligations réglementaires selon la taille de l'entreprise

Une entreprise de services n'échappe pas aux obligations réglementaires liées à son empreinte carbone, même en l'absence de site industriel.

Au-delà de 500 salariés en métropole (250 en outre-mer), le BEGES (bilan d'émissions de gaz à effet de serre) réglementaire s'impose, avec un renouvellement tous les quatre ans. Depuis la loi Industrie Verte du 23 octobre 2023, l'amende pour non-conformité peut atteindre 50 000 euros, portée à 100 000 euros en cas de récidive.

Au-delà des seuils CSRD post-Omnibus (plus de 1 000 salariés et plus de 450 millions d'euros de chiffre d'affaires net), l'entreprise doit inclure son scope 3 dans son rapport de durabilité annuel, avec une première publication attendue en 2028 sur l'exercice 2027 pour la vague 2, sous réserve de la transposition française attendue d'ici mars 2027, ce qui rend la mesure des achats de prestations et des déplacements obligatoire, pas seulement recommandée, dès lors que l'échéance s'applique.

Pour vérifier si votre entreprise est concernée par la CSRD et à quelle échéance, voir notre guide dédié.

En dessous de ces seuils, le bilan carbone reste volontaire, mais de plus en plus exigé par les donneurs d'ordre dans les appels d'offres, y compris pour des prestations de services.

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Conclusion : 5 points à retenir

  1. L'empreinte carbone d'une entreprise de services suit le même cadre que toute organisation. Scopes 1, 2 et 3, donnée d'activité multipliée par un facteur d'émission.
  2. Le scope 3 y domine très largement. Faute de site industriel ou de flotte de véhicules, l'essentiel de l'empreinte se déplace vers les déplacements, le numérique et les achats.
  3. Les achats de prestations forment souvent le poste le plus dense. C'est ce qui remplace, pour une entreprise de services, le poids des matériaux ou des procédés industriels.
  4. Les déplacements et le numérique se mesurent collaborateur par collaborateur. Le télétravail et l'allongement de la durée de vie du matériel sont deux leviers directs.
  5. Les obligations réglementaires ne dépendent pas du secteur, mais de la taille. BEGES au-delà de 500 salariés, scope 3 obligatoire au reporting CSRD au-delà des seuils post-Omnibus à partir de l'exercice 2027 (vague 2).

Sources

Questions fréquentes

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La méthode suit le même cadre que pour toute organisation : définir le périmètre (scopes 1, 2 et 3), collecter les données d'activité (consommation d'énergie des bureaux, déplacements des collaborateurs, achats de prestations), appliquer un facteur d'émission issu de la Base Empreinte ADEME à chaque donnée, puis additionner et prioriser les postes.
Une entreprise de services n'a généralement ni site industriel ni flotte de véhicules importante : ses scopes 1 et 2 restent donc limités. L'essentiel de son empreinte se déplace vers le scope 3, porté par les déplacements de ses collaborateurs, son matériel numérique et surtout ses achats de prestations et de sous-traitance.
Cinq postes principaux : l'énergie des bureaux (scope 2), les déplacements domicile-travail et professionnels (scope 3), le matériel numérique (scope 3) et les achats de prestations et de sous-traitance (scope 3), généralement le poste le plus dense faute d'immobilisations physiques ailleurs.
Le plus souvent marginal : quelques véhicules de fonction quand elle en possède, éventuellement une chaudière au gaz pour ses bureaux. En l'absence de site industriel, le scope 1 reste rarement un poste significatif du bilan carbone d'une entreprise de services.
Il faut collecter les montants ou quantités achetées auprès de chaque catégorie de fournisseur (prestations intellectuelles, sous-traitance, matériel, logiciels), puis appliquer un facteur d'émission monétaire ou physique de la Base Empreinte ADEME. C'est la catégorie « achats de biens et de services » du scope 3 au sens du GHG Protocol.
Oui, sur le poste des déplacements domicile-travail : selon l'ADEME, un jour de télétravail par semaine évite de l'ordre de 271 kg CO2e par an et par collaborateur, avant effets rebond (chauffage du domicile notamment) qui peuvent en réduire une partie du bénéfice.
Oui, et principalement par sa fabrication, qui domine largement son empreinte totale sur le cycle de vie, avant son usage quotidien. Allonger la durée de vie des équipements réduit ce poste plus efficacement que réduire leur consommation électrique.
Oui, au-delà de 500 salariés en métropole (250 en outre-mer) : le BEGES réglementaire s'impose, avec un renouvellement tous les quatre ans. En dessous de ce seuil, la démarche reste volontaire, mais de plus en plus exigée par les donneurs d'ordre.
Depuis la loi Industrie Verte du 23 octobre 2023, l'amende peut atteindre 50 000 euros, portée à 100 000 euros en cas de récidive, avec une possible exclusion des marchés publics.
Oui, si elle dépasse les seuils post-Omnibus (plus de 1 000 salariés et plus de 450 millions d'euros de chiffre d'affaires net) : elle devra alors intégrer son scope 3, achats de prestations compris, dans son rapport de durabilité, avec une première publication attendue en 2028 sur l'exercice 2027 (vague 2), sous réserve de la transposition française attendue d'ici mars 2027.
Une entreprise industrielle porte généralement des scopes 1 et 2 significatifs (combustion, procédés de fabrication). Une entreprise de services déplace l'essentiel de son empreinte vers le scope 3 (déplacements, numérique, achats), faute de site de production à décarboner.
La Base Empreinte de l'ADEME publie le facteur de référence pour l'électricité française ; un ordre de grandeur pédagogique est de 0,053 kgCO2e par kWh consommé, à vérifier dans la version en vigueur de la base au moment du calcul.
Elle n'y est pas réglementairement obligée en dessous des seuils BEGES et CSRD, mais la démarche est de plus en plus demandée par les donneurs d'ordre dans les appels d'offres, y compris pour des prestations de services aux grands comptes soumis à ces obligations.
Les leviers les plus directs portent sur les postes qui dominent le bilan : favoriser le télétravail et les mobilités douces pour les déplacements domicile-travail, préférer le train à l'avion pour les déplacements professionnels, allonger la durée de vie du matériel numérique, et sélectionner des fournisseurs sur des critères incluant leur propre empreinte carbone.

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